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Belgica : bibliothèque numérique de la Bibliothèque royale de Belgique
http://belgica.kbr.be/fr/coll/jour/jour_fr.html

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BelgicaPress est l’aboutissement, on l’espère encore partiel, du grand projet de numérisation de la presse quotidienne belge entrepris dès 2006 à l’initiative de la Bibliothèque royale de Belgique, que l’obligation de dépôt légal a rendue dépositaire d’une collection de grande ampleur bien que non exhaustive. Le Centre d’Études et de Documentation Guerre et Sociétés contemporaines s’est associé à l’entreprise pour la partie concernant les nombreux journaux clandestins des deux guerres mondiales (environ 800 titres). Il y a une dizaine d’années, on évoquait un projet grandiose, la numérisation des principaux grands quotidiens nationaux et régionaux depuis 1830 jusqu’à 1970 (avec plus de 3 millions de pages en ligne). Force est de constater que, en tout cas pour l’instant, les ambitions initiales ont dû être revues à la baisse.

 

En novembre 2016, le site permet la consultation directe de 46 journaux, généralement de leur date de fondation à 1918, dont 23 sont des journaux parus durant la Première guerre mondiale ou ne sont consultables que pour ces années de la Grande guerre. Le tout représenterait environ 1,2 million de pages. La consultation de la totalité des pages numérisées, jusqu’au terminus ad quem du 31 décembre 1950, n’est malheureusement possible que depuis cinq terminaux de la Bibliothèque royale (une infrastructure insuffisante), du fait de questions de droits d’auteurs non résolues. Cette politique de respect très (trop ?) scrupuleux du droit d’auteur entraîne que 31 titres ne sont pas consultables directement sur le site mais sont pourtant repris puisqu’on peut rechercher sur l’intégralité du texte. Frustrant…

 

Néanmoins, la sélection, établie sur base de critères présentés comme rigoureux, est variée et permet déjà d’intéressantes recherches. Toutes les régions du pays et les principaux courants politiques sont représentés. La répartition linguistique, qui favorise cependant la langue française, est la suivante : 47 journaux francophones, 28 journaux néerlandophones et 2 germanophones (dont le toujours bien vivant Grenz Echo, journal germanophone d’Eupen). Si l’on se limite aux journaux directement consultables, on obtient 30 francophones et 16 néerlandophones, ce qui accentue encore le poids de la langue française. Par parenthèse, signalons que certains journaux francophones sont conçus en Flandre, comme Le Bien Public (Gand) ou Le Messager de Gand. Parmi les journaux les plus intéressants soit par leur influence soit par la couverture proposée, signalons, du côté catholique, Le Bien Public, Le Courrier de l’Escaut, Le Vingtième Siècle, Het Handelsblad, Het Nieuws van den Dag. Du côté libéral, on pointera L’Indépendance belge, L’Écho du Parlement, La Meuse, Le Journal de Charleroi, La Gazette de Charleroi, Het Laatste Nieuws. Dans la sphère socialiste dont on sait les difficultés rencontrées par sa presse pour subsister en Belgique, on relève Le Peuple et derechef Le Journal de Charleroi (passé au socialisme en 1890). Et un grand absent de la base de données, le quotidien ‘neutre’ de Bruxelles, Le Soir. C’est d’autant plus incongru qu’en 2005 déjà, la Bibliothèque royale de Belgique avait réalisé, en partenariat avec les Archives de la Ville de Bruxelles, un projet-pilote de numérisation du Soir (période 1887-1970, soit environ 250.000 pages). Désormais, ces archives numérisées ne sont plus consultables que depuis les postes situés dans la salle des Archives de la capitale. Un peu incohérent…

 

Des lacunes subsistent, pas toujours compréhensibles. Certes, la première cause de ces trous est l’état des collections conservées à la BRB. Ainsi pour le quotidien catholique L’Avenir du Luxembourg qui n’est numérisé qu’à partir de 1899 alors qu’il est lancé 5 ans plus tôt. Ou du Courrier de l’Escaut, considéré comme le plus ancien quotidien belge avec sa fondation en 1829, disponible seulement à partir de 1846. Ou encore des années 1906, 1908, 1909, 1910 de La Dernière Heure, quotidien libéral bruxellois. Certes, les lacunes dans les collections peuvent être invoquées mais pourtant, de 1907 à 1980, la collection de la Dernière Heure est mentionnée comme complète, du moins en microfilms). Par contre, on ne comprend pas vraiment la raison pour laquelle La Gazette de Charleroi n’a pas été numérisée pour l’année 1882, alors qu’apparemment la BRB dispose bien de cette année dans ses collections ? Souvent, ce sont ainsi des mois ou des jours qui manquent à l’appel. Est-il prévu de compléter les lacunes ? Apparemment oui si l’on en croit les commentaires publiés sur le site de la Bibliothèque royale. Parfois, il arrive que les journaux soient pourvus en métadonnées d’un résumé historique succinct mais non dénué d’intérêt.

 

Au plan pratique, l’outil permet deux types de recherche : une par date « calendrier » et une recherche plein texte grâce à une couche d’océrisation basique. Bien que très utile, cette dernière n’est pas – loin s’en faut – à l’abri des erreurs. La typographie assez grasse et de petite taille des journaux de l’époque ne facilite il est vrai pas ce type d’opération. On peut également limiter la recherche plein texte via plusieurs filtres : par journal, par régime linguistique, par année, par mois, par jour,… Les opérateurs booléens (AND, OR, NOT) et la recherche sur l’expression exacte sont aussi implémentés et fonctionnels.

 

La qualité de la numérisation est généralement très bonne. L’outil zoom permet d’agrandir fortement les caractères afin de permettre une lisibilité aisée des pages. Il est également possible d’afficher le journal en pleine page, ou l’édition complète du jour (par vignettes), ou d’obtenir des informations sur l’état de collection du journal (via le bouton ‘détails’). Les termes recherchés apparaissent sur la page surlignés en bleu et encadrés d’un fin trait rouge. Par contre, la combinaison de touches CTRL-F, annoncée comme autorisant la recherche sur la page affichée à l’écran, n’est finalement pas installée.

 

L’interface n’est pourtant pas irréprochable. L’un ou l’autre bugs ont été constatés. Ainsi, à titre d’illustration, l’édition du 27 mai 1912 du Vingtième Siècle refuse de s’afficher. Autre frustration, et de taille celle-là, il n’est pas possible d’imprimer et de sauvegarder les pages numérisées ! Il faut se satisfaire de captures d’écran fastidieuses et peu pratiques. Quant au logo de la Bibliothèque royale de Belgique, en bas à droite, il vient parfois, lors d’un zoom trop puissant, gêner la lecture et la capture d’écran. Signalons aussi une faute de frappe dans l’intitulé d’un des journaux : le Progès…

 

Souhaitons que les lacunes, tant dans les titres que dans les années – 1950 comme terminus ad quem est insatisfaisant pour les chercheurs et le public – puissent être comblées dans les années à venir (on annonce sur le site l’ajout futur de nombreux titres) ; et que les questions de droit d’auteur enfin réglées, les utilisateurs puissent accéder en ligne aux années de parution au moins jusqu’en 1945. Enfin la possibilité de sauver les pages par l’entremise d’une version PDF ou d’un format image est grandement souhaitée.

 

Eddy Louchez

Université Catholique de Louvain/Katholieke Universiteit Leuven