Appel à communication : Colloque « Témoignages médiatiques, des correspondances particulières aux réseaux sociaux (XVIIIe-XXIe siècles) », Université Laval (Québec), 9-10 juin 2016

Annonce publiée le 29 juin 2015

Organisatrices : Mylène Bédard (Université Laval) et Mélodie Simard-Houde (Université Panthéon-Sorbonne/Paris I)

Appel à communication

« Témoignages médiatiques, des correspondances particulières aux réseaux sociaux (XVIIIe-XXIe siècles) »

Colloque international, Université Laval (Québec), 9-10 juin 2016

La presse est un espace polyphonique où s’entrecroisent les voix et les sensibilités de divers énonciateurs : celles, collectives, de la rédaction ; celles, parfois plus ténues, des lecteurs ; celles des journalistes, cachées derrière le pseudonyme ou attestées par la signature. Toutes sont porteuses d’une tension entre individualité et collectivité, la presse inscrivant le témoignage du sujet dans la sphère publique. Cette négociation se manifeste différemment selon les genres médiatiques envisagés : au XIXe siècle, la chronique s’apparente parfois à l’écriture diaristique, où un « je » fort constitue jour après jour la mémoire collective. À partir du dernier tiers du siècle, les formes de journalisme d’enquête associées à la transition vers la presse d’information déclinent d’une nouvelle manière l’imbrication de l’intime et de la sphère publique. Le reportage, par exemple, met en scène un « témoin-ambassadeur », selon la formule de Géraldine Muhlmann, dont le corps, les émotions et l’identité sont placés au service de la restitution du réel auprès du lectorat. Tandis que l’interview inverse la perspective : l’interviewer agit comme agent de liaison d’une seconde individualité en médiatisant l’interviewé sous le prisme paradoxal de la recherche de confidences destinées à être exposées.

Alors que le « je » et l’intimité s’introduisent comme en fraude dans les pages du journal, les formes de l’écriture intime, en culture médiatique, révèlent inversement une subjectivité assumée qui doit pourtant s’articuler au collectif. La lettre, qu’elle soit privée ou publique, participe et témoigne des sociabilités, évoque l’actualité et contribue à l’établissement de références communes. Rédigés par des figures anonymes, des journalistes ou des hommes politiques de renom, les Mémoires, souvenirs et autobiographies mettent en dialogue récit de vie et récit historique, convoquant à l’occasion un intertexte et un imaginaire médiatiques, lorsqu’ils ne sont pas eux-mêmes médiatisés dans les pages du journal. Même la forme confidentielle par excellence, celle du journal intime, est susceptible d’être traversée par les secousses du politique lors de grands bouleversements tels que les guerres, les révolutions, les catastrophes naturelles.

Cette porosité nuance le postulat d’une autonomie des formes, qui se révèlent plutôt en constante interaction. En dépit de leur antinomie apparente, l’intime et le médiatique semblent indissociables et continuellement modulés par des transferts, des influences qui s’exercent de part et d’autre. Comme l’a montré Marie-Ève Thérenty, l’intime est une composante importante de la matrice littéraire ayant nourri l’invention médiatique et la formation des genres journalistiques dès le début du XIXe siècle, mais le médiatique, en retour, a influé sur les écritures personnelles et les représentations du sujet jusqu’à nos jours. Ce mouvement réciproque a déjà été abordé par le biais des pratiques épistolaires associées à la presse (lettres de lecteurs et déclinaisons de l’interlocution médiatique, imaginaires médiatiques et sociabilités journalistiques dans les correspondances). Nous proposons cette fois d’ouvrir l’étude des interactions de l’intime et du collectif à d’autres formes d’écriture, qu’elles relèvent, d’une part, des écrits personnels (Mémoires, correspondance, journal intime, autobiographie) ou, d’autre part, des médias de masse (presse, radio, télévision, numérique), en privilégiant les intersections entre ces deux pôles, les formes, les imaginaires et les modes de circulation par lesquels ils se recoupent. On substituera ainsi au couple (intime / collectif) les variations d’une triade : celle-ci met en relation le sujet, le média, et la collectivité, ou encore, pour le formuler autrement, l’intime, le support et la sphère publique.

Dans la foulée de ces réflexions, ce colloque vise à examiner dans un temps long et à travers leur historicité ces contaminations et ces déclinaisons d’un sujet traversé par le collectif. Il s’agit d’interroger la manière dont l’apparition et les transformations de nouveaux médias ont pu modifier les façons de s’écrire et de se dire. Quels moments forts de cette évolution peut-on identifier dans l’espace francophone ? Les nouveaux modes d’écriture et de représentation de soi dans la sphère médiatique, notamment dans les réseaux sociaux, doivent-ils être lus comme un bouleversement ou s’inscrivent-ils en continuité avec les pratiques des siècles précédents ? Chaque média, à l’instar de la presse, permet la création d’une interface nouvelle entre l’individu et la communauté, réelle et imaginée, qui invite à repenser l’identité dans son rapport à l’altérité, la manière dont le lien social se noue en culture médiatique.

En plus des pistes suggérées, la réflexion, s’inscrivant aussi bien dans les études littéraires, l’histoire culturelle, les sciences de l’information que dans la sociologie, pourrait aussi s’engager dans l’une des voies suivantes :

  • Effets induits par les supports sur l’écriture de soi (poétique, enjeux et variations génériques, rapport au(x) temps – du quotidien, de la mémoire, de l’histoire –, inscription du sujet dans une série, pacte de lecture, réception, etc.) ;
  • Hybridation des formes autobiographiques et médiatiques en regard des genres sexués ;

  • Représentations iconographiques : autoportrait et portraits dans la presse, selfie ;

  • Métadiscours sur les rapports entre l’intime et le médiatique, imaginaires médiatiques dans les écritures de soi ;
  • Culture numérique contemporaine : dévoilement de soi, reportages diffusés par des particuliers sur les réseaux sociaux (Twitter, Facebook).

Les propositions de communication d’environ 300 mots devront être envoyées avant le 16 octobre 2015 à l’adresse suivante : temoignages.mediatiques@gmail.com. Elles devront être accompagnées d’une brève notice biobibliographique précisant l’université d’attache et les coordonnées du chercheur.

 

Bibliographie

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