Effie Amilitou

Apocryphes urbains, ou la construction d’un mystérieux genre romanesque en Grèce

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Une (re)naissance par la critique

1Bien que cela puisse paraître insolite, il serait pertinent de commencer la présentation des mystères urbains grecs par la place qui leur a été accordée dans les milieux académiques. Et cela parce que ce genre romanesque semble avoir été littéralement découvert, et pour certains cas, on oserait prétendre qu’il a même été créé, par la critique universitaire dans les années 1990 en Grèce1.

2À l’instigation du professeur Nasos Vagenas, dont les travaux vont plus généralement dans le sens de la réévaluation du canon littéraire grec, notamment par la mise en valeur d’œuvres oubliées, et dans une conjoncture propice (par la disponibilité de certains éditeurs à rééditer des « trésors cachés » de la littérature grecque du XIXe siècle), un groupe de jeunes chercheurs a travaillé sur un corpus de romans qui présentent des affinités avec le genre des mystères urbains. En se conformant à une tendance d’ouverture à de nouvelles œuvres, autres que celles de la « littérature savante », qui constituait à l’époque l’unique objet d’étude des universitaires, l’intérêt s’est porté vers une vingtaine de romans qu’on pourrait classer sous l’étiquette du roman populaire, pour certains d’entre eux.

3Pourtant, la pertinence du terme n’est pas toujours avérée, dans la mesure où leur diffusion et leur consommation est inconnue ou limitée. Il s’agissait en tout cas d’une liste d’œuvres apparemment placées dans la marge du canon dès leur création, et qui pourraient servir de terrain pour mettre en application les approches théoriques sur le roman urbain, le roman paralittéraire et l’actualisation de l’image de la littérature du XIXe siècle en Grèce, qui restait encore partiellement étudiée et en grande partie inconnue. Le genre des mystères urbains, sous lequel ont été classés ces romans qu’on venait d’exhumer, a donc servi pour mettre en valeur ces sujets connexes.

4Ce nouveau souffle a conduit à la publication d’un numéro spécial sur ces romans, en 19972, ainsi qu’à une série de mémoires, articles, communications, rééditions. Ainsi, un premier recensement des textes et des archives a été réalisé, et surtout, le signal a été donné pour que la recherche universitaire du pays, longtemps cantonnée dans le culte du sacro-saint canon littéraire proposé par l’historien de la littérature K. Th. Dimaras dans les années 1940, s’oblige à revisiter ses croyances. Les polémiques n’ont pas manqué entre les « Anciens » et les « Modernes », et malgré l’énergie du moment, on pourrait soutenir que les dichotomies canoniques restent encore fortes, tandis que l’intérêt pour ces romans s’est beaucoup affaibli, faisant de cet envol de 1997 une sorte de « puff » événementiel de la critique ; cependant, on doit admettre que la conception du paysage littéraire du XIXe siècle a évolué, grâce aussi à l’étude des mystères.

5D’autre part, puisque, depuis les travaux de Michel Espagne, la tendance est à l’étude des transferts culturels3, un mécanisme serait à signaler concernant l’approche de la critique universitaire grecque de ce corpus, un mécanisme qui ne concerne pas la circulation de textes ou d’auteurs, mais celle de concepts critiques et de théories, qui parfois aboutissent à la mise en valeur de certains corpus, afin qu’une théorie préalablement constituée y soit appliquée. Parfois on a l’impression que les traits de certains romans qui apparaissent sur la liste des mystères urbains grecs ont été quelque peu forcés, ajustés, adaptés à un modèle générique préexistant, et à une tendance théorique, celle de l’étude des littératures « marginales », de sorte que la littérature grecque puisse rentrer dans la famille littéraire européenne. Cette attitude explique l’existence de désaccords importants entre les chercheurs au sujet de l’appartenance de telle ou telle œuvre à la catégorie des mystères, qui comprend entre deux et dix-huit romans, par exemple4.

6Cela est dû principalement au fait que les critères de classement générique n’ont pas été très précis au départ, notamment parce que la définition proposée des mystères urbains s’est réduite à des récits traitant de la misère des classes sociales défavorisées dans une perspective sociale et ayant comme lieu d’action les grandes villes. Le critère du titre (« Mystères de » + nom d’une ville) n’a pas été abordé du tout, ce qui fait que ce genre de syntagme est rarement repéré, de même que le mot « Mystères ». Au contraire, le terme grec le plus courant est celui d’« Apocryphes » [Απόκρυφα] au pluriel ou au singulier, et parfois celui de « Drames ». Le mot « Mystères » [Μυστήρια] se retrouve plutôt décliné en adjectif : « mystérieux ». Dans la majorité des cas, les mystères urbains sont donc mentionnés par la critique grecque en tant que « Romans d’Apocryphes », ou encore « Apocryphes et Mystères ».

7Le terme « apocryphe », aux nuances religieuses, qui renvoient principalement aux Évangiles apocryphes, mais parfois aussi sexuelles, a été employé par les deux premiers traducteurs des Mystères de Paris d’Eugène Sue, dès 1945, à Athènes et à Smyrne. Ces traductions ont entraîné la traduction en grec d’une série de mystères urbains. Elles ont aussi inspiré un bon nombre de romans qui portent le sous-titre « roman original » [πρωτότυπον], comme étaient désignés à l’époque les romans non traduits, et idéalement non adaptés, même si cela n’a pas toujours été le cas.

8Dans l’imaginaire des auteurs, l’« apocryphe » renvoie donc à une nébuleuse sémantique autour du caché, du secret, du bas, du marginal, du dangereux. Ainsi, l’auteur des Apocryphes de Constantinople, Christoforos Samartsidis, prend la peine d’expliquer le terme dans la préface de son roman, en mentionnant « la face cachée de la belle ville des Constantins », que seule l’insistance de ceux qui s’y intéressent réussit à faire surmonter à la surface.

Une vaste appartenance générique

9L’étude des romans grecs qui appartiennent, ou au moins qui sont liés au genre des mystères urbains5, doit prendre en compte les enjeux majeurs de la prose dans les années de leur apparition en Grèce. À savoir la quête d’un roman national, la légitimation de la prose vis-à-vis de la poésie, consacrée par les institutions dans les années 1830-1860, l’introduction du réalisme et du naturalisme dans la littérature grecque, l’imposition de la thématique de la ville comme lieu de l’action romanesque face à un certain culte de la littérature du folklore et de la couleur locale. Pour rester toujours dans les questions de légitimité dans le champ, il faut aussi tenir compte de la situation du régime médiatique, prenant son envol dans les dernières décennies du XIXe siècle en Grèce, qui connaît son ère médiatique6 avec un certain décalage par rapport à la France, son modèle culturel. Enfin, il faut avoir une image du statut de l’écrivain et de son évolution dans le XIXe siècle en Grèce7.

La situation du champ

10La Grèce acquiert son indépendance en 1830, ce qui fait que les textes des premiers écrivains sont marqués par une claire dimension d’argumentation et de pédagogie nationale, à mettre en parallèle avec les textes factuels publiés dans la presse ou en fascicules, rédigés souvent par les mêmes personnes. Il s’agit pour les écrivains de proposer des textes littéraires grecs contre les lectures « venues de l’Occident », dans une période où règne une production très fournie de traductions de romans français, dont la publication prospère, notamment à partir de 1845, année des premières parutions d’Alexandre Dumas et d’Eugène Sue en grec. Selon les statistiques de K. Kasinis concernant les publications en volume seulement, l’image des traductions grecques est la suivante :

Auteurs

Quantité

Taux %

1

DUMAS, Alexandre

249

7,74

2

SUE, Eugène

131

4,07

3

MONTÉPIN, Xavier de

117

3,63

4

SCHMID, Johann Christoph von

86

2,67

5

HUGO, Victor

79

2,45

6

RICHEBOURG, Émile

75

2,33

7

PONSON DU TERRAIL

69

2,14

8

VERNE, Jules

59

1,83

9

SHAKESPEARE, William

50

1,55

10

MOLIÈRE

46

1,43

11

MARY, Jules

32

0,99

12

VOLTAIRE

31

0,96

13

SCRIBE, Eugène

30

0,93

14

BEAUMONT, Jeanne Marie

29

0,90

15

CROCE, Giuglio dalla

24

0,74

15

FÉVAL, Paul

24

0,74

11C’est précisément durant cette période de foisonnement de traductions que se développe en Grèce un discours contre le roman occidental, attaqué en tant que porteur de mœurs européennes, scandaleuses, étrangères à l’âme et à l’idéologie de la nouvelle Grèce. Pourtant, progressivement, commencent à se faire entendre des voix qui défendent le genre romanesque, en distinguant le roman nocif du roman utile. Une notion-clé émerge, qui permet de saisir une fonction valorisante attribuée à la littérature, celle de roman national, que l’on trouve explicitement formulée dans une conférence de Zanetakis Stefanopoulos, publiée sous le titre « Du roman français et de son influence sur les mœurs grecques ». Après avoir exposé les dangers et l’influence funeste du roman français, Stefanopoulos incite à la rédaction du roman autochtone :

Les mœurs grecques, simples et pures, se sont transformées, les femmes sont devenues incompréhensibles, elles revendiquent leur indépendance et leur liberté, trompent leur mari, ne veulent plus allaiter, singent les mentalités parisiennes, les passions des héroïnes des romans font pousser en elles des sentiments nuisant à la morale, à la pudeur et à la religion, qui est le symbole de notre unité nationale […]. Le roman, « l’épopée des nations modernes », couvre un besoin profond de notre âme. Il serait vain, par conséquent, de vouloir interdire sa lecture […]. Il est donc urgent que nous nous opposions à l’influence désastreuse du roman étranger, en créant le roman national […]. Protégeons-nous des lectures venimeuses venues de l’Occident […]. Oui. C’est de nous que l’Orient attend sa renaissance et sa littérature. Les Lettres importées depuis l’étranger, qu’elles proviennent de la France ou de l’Allemagne, finiront par se faner et par disparaître, si nous ne créons une littérature originale. Le roman national s’avérera alors une arme forte pour la diffusion de nos idées8.

12Déjà à partir des années 1830, de nombreux écrivains, dont les métiers sont tous liés à la fonction publique et au journalisme (universitaires, militaires, ministres, directeurs de journaux), entreprennent l’instruction d’un pays d’analphabètes (encore en 1879 69,20% pour les hommes et 92,96% pour les femmes) par le roman national moralisateur. Le but étant la formation et la modernisation du pays, des hommes publics voués à l’idéal patriotique deviennent donc ces prosateurs ad hoc, qui complètent leur activité publique par la rédaction d’une littérature à thèse, et en tout cas écrite sous le signe de l’engagement social. Soit en pratiquant un roman qui se dit historique et qui reprend des scènes et des événements de l’histoire nationale, soit par un roman plus proche de la réalité moderne du pays, ou encore, par une prose qui place l’intrigue à l’étranger, les romanciers de l’époque aspirent à un genre avant tout moral et utile pour la nation. La légitimation du genre passe par son « hellénisation », ce qui équivaut à sa moralisation.

13Dans cette même perspective se place la quête de la vérité et du vraisemblable dans le roman. Afin d’accomplir son rôle édifiant, afin de ne pas plonger le lecteur dans un monde imaginaire et faux, le romancier doit rester fidèle à la réalité. Ainsi s’expliquerait le sous-titre « histoire vraie », souvent repris à l’époque, à lier sans doute à une mode de l’époque en Europe, à la manière du « all is true » du Père Goriot de Balzac. Condition fondamentale : le roman doit être imprégné d’hellénicité (ελληνικότητα), idéologème qui consiste en la recherche du caractère particulier de la Grèce, notamment par rapport aux influences reçues de l’Orient d’une part et de l’Occident de l’autre. Cette « première essence » de la nation se présentera selon le dilemme : cosmopolitisme (= ouverture aux autres, à l’Occident européen) vs ethnocentrisme/hellénocentrisme/nationalisme/patriotisme (= autosuffisance de la nation par rapport à son propre passé glorieux).

14Dans ce contexte de souci de moralisation, le réalisme et surtout le naturalisme, qui s’introduit bruyamment en Grèce par la traduction de Nana de Zola en même temps que paraît le feuilleton original en France, seront attaqués, entre autres, pour leur thématique urbaine. La thématique de la ville, considérée comme source d’immoralité, suscitera des polémiques violentes avant de trouver sa place dans le canon littéraire grec.

15La littérature régionaliste était en effet très à la mode à la fin du XIXe siècle, avec une prédilection pour le village, les us et coutumes locaux, et pour une tendance folklorisante de la vie campagnarde. Le roman urbain est traité avec suspicion, comme moins grec que celui de la vie paysanne ; en 1890 par exemple, un long débat oppose le romancier Grigorios Xenopoulos et le nouvelliste et journaliste Michaïl Mitsakis, à propos de la légitimité et de l’authenticité des romans qui placent leur action à Athènes, Xenopoulos défendant la capitale grecque comme toile de fond de ses œuvres, contre Mitsakis qui le traite de « singe de Zola ».

16Les références au naturalisme (comme la théorie de l’hérédité et des milieux, mais aussi la quête de documentation sociale pour la rédaction des romans, ou les personnages qui rappellent ceux du Maître de Médan, etc.) font leur apparition dans la littérature grecque à partir de 1890, notamment avec Nikolas Sigalos, de Grigorios Xenopoulos, M. le Président, de Gerasimos Vokos, Notre Athènes, de Nikolaos Spandonis.

La position des « Apocryphes »

17Les romans classés dans la catégorie des mystères urbains, exception faite pour Les Misérables d’Athènes de Kondylakis, sont dans la majorité des cas écrits par des auteurs qui sont tombés dans l’oubli par la suite, ou qu’on connaît entre philologues et historiens pour leurs autres activités, par exemple Samartsidis, plus connu comme érudit et homme de presse. De plus, ces romans sont assez souvent publiés dans d’autres villes qu’Athènes, ce qui rend difficile la recherche de leur première publication dans la presse, éventuellement sous forme de feuilleton. On sait que Les Misérables d’Athènes sont d’abord publiés en feuilleton dans la célèbre revue Eikonografimeni Estia, mais les journaux de Smyrne ou de Constantinople sont encore plus difficiles d’accès que ceux d’Athènes, dont la consultation est déjà problématique. Une recherche serait donc à faire sur le support de ces romans, en cherchant éventuellement aussi du côté des fascicules prépayés par des abonnés.

18Par ailleurs, les informations biographiques concernant les écrivains ne sont pas suffisantes, mais le petit nombre d’éléments dont on dispose les classe dans cette vaste et très courante à l’époque catégorie de publicistes, hommes publics qui s’intéressent à la politique, à l’administration, au journalisme, et souvent dans le cas des mystères à la religion : Kondylakis était feuilletoniste et chroniqueur, et plus tard parmi les fondateurs du premier syndicat de presse. Samartsidis était érudit et pédagogue. Chamoudopoulos était journaliste, homme politique, commerçant, directeur de journaux, auteur de monographies sur la religion et d’ouvrages d’histoire, géographe. Des hypothèses sont formulées à propos d’autres auteurs de romans de mystères grecs, qui seraient missionnaires ou prêtres, qualité qui, une fois avérée, donnerait sans doute une dimension particulière à leur œuvre d’instruction et de moralisation du peuple.

19Classés déjà à l’époque dans la marge du canon littéraire, probablement à cause de la structure narrative mélodramatique de leurs textes, basés sur des récits multiples, juxtaposés, des rebondissements créant des effets de suspense et une certaine rapidité de la plume, les auteurs des romans d’apocryphes semblent marqués par les mêmes préoccupations que leurs confrères de la littérature plus ou moins canonisée : le souci de moralisation et de vérité, le rapport à l’Occident, la légitimation de la thématique urbaine des bas-fonds, dans un contexte d’ « urbaphobie », selon le terme de Dominique Kalifa9.

20Ainsi, une tendance à la justification de leur entreprise de rédaction d’« Apocryphes » est souvent observé. Le choix de l’urbain, ainsi que celui du genre romanesque, semble imposé dans une période où Sue et ses Mystères parisiens font référence. Même les traducteurs doivent s’expliquer, comme Giannopoulos, qui traduit Les vrais Mystères de Paris de Vidocq : « J’ai entrepris la traduction […] pour mettre en évidence à quoi peut mener la négligence de la surveillance et de la prise en charge, notamment du citoyen pauvre de naissance et sans abri, […] ce à quoi réfléchit et sur lequel discute sans aucun doute le gouvernement éclairé de notre respecté Roi10 ». C’est le même Giannopoulos qui mentionne explicitement Sue dans une de ses chroniques : « En plus, la ville ne manque pas de matière qui pourrait inspirer des Mystères. Nous n’avons pas encore ici un Sue, mais s’il y était, il y verrait un modèle réduit de Paris11 ». Il en va de même pour le chroniqueur K. Pop, qui stigmatise le manque d’éducation et de prise en charge des pauvres et compare des situations ressemblant à celles du livre de Sue : « le dernier procès du cambrioleur notoire Tomaropoulos aurait pu, en effet, constituer un volume de roman bizarre, intitulé Mystères d’Athènes, en rien inférieur aux Apocryphes parisiens12 ».

21Dans le sillage du dilemme plus général cosmopolitisme vs ethnocentrisme, le discours de l’époque oscille entre l’« exception grecque » et le classement du pays dans la même situation sociale que le reste des capitales européennes. Le poète Theodoros Orfanidis défend la pureté de la société grecque :

La Grèce et le monde entier ont lu les Apocryphes de Paris et une multitude d’autres œuvres de ce genre, dont la liste est longue. On y dépeint en couleurs vives le vice, le vol, toute sorte d’action atroce, et les écrivains semblent avoir copié des cas inimitables et réels. Dieu merci ! La Grèce est privée de tels monstres criminels13.

22Cependant, l’auteur du roman Les Délinquants doit expliquer son choix générique :

Bien sûr, nos estaminets ne sont pas des Tapis-Francs parisiens (παρισινά Ταπιφράγκα), dégoûtants et destructeurs, comme eux. Mais ce sont des lieux de débauche. […] Bien sûr, le mal n’a pas progressé chez nous comme ailleurs. Les quartiers misérables de Londres et les meurtres mystérieux restent chez nous des événements dont nous n’avons jamais entendu parler, les assassinats et les braquages de la vieille Cité de Paris n’existent pas. Mais le mal qu’on retrouve ici est grand, proportionnellement à notre petit espace14.

23L’idée de l’impossibilité d’un espace urbain autre que transparent et sain, étant donnée la petite taille de la Grèce, oblige aussi un autre auteur de ce genre romanesque à donner des explications, dans la préface d’un roman qui condamne les délits de la police et l’abus de pouvoir : « Syros a-t-elle des Mystères ? Même le plus petit village, serait-il constitué que de 50 petites maisons modestes, lorsqu’il est dirigé pendant longtemps de la façon dont la Grèce est dirigée, foisonne de mystères15 » ; les bas-fonds sont à chercher du côté de l’administration sombre et dangereuse, en quelque sorte.

24Dans un souci pédagogique, les auteurs doivent justifier le choix de telle ou telle ville comme lieu de l’action romanesque. Ainsi Samartsidis consacre la préface de ses Apocryphes de Constantinople à la mise en valeur de la ville, en procédant à une comparaison explicite avec Les Mystères de Londres et Les Mystères de Paris :

La position de Constantinople est telle, qu’elle fait du Bosphore le pont presque du métissage des nations orientales et occidentales. Constantinople est une tour de Babel. Quelle serait la nation qu’on y aurait cherchée et qu’on n’y aurait pas trouvée ? Panspermie. Voici en substance la population de la capitale des Constantins : Ottomans, Grecs, Juifs, Français, Anglais, Arméniens, Maltais, Américains, Allemands, Espagnols, Arabes, Égyptiens, Tatares, Circassiens, Russes, et en général toutes les races et toutes les nations cohabitant. Cela n’est pas le cas ni à Paris, ni à Londres, ni dans aucune autre métropole du monde. À Parison trouve des Français, à Londres des Anglais, à Pékin des Chinois. Et si des étrangers il y en a, on ne les voit pas, on ne les entend pas dans ces capitales. Mais à Constantinople c’est différent. Chaque communauté, chaque membre d’une nationalité étrangère pèse. Ceux qui écrivent donc des Apocryphes de Paris ou de Londres ou de Pékin esquissent les misères du peuple français, anglais ou chinois, uniquement. Mais celui qui écrit des Apocryphes de Constantinople esquisse les misères ou les qualités de l’humanitéentière, en modèle réduit16.

25Et le narrateur d’ajouter concernant la particularité de la ville au début du troisième volume : « Trois ans après les événements, Constantinople avait visiblement changé. On pourrait penser que cette mégapole, aux mœurs entièrement orientales, s’était transformée soudainement, par un coup de baguette magique, en capitale d’un état occidental17 ».

Une ville générique

26Certes, Athènes n’a rien des grandes capitales européennes du XIXe siècle, mais elle connaît une étonnante évolution. Dans les années 1830 elle reste une ville dont on regrette la gloire d’antan, comme Panagiotis Soutsos, dans son roman Leandros, 1834 :

27Ressens-tu la mélancolie que je ressens en marchant parmi ces ruines antiques et ces bâtiments nouveaux ? La comparaison entre le passé grandiose de la Grèce et la petitesse de son présent ne te fait pas de peine ? Le torrent de la destruction a laissé partout sa trace en Grèce. Partout des ruines, et partout des spectacles de mélancolie. […] Regarde, comment l’être humain passe et comment ses grandes œuvres restent ! Le temple de Thésée. Comme son marbre est lisse, comme il paraît neuf, et pourtant il date de deux mille ans ! Le ciel de la Grèce n’a pas voulu jeter de la brume sur ce temple et noircir ainsi sa beauté blanche ? Et le Parthénon ! Comme son existence est fraîche encore ! Ne ressemble-t-il pas à quelque vieux géant aux joues encore rouges et fraîches !

28Avec 10 000 habitants en 1834, 65 000 habitants en 1870, 123 000 habitants en 1896, Athènes est, pourtant, une ville en plein développement, notamment du fait des travaux de modernisation, entrepris par le premier ministre Charilaos Trikoupis, et prépare les premiers Jeux Olympiques de l’ère moderne en 1896. Dans ce contexte, la présentation de la ville dans les mystères urbains grecs adopte plus ou moins les conventions du genre : description des bas-fonds, des sous-sols, de l’espace du pauvre et du criminel, de la ville humide par la pluie et sombre par la nuit, d’une ville qui cause la perdition des innocentes jeunes filles de la province, source de dépravation, espace dysphorique où les identités des personnages peuvent changer (perte et reconnaissance d’enfants, riches déguisés, menteurs), où a lieu l’inceste et le crime, et où le langage aussi est marqué ; en grec on assiste à l’alternance de l’argot des personnages (parfois en traduction simultanée) avec la langue archaïsante du narrateur.

29Dès le début du roman Les Misérables d’Athènes le ton est donné par Kondylakis, lorsqu’il décrit les premières impressions de la jeune villageoise Mariora, qui arrive dans la capitale : « Son admiration fut transformée en extase lorsqu’elle arriva à Athènes et qu’elle se trouva au milieu d’une telle promiscuité, d’autant de bruit, d’habits divers, d’uniformes, de hauts bâtiments, de magasins aux grandes fenêtres et aux vitrines illuminées. Elle marchait comme une somnambule18 ».

30La description de certains lieux marqués (comme les tavernes et les cafés) relève du cliché générique, comme dans Les mystérieux cambrioleurs de Chamoudopoulos :

Dans une de ces rues sombres se trouve une taverne crasseuse, à la réputation peu enviable et fréquentée par des gens d’un physique douteux. Son aspect extérieur crée un sentiment de répulsion, tandis que son espace intérieur fait naître le dégoût, mélangé à l’horreur. Ses murs noirs inspirent une peur indéterminée dans le cœur de celui qui entre, tandis que la puanteur prend par le nez celui qui traverse le seuil et lui cause une forte nausée19.

31De même que dans Les Délinquants de Zervos :

Dans les rues étroites d’Athènes, qui se trouvent dans les vieux quartiers de Psyrri et de Plaka, le passant rencontre souvent des tavernes très modestes, arborant devant leurs portes des drapeaux rouges aux multiples significations, dans leur cas, en période de paix, signifiant qu’à l’intérieur on vend du vin de Tripolis. Le choix de la couleur de ces drapeaux est très réussi. Le rouge est le signe de la guerre. Le sang est rouge, les bourreaux s’habillaient aussi en rouge, dans le temps. Le choix de la couleur est réussi, parce que ceux qui fréquentent ces taudis entreprennent une guerre, une guerre contre la société, une guerre plus dure et plus destructrice que toute autre, puisqu’elle est permanente. Ils font du commerce de sang, et dans le sang ils vivent, très souvent. Ce sont des bourreaux hors loi, pour ne pas dire des bourreaux légitimes20.

32Une telle présentation de l’espace n’est pas sans rappeler les descriptions naturalistes, d’autant que la discussion sur ce courant littéraire, et notamment sur le rôle qu’y jouent les bas-fonds, est d’actualité à l’époque de la parution de certains romans, comme Les Délinquants et Les Misérables d’Athènes. L’annonce de ce dernier roman dans Eikonografimeni Estia, probablement écrite par Xenopoulos même, grand défenseur du naturalisme en Grèce, est éloquente :

[dans ce roman] on verra défiler toutes les classes souffrantes de la société athénienne, tous les laissés pour compte, qui, tantôt font preuve de patience dans la dure épreuve dans laquelle ils sont jetés par leur sort, ou par les préjugés sociaux, tantôt éprouvent de l’assurance et se tournent vers le crime, comme pour se venger de la société qui a été injuste envers eux. Les Misérables d’Athènes sont une œuvre très dramatique et émouvante, avec une intrigue qui attire l’intérêt du lecteur, sans jamais le fatiguer par de grandes paroles, en passant du tragique, qui provoque la sympathie ou l’horreur, à l’idyllique et au calme, aux sentiments les plus fins et les plus beaux. Les Misérables d’Athènes sont une brève esquisse des deux dernières décennies, avec tous les grands événements politiques et sociaux, les types sociaux que la débauche politique et sociale a engendrés, avec les prisons et les établissements philanthropiques. En pénétrant partout où le pauvre soupire, où l’orphelin pleure, où le faible agonise sous la pression du puissant, et en montrant le dégoût et la pourriture de la méchanceté et de la débauche, on suit avec sympathie la vertu dans sa voie fastidieuse et pénible, pleine de souffrances et d’épreuves. Les Misérables d’Athènes ne vont pas seulement plaire, mais aussi émouvoir, ne vont pas seulement déchirer les cœurs sensibles, mais aussi instruire et révéler les coulisses de la vie politique (15.5.1894, p.1).

33Ou encore, l’annonce d’un chapitre du même roman : « Maintenant entrent en scène d’autres types, non moins intéressants, des types de voleurs, de pickpockets, d’enfants abandonnés, de délinquants, tout un monde qui traîne dans la dépravation et dans le crime, avec des aventures très dramatiques, une intrigue qui maintient l’intérêt vif jusqu’à la fin » (19.8.1894).

34Par ailleurs, les références au naturalisme ne sont pas rares, comme dans cet extrait des  Misérables d’Athènes, qui rappelle la théorie de l’influence du milieu :

Aristotelis n’était pas méchant par sa nature, mais il était bien d’esprit étroit, de ceux qui donnent l’impression d’être intelligents. Et si on avait pris soin de son éducation, il aurait pu se tourner vers le bien et aurait développé ses bonnes qualités. Mais, abandonné à son sort, il a bu pendant son enfance et son adolescence le poison de la dépravation, et ses instincts brutaux, ayant trouvé la voie libre, ont noyé tout le bien qui pouvait exister en germe dans son jeune âme21.

35La référence au naturalisme prend la forme d’une citation chez Zervos : « La nouvelle chanteuse s’appelait Athéna, et selon ce que disait Aravel, le directeur du club, elle était grecque. Le directeur Aravel était par ailleurs la copie conforme de celui que l’auteur de L’Assommoir décrit si bien dans Nana, de Bordenave22 ».

Romans médiatiques

36Les mystères grecs, de même que les autres romans de cette catégorie générique écrits dans des langues différentes, font partie de la culture médiatique, qui s’installe en Europe dans la deuxième moitié du XIXe siècle. Dans ce sens, ils participent du grand phénomène médiatique, déclenché par la circulation internationale de ce genre romanesque, parallèlement à l’émergence d’un imaginaire de la modernité23. C’est ainsi que, suivant les propositions d’Alain Vaillant, on ne peut que parler d’une littérature médiatique, en tant que mécanisme de circulation textuelle qui prend place dans un système de communication plurielle et hétérogène de représentation du monde, rendue possible par les médias24.

37Comme nous l’avons déjà mentionné, un travail d’archives reste à faire concernant le support de la première parution des romans d’Apocryphes, qui sans doute ont été publiés d’abord, au moins pour une partie d’entre eux, sous forme de feuilletons ou de fascicules. Il serait utile de savoir si certains des mystères grecs ont eu uniquement une publication en volume, et dans ce cas de mettre en relation leur mode de parution avec le statut de leur auteur et le côté pédagogique de l’œuvre. Dans le cas d’une œuvre qui ne connaît que la librairie, pourrait-on parler d’une sorte de manuel de diffusion d’une certaine idéologie sociale et politique, d’une sorte de monographie à l’attention de pairs plus qu’à l’attention du grand public ?

38Concernant la littérature grecque, des données manquent encore cruellement quant à la diffusion et la consommation des livres à travers les cabinets de lecture ou les lieux de rassemblement, comme les cafés, etc., par conséquent il est difficile de trancher sur le caractère populaire (au sens d’œuvre adressée au peuple et consommée largement par le peuple) de tous les romans grecs de mystères urbains. Si Grigorios Xenopoulos souligne justement le caractère populaire des Misérables d’Athènes lorsqu’il présente l’édition illustrée du roman, cela pourrait ne pas être le cas pour tous les auteurs. En tout cas, à propos de Kondylakis, le côté léger, mais en même temps sérieux de l’œuvre est mis en évidence par la critique lucide de Xenopoulos :

En ce qui concerne sa valeur littéraire, il n’est pas nécessaire d’en dire trop. Les Misérables d’Athènes ont été publiés en feuilleton dans Estia et la plupart de notre public a profité de leur lecture. Monsieur Kondylakis (Vardis Gyparis) a voulu écrire une œuvre simple, populaire, sans prétentions littéraires. Son roman présente en abondance toutes les vertus de ce genre d’œuvres. Mais, d’autre part, il n’a pas leurs défauts, le souffle de vérité et de vie est souvent tellement fort, son style, même peu soigné, est tellement gracieux, son imagination tellement réfrénée, son observation tellement fidèle, et presque toujours l’esthétique tellement saine, que vraiment, j’hésiterais à classer le roman parmi les feuilletons populaires habituels. Le fait que l’auteur n’est pas prétentieux peut simplement signifier qu’il est humble. Mais son œuvre est au fond supérieure à ce qu’elle paraît25.

39Dans le cas des Misérables d’Athènes, les informations dont on dispose sur l’auteur, assez connu, le support de diffusion et la réception des contemporains suffisent donc pour permettre d’attribuer au roman le trait de « populaire », mais cela serait aléatoire pour d’autres auteurs et leurs mystères. Par contre, on ne pourrait pas nier leur appartenance à ce domaine plus large que Marc Angenot appelle la publicistique (un espace-carrefour, en corrélation avec les domaines discursifs de l’actualité et de l’opinion, secteur de vulgarisation et de banalisation aux frontières perméables avec le champ scientifique et politique)26.

40En tout cas, le monde périodique est très présent dans ces romans, tout d’abord grâce aux nombreuses références explicites à l’univers du journal (en particulier à la chronique judiciaire et au fait divers). Mais cette présence est aussi implicite, notamment quand on pense à la structure parfois journalistique des romans, parsemés de digressions narratives qui rappellent des rubriques de journal, autour de sujets sociaux de l’actualité de l’époque. En effet, dans des fragments « détachables » de leurs romans, les auteurs des Mystères reproduisent souvent les grands classiques du discours social ambiant sur le socialisme et la philanthropie, la justice, la nature du pauvre et de la misère, la place des femmes démunies, et particulièrement des servantes, dans la société grecque de leur époque27. Par exemple, I. Zervos consacre plusieurs pages de son roman Les Délinquants à une sorte d’exposé de sociologie, qu’il met dans la bouche d’un personnage s’adonnant à un long monologue idéologique sur le mouvement du « koinonismos » [κοινωνισμός], comme on appelait à l’époque le socialisme28.

41De même, Chamoudopoulos disperse ses positions sur le système pénitentiaire grec en relation avec la morale chrétienne dans son roman Les Mystérieux cambrioleurs, dans des textes qui ne diffèrent en rien d’une dissertation sociologique ou politique, tout en proclamant sa fidélité à Sadik Pacha, son supérieur hiérarchique dans les postes gouvernementaux qu’il a occupés en Turquie. Autre exemple, celui des 25 pages censées reproduire le testament de l’un des personnages du roman Apocryphes de Constantinople de Samartsidis, où, dans un texte écrit comme un article de journal ou comme un essai politique, il est question de végétarisme, d’onanisme, de valeurs familiales et des dangers de la ville, traitée comme un lieu peu propice aux pauvres ; il est aussi question de retour à la campagne, d’anarchie, de socialisme, de christianisme29.

42La survie du genre des mystères dans le XXe siècle rend encore plus évidente leur appartenance à l’univers de la culture médiatique et l’adoption des pratiques sérielles30 : de nombreux mystères paraissent dans des éditions bon marché, en fascicules hebdomadaires illustrés, reliés par la suite en volumes de plusieurs centaines de pages. Plusieurs maisons d’édition se consacrent à la diffusion de cette littérature populaire : outre les diverses « bibliothèques », éditions annexes de journaux et magazines, il y a aussi les éditions spécialisées, où par un intéressant mécanisme de melting pot culturel, on retrouve à côté des mystères des romans historiques, les ouvrages de Kropotkine et de Nietzsche vulgarisés, des livres de cuisine et de médecine, des manuels et des biographies. Les auteurs de mystères, dont le plus connu est Aristeidis Kyriakos31, côtoient Dumas, Hugo, Verne, Tolstoï, Flaubert et Zola, mais aussi Nat Pinkerton, Arsène Lupin et Tarzan.

43De plus, par un processus de transmédialité (du livre à l’écran, du théâtre au livre et vice versa), les mystères passent au cinéma, au mélodrame, à l’opérette. C’est le cas des Apaches d’Athènes, roman de Pavlos Argyros, puis opérette de Nikos Chatziapostolou, qui sera aussi adapté pour le cinéma (film muet) par Dimitris Gaziadis en 1930 et par Ilias Paraskevas en 195032. Le succès de certaines œuvres n’a d’ailleurs jamais faibli, puisque l’opérette Les Apaches d’Athènes est toujours représentée sur la scène lyrique du pays, et que Les Misérables d’Athènes ont été adaptés en série télévisée en 1980. Enfin, la conjoncture politique et économique de la crise de la dette grecque a fait que le terme « les misérables d’Athènes » revienne tristement à l’actualité pour décrire la situation de précarité et de criminalité montante dans la capitale grecque des trois dernières années33.

Imaginaires multiples

44Si les Mystères urbains européens se font l’écho d’un certain imaginaire social concernant la ville, la pauvreté, les bas-fonds, comme le montre Dominique Kalifa34, et s’ils semblent attirés par une sorte d’exotisme social et urbain, lié à tout ce qu’on projette sur la ville, comme le signale Matthieu Letourneux35, pour ce qui est des mystères grecs on devrait aussi parler d’un imaginaire de l’Occident, détecté en filigrane dans ces romans de l’espace urbain.

45Le dilemme : Occident/Orient, qui a toujours préoccupé, et préoccupe encore les milieux intellectuels grecs, passe au XIXe siècle par le dilemme : roman de la campagne/roman de la ville, qui se traduit pour certains par l’opposition : roman grec-authentique-utile/roman étranger-faux-nocif. L’exotisme est double, concernant les mystères grecs, car à l’étrangeté des bas-fonds folklorisés à l’attention d’un lecteur qui voudrait essayer une tournée des grands-ducs virtuelle, s’ajoute l’exotisme des représentations de l’Occident, de ce vague no man’s land qu’on appelait, et qu’on appelle parfois encore en Grèce « l’Europe », comme un espace auquel on n’appartient pas toujours.

46C’est cet imaginaire européen/occidental que mettent en évidence les précautions diverses des auteurs des mystères grecs vis-à-vis de ce lecteur imaginaire de mauvaise foi. Un lecteur qui les accuserait de transporter sous les vestiges du Parthénon et parmi les églises orthodoxes d’une petite capitale bien rangée les vices et les incertitudes d’un lointain Occident dangereux et labyrinthique, qu’on rejette en même temps qu’on l’envie et qu’on le prend pour modèle.

47En effet, les auteurs des mystères semblent marqués d’une tendance schizoïde, qui les pousse à s’éloigner, et en même temps à suivre leurs modèles littéraires européens, notamment français. C’est ce qui, bien avant le concept du méridien de Greenwich36, avait fait prononcer à Xenopoulos en 1894 la phrase restée célèbre depuis : « dans le domaine de la littérature nous constituons une province de la France37 ». Ioannis Kondylakis, par exemple, l’auteur des Misérables d’Athènes, ne cache pas ses sources : Hugo et ses Misérables (déjà par le titre), et Sue et ses Mystères de Paris, dont il emprunte les grandes lignes de la trame romanesque, mais aussi les personnages, ne serait-ce que par leur prénom (ainsi Mariora, étant la version populaire de Marie, rappelle sans doute Fleur-de-Marie, que Skylissis traduit par « Marianthi » en 1845).

48Plus qu’un imaginaire urbain, les mystères dessinent aussi pour les auteurs grecs qui les pratiquent un imaginaire culturel, un imaginaire du champ littéraire d’appartenance, un réseau virtuel de confrères, qui fonctionne en sens unique, puisque la Grèce regarde vers la France (essentiellement, plus que vers d’autres pays européens), tandis que la France ne connaît presque pas la littérature de la Grèce moderne, rarement traduite et diffusée. En s’essayant au genre des mystères (mais il en va de même pour le naturalisme, par exemple), il s’agit pour les écrivains grecs de nouer des liens avec des pairs désirés et encore potentiels, et de se trouver une place dans le champ littéraire en cours de constitution en tant que membres d’une famille plus large que celle du milieu intellectuel grec, forcément restreint par la taille du pays et par l’envergure de sa littérature et de sa langue. Et de s’attacher ainsi, par l’acquiescement aux pratiques sérielles, à ce vaste imaginaire de la modernité, tant admirée et appréhendée, qui réunit donc des représentations d’un espace littéraire, urbain, social, national, européen, et probablement international.

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49Angenot XE "Angenot, Marc" §, Marc, 1889. Un état du discours social, Québec, Le Préambule, 1989, p. 503-513.
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Mystères grecs

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PONSON DU TERRAIL, Alexis de, Drames de Paris [Δράματα Παρισίων], Athènes, Stefanos A. Gounatis, vol. 1, 672 p., vol. 2, 1884, 400 p., vol. 3, 476 p., et réédition en 1885.
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Illustrations

Page de titre de la traduction des Mystères de Paris d’Eugène Sue
par I. Skylissis, Smyrne, 1845.

Page de titre de la traduction des Mystères de Londres de Paul Féval,par N. Kontopoulos, 1859.

Page de l’édition en volume des Misérables d’Athènes de I. Kondylakis, Athènes, Zannoudakis, 1895.

Couverture des Mystères d’Athènes d’A. Kyriakos, Athènes, Anagnostopoulos Petrakos, 1912.

Photographie d’Athènes, 1868.

52     

Notes

1  Je remercie Georgia Gotsi et Lampros Varelas d’avoir bien voulu répondre à mes questions concernant la réception critique des Mystères grecs. Par ailleurs, je tiens à exprimer ma reconnaissance à Lampros Varelas, qui, avec la générosité qui lui est propre, m’a procuré les photocopies de nombreux romans apparaissant dans la bibliographie des Mystères urbains grecs, difficilement accessibles dans les bibliothèques que j’ai pu consulter. Je le remercie aussi de m’avoir éclairée sur les progrès de l’étude du genre en Grèce actuellement.

2  Le Roman grec des Apocryphes du XIXe siècle [Το ελληνικό μυθιστόρημα Αποκρύφων του 19ου αιώνα], numéro spécial de la revue Anti, n° 641, 1.8.1997.

3  Voir, par exemple, Anna Boschetti (dir.), L’espace culturel transnational, Paris, Nouveau Monde éditions, 2010.

4  Ainsi, dans la même année 1997, Sofia Ntenisi finit par reconnaître seulement deux romans comme appartenant pleinement au genre des mystères urbains, tandis que Georgia Gotsi en cite dix-huit. Dans le recensement plus récent, en ligne, Lampros Varelas classe aussi dix-huit romans sous cette catégorie. Les références bibliographiques de ces études se trouvent à la fin de l’article.

5  N’étant pas convaincue moi-même de l’appartenance de plusieurs romans au genre des Mystères urbains, je donne quand même la liste proposée par les spécialistes du sujet, et préfère pour ma part examiner de plus près un petit nombre d’entre eux, dans la mesure où de toute façon ils présentent, au moins en partie, des traits renvoyant aux mystères urbains.

6  Pour ce terme voir : Marie-Ève Thérenty/Alain Vaillant, 1836 : L’An 1 de l’ère médiatique. Analyse littéraire et historique du journal La Presse, d’Émile de Girardin, Paris, Nouveau Monde éditions, 2001.

7  Concernant la situation du champ littéraire et de la culture médiatique en Grèce, je me permets de renvoyer à ma thèse, L’Écrivain et le camelot. Enjeux d’une littérature de presse dans les « romans athéniens » (1913-1945) de Gr. Xenopoulos, soutenue à l’université Sorbonne nouvelle-Paris 3 en 2011, et dont la version retravaillée est à paraître sous le titre L’Écrivain et le camelot. Littérature médiatique en Grèce, 1880-1945 aux éditions Honoré Champion, en 2014.

8  Conférence faite en français à l’école de G. Pappadopoulos, publiée en grec dans Pandora, vol. 20, n° 460, 15 5 1869, p. 72-76 et 1.6.1869, p. 81-86.

9  Dominique Kalifa, Les Bas-fonds. Histoire d'un imaginare, Le Seuil, « L’Univers historique », 2013, p. 26.

10  Vidocq, Les vrais mystères de Paris [Βιδόκ, Τα αληθή μυστήρια των Παρισίων], trad. I. E. Giannopoulos, 7 vol., Athènes, Typografeion Lakonias, 1859.

11  Giannopoulos, I. E., « Athènes » [« Αι Αθήναι »], Efterpi, vol. 2, n° 31, 1.12.1848, p. 188-190.

12  Gorgias (= Konstantinos Pop), « Travaux et jours » [« Έργα και ημέραι »], Efterpi, vol. 3, n° 69, 1.7.1850, p. 1082.

13  Tiri Liri, poèmes, 1859, vol. 1, p. 235-236, note 24.

14  Ioannis Zervos, Les Délinquants [Οι Κακούργοι], Kerkyra, imprimerie Nikolaos Petsalis, 1889, p. 23.

15  Lymperios, Dimosthenis, N., Apocryphes de Syros [Απόκρυφα Σύρου], vol. 1, Ermoupolis, imprimerie Ethnos, 1866.

16  Christoforos Samartsidis, Apocryphes de Constantinople [Απόκρυφα Κωνσταντινουπόλεως], 1re partie, Constantinople, imprimerie Eptalofos, 1868, p. γ΄de la préface.

17  Apocryphes de Constantinople [Απόκρυφα Κωνσταντινουπόλεως], 3e partie, Constantinople, imprimerie Commercio Orientale, 1868, p. 3

18  I. Kondylakis, Les Misérables d’Athènes, éd. Georgia Gotsi, Athènes, Nefeli, 1999, p. 76.

19   Minas Chamoudopoulos, Les mystérieux cambrioleurs [Οι μυστηριώδεις νυκτοκλέπται], Smyrne, imprimerie de Smyrne, 1871, p. 14.

20  Zervos, op. cit., p. 22.

21  I. Kondylakis, op. cit., p. 320.

22  Zervos, op. cit., p. 92.

23  Voir à ce sujet la page dédiée aux Mystères urbains dans EPOP, Popular roots of european culture, http://www.popular-roots.eu, ainsi que les articles de Matthieu Letourneux « Paris, terre d’aventures. La construction d’un espace exotique dans les récits de mystères urbains », RITM, n° 37, 2007, http://hal.archives-ouvertes.fr/docs/00/58/26/13/PDF/Paris_-_terre_d_aventure_-_article.pdf, et « Les “mystères urbains”, expression d’une modernité énigmatique », in M. dall’Asta, F. Pagello, Alla ricerca delle radici popolari della cultura europea, Looking for the Roots of European Popular Culture, Bologne, 9 décembre 2009, http://hal.archives-ouvertes.fr/docs/00/64/52/12/PDF/MystA_res_urbains_-_article.pdf.

24  En admettant que la littérature recouvre, pour chaque époque, les textes à usage non professionnel, ni pratique, qui sont mis en libre circulation dans l’espace public, Alain Vaillant conclut que la littérature médiatique, comme la communication médiatique, se présentent finalement, du point de vue fonctionnel, comme une forme de la communication littéraire. Voir notamment : Alain Vaillant, « De la littérature médiatique », Interférences littéraires/Literaire interferenties, nouvelle série, n° 6, « Postures journalistiques et littéraires », dir. Laurence Van Nuijs, mai 2011, p. 21-33. Pour la notion de la communication littéraire, consulter : Alain Vaillant, « De la sociocritique à la poétique historique », TEXTE, 45/46, « Carrefours de la sociocritique », 2009, p. 81-98, et L’histoire littéraire, Paris, Armand Colin, 2010, p. 251-267.

25  Grigorios Xenopoulos, « Huits jours » [« Το οκταήμερο »], 2.7.1895, p. 210.

26  Marc Angenot, 1889. Un état du discours social, Québec, Le Préambule, 1989, p. 503-513.

27  Voir : Maria Korasidou, Les Misérables d’Athènes et leurs guérisseurs. Pauvreté et charité dans la capitale grecque au XIXe siècle [Οι Άθλιοι των Αθηνών και οι θεραπευτές τους. Φτώχεια και φιλανθρωπία στην ελληνική πρωτεύουσα τον 19ο αιώνα], Athènes, Typothito Giorgos Dardanos, « Istorias mathisi ; 4 », 2004.

28  Op. cit., p. 116-121. Pour le socialisme en Grèce voir Panagiotis Noutsos, La Pensée socialiste en Grèce. De 1875 à 1974 [Η σοσιαλιστική σκέψη στην Ελλάδα. Από το 1875 ώς το 1974], vol. 1, Athènes, Gnosi, 1990.

29  Op. cit., vol. 2, partie 2, p. 8-33.

30  Pour ce terme voir : Paul Bleton, « Un modèle pour la lecture sérielle », Études littéraires, vol. 30, n° 1, automne 1997, p. 45-55, et ça se lit comme un roman policier… : comprendre la lecture sérielle, Québec, Éditions Nota Bene, « Études culturelles », 1999.

31  Par exemple : Aristeidis Kyriakos, Les mystères d’Athènes, roman athénien contemporain [Τα μυστήρια των Αθηνών, σύγχρονον αθηναϊκόν μυθιστόρημα], Athènes, Anagnostopoulos, 1912 (page de titre : « Dans les pages duquel défilent toutes les vertus et les défauts de la société athénienne depuis la classe sociale la plus basse jusqu’aux classes supérieures », encadré : «  Le but du livre social est l’examen utile à la société, la flagellation du vice et le couronnement de la vertu », 590 p., ou encore, du même auteur, Apocryphes de la cour de Byzance, roman original historique byzantin [Απόκρυφα της αυλής του Βυζαντίου], Athènes, Anagnostopoulos, s.d., 366 p.

32  Pour les données des films on peut consulter les archives en ligne de la filmothèque grecque http://www.tainiothiki.gr/v2/filmography/view/1/239.

33  Une simple recherche sur internet révèle une multitude de sites et d’articles inspirés par le titre du roman de Kondylakis pour décrire la situation actuelle en Grèce.

34  Dominique Kalifa, op. cit.

35  Voir ses articles déjà cités.

36  Terme de Pascale Casanova, La République mondiale des lettres, Paris, Le Seuil, « Points ; essais », 2008.

37  Phrase prononcée lors de la conférence de Xenopoulos avant la première des Revenants d’Ibsen, à Athènes, le 29.10.1894. Le texte de la conférence fut publié dans le journal Estia, le 30 et 31 octobre et le 1er novembre 1894.

38  Cette liste contient plus largement des romans comportant les mots grecs « Μυστήρια = Mystères », « Δράματα = Drames » ou « Απόκρυφα = Apocryphes » dans le titre, termes par lesquels a été traduit en grec le mot français « Mystères », dans la majorité des cas. Le titre en français traduit littéralement le titre grec, de sorte à mettre en évidence les différentes versions et les choix lexicaux, entre « mystères » et « apocryphes », notamment, selon le traducteur ou la période ; suit le titre en grec. Le nom de l’auteur est aussi donné en translittération, dans les cas où il a été hellénisé, ce qui est très courant pour Sue, par exemple, hellénisé en « Evgenios Syis », ou pour Féval, dans  sa version grecque de « Pavlos Feval ». Je signale qu’il s’agit d’un recensement non exhaustif, basé sur la bibliographie donnée par G. Gotsi dans le n° spécial de la revue Anti, en 1997, ainsi que sur l’ouvrage plus récent de K. Kasinis, cité dans la bibliographie qui précède. En tout cas, il s’agit d’un premier recensement de livres, tandis que les éventuelles publications en feuilleton dans les journaux ne sont pas prises en compte, l’aperçu ne peut donc être que très partiel.

Pour citer ce document

Effie Amilitou, «Apocryphes urbains, ou la construction d’un mystérieux genre romanesque en Grèce», Médias 19 [En ligne], Grèce, Publications, Marie-Ève Thérenty (dir.), Les Mystères urbains au prisme de l'identité nationale, mis à jour le : 07/12/2013, URL : http://www.medias19.org/index.php?id=14891.

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