Parution : Traduction française de Psychiko (1928) de Paul Nirvanas

Annonce publiée le 3 décembre 2015
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Les éditions Mirobole ont le plaisir de vous annoncer la parution prochaine, à partir de janvier 2016, de Psychiko de Paul Nirvanas traduit par Loïc Marcou, docteur en littérature néo-hellénique et chercheur associé au Centre de Recherche Europe-Eurasie de l’Inalco.

Vous trouverez ci-dessous une brève présentation du roman faite par le traducteur pour les lecteurs de Médias 19.

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Psychiko, le récit que nous avons traduit en français et que nous présentons au lecteur aux éditions Mirobole, a été initialement publié en 1928, en feuilleton, dans la presse athénienne. Il s’offre à lire comme un faux récit policier (puisque le personnage qui dit être le criminel n’en est pas un) et comme un vrai roman satirique qui dénonce les excès de la presse grecque du début du XXe siècle. Il est l’œuvre de Pétros K. Apostolidis (1866-1937), un médecin de la marine de guerre hellénique devenu homme de lettres et qui signe ses nombreux écrits –chroniques, essais, poèmes, nouvelles, romans [1], pièces de théâtre, traductions – sous le pseudonyme de Paul Nirvanas (il en adoptera environ treize autres au cours de sa carrière littéraire [2]). Cet auteur, qui appartient, comme la plupart des gens de lettres de son temps, à la sphère des écrivains-journalistes [3], est loin d’être un inconnu en Grèce. Il appartient au cercle de Kostis Palamas (1859-1943), le chef de file de la « génération de 1880 », qui se définit par son attachement à l’étude de mœurs (éthographie) ; il est un contemporain d’Alexandre Papadiamantis (1851-1911), un des plus grands auteurs de la littérature grecque moderne ; il est, depuis 1928, membre de l’académie d’Athènes, l’équivalent de l’Académie française, au sein de laquelle il contribue à faire connaître des écrivains comme le prosateur Ioannis Kondylakis (1861-1920), le dramaturge Spyros Mélas (1882-1966) ou le romancier Grigorios Xénopoulos (1867-1951), l’introducteur du naturalisme en Grèce. Paul Nirvanas est en outre scénariste pour le jeune cinéma grec : il écrit à la fin des années trente le scénario de deux films importants du réalisateur Dimitris Gaziadis : Astéro [Αστέρω] et La Tempête [Η Μπόρα] (1929). Enfin, il est l’introducteur en Grèce de la philosophie nietzschéenne, qu’il a diffusée dès 1898 dans la revue littéraire L’Art [Τέχνη][4]. En somme, on peut dire que Nirvanas est un polygraphe et que son cas est emblématique de la situation de l’écrivain en « régime médiatique grec [5] ». Comme Xénopoulos, il appartient en effet à cette génération de littérateurs qui associe carrière littéraire et activité médiatique et qui considère la presse, non pas comme un simple gagne-pain, mais comme une tribune. S’il ne dirige pas lui-même de revue comme Xénopoulos, il publie chroniques [6], essais et traductions dans la presse périodique. Ainsi, Nirvanas est un des chroniqueurs réguliers de l’hebdomadaireLa Cité [Άστυ], du quotidien L’Acropole [Ακρόπολη] et, à partir de 1905, de la célèbre revue Hestia [7] [Εστία]. Parallèlement, il publie de nombreux textes dans des périodiques littéraires : Panathénées [Παναθήναια], La Nouvelle Hestia [ΝέαΕστία], Notre revue [ΤοΠεριοδικόνμας], Asmodée [Ασμοδαίος], Ne perds pas la tête [Μηχάνεσαι], etc.

 

Psychiko : une présentation succincte

C’est précisément parce qu’il connaît la culture médiatique grecque que Nirvanas est prompt à dénoncer les abus de la presse dans Psychiko [ΤοέγκληματουΨυχικού] (1928). De quoi est-il question dans ce court roman dont le titre rappelle un quartier bourgeois situé alors dans les faubourgs d’Athènes ? C’est l’histoire d’un jeune homme falot qui s’accuse d’un crime qu’il n’a pas commis afin d’obtenir son « quart d’heure de célébrité ». Pour être sûr que les reporters [8], notamment les reporters policiers [9], l’identifient au meurtrier d’une jeune fille dont la dépouille a été retrouvée dans un terrain vague, Nikos Molochanthis, l’anti-héros de Nirvanas, met en œuvre un stratagème qu’il croit imparable : il achète un morceau de viande chez un boucher pour laisser des traces de sang sur sa chemise ; il se procure un couteau chez un brocanteur et va jusqu’à errer la nuit sur le théâtre du meurtre ; enfin, il envoie une lettre anonyme au procureur pour le convaincre de sa culpabilité. Quel est l’objectif de Molochanthis ? Faire la une des journaux à un moment où la presse grecque est en plein essor [10] et attirer sur lui le regard des jeunes filles de la bonne société athénienne, ferventes lectrices de Thomas de Quincey (De l'assassinat considéré comme un des beaux-arts), d’Oscar Wilde (La Ballade de la geôle de Reading) ou de Friedrich Nietzsche (Ainsi parlait Zarathoustra). Or, le stratagème mis en place par Nikos fonctionne au-delà de ses espérances. Une fois que le héros de Nirvanas est passé aux « aveux », la machine médiatique se met en branle et les journalistes inventent de toutes pièces les raisons ayant poussé le « criminel » à agir. Nikos se retrouve ainsi au cœur d’un imbroglio médiatique qu’il croit maîtriser jusqu’au jour où il découvre qu’après avoir vu en lui un héros ténébreux adepte de l’aphorisme wildien : « chacun tue ce qu’il aime [11] », la presse se désintéresse de lui lorsqu’elle comprend que le soi-disant criminel n’a aucun mobile sérieux. Il faudra à ce dernier un improbable concours de circonstances pour échapper, in extremis, à la guillotine…

 

La satire d’une presse sensationnaliste

Dans Psychiko, Paul Nirvanas ne se contente pas de railler la quête de célébrité pathologique de son personnage et sa confusion entre l’univers onirique et le monde réel, en somme ce que la psychanalyse freudienne dénommera l’opposition entre le principe de plaisir et le principe de réalité. Il dénonce surtout les excès de la presse de son temps, prompte à transformer en héros du jour un individu n’ayant pas, à l’évidence, l’étoffe d’un criminel. Après l’affaire Kalomiris [12] (1924) et avant l’affaire Athanassopoulos (1931) qui défraiera la chronique sous l’expression de « meurtre du Céphise [13] », la presse quotidienne athénienne ne recule en effet devant rien, si l’on en croit Nirvanas, pour appâter un lecteur avide d’émotions fortes. Sensationnalisme, utilisation de faux témoins ; absence de toute déontologie : tout lui est bon pour vendre du « sang d’encre ». Sur ce point, les premières pages du texte sont assez éloquentes. Alors que le crime de Psychiko vient d’être connu, le reporter dépêché sur le théâtre du meurtre n’hésite pas à interroger deux témoins qui n’ont visiblement rien à voir avec l’affaire :

« Le lendemain matin – aucune lumière n’était venue entre-temps éclairer cette ténébreuse affaire –, le journal ayant promis à ses lecteurs une description circonstanciée du crime avait effectivement publié à la une un article en trois colonnes de son reporter. Le journaliste avait fort bien décrit le théâtre du crime, la nuit de pleine lune, les salons athéniens où les deux jeunes gens s’étaient « vraisemblablement » amusés et bien d’autres choses encore. Outre ces informations essentielles, le reporter avait obtenu deux témoignages capitaux : le premier lui avait été fourni par un laitier qu’il avait rencontré par hasard alors qu’il rentrait de sa tournée matinale ; le second par un cordonnier qui s’était approché des lieux pour voir ce qui se passait au moment où les autorités se trouvaient là. Et les deux « témoins », quoique ne sachant rien de l’affaire, avaient donné des informations de première importance [14]. »

On ne saurait être plus explicite sur le traitement romanesque de la criminalité dans la presse grecque de l’entre-deux-guerres. Trois ans après la publication de Psychiko, Paul Nirvanas se montrera une nouvelle fois très critique sur la contamination de l’information par la fiction dans la presse grecque et sur la nature très « littéraire » de la couverture de la criminalité dans les médias de son temps. Il écrira ainsi, en août 1931, dans un article paru dans la revue La Nouvelle Hestia :

« Je ne sais pas si, à part le talent policier, il faut du talent littéraire pour devenir rédacteur de reportage policier. Mais c’est un fait que tous ces rédacteurs, sans exception aucune, ont du talent littéraire. C’est ainsi qu’ils transforment la réalité prosaïque en œuvre d’art. Leur point fort est la description. Ils décrivent de façon brillantissime. Décrire des choses qu’on a vues n’est pas un exploit. Mais le rédacteur policier décrit des choses qu’il n’a jamais vues et qui n’ont jamais existé. […] La moindre histoire d’amour devient un poème, une épopée, une tragédie. On n’a qu’à suivre la littérature policière qui, de nos jours, remplit quotidiennement les longues rubriques des journaux et qui n’a rien à voir avec la littérature policière du livre ou du cinéma […] pour apprécier ce nouvel essor du discours créatif. Dans cette littérature arrivent des choses extraordinaires […] Par exemple, toutes les jeunes femmes qui se suicident sont, en règle générale, des merveilles de beauté. […] Et puis tous les cadavres découverts, des cadavres de personnes suicidées, assassinées, tuées de façon différentes, « baignent dans une mare de sang ». Même s’il n’y a pas eu une goutte de sang qui a coulé, et que la plupart des blessures des nouveaux revolvers ne font pas couler de sang, cela n’a pas d’importance. Un cadavre qui se respecte doit baigner dans une mare de sang, une mare digne du « Lac » de Lamartine. […] La conclusion est que, si cette littérature du quotidien manquait, la plupart des crimes, assassinats, meurtres, suicides, cambriolages à main armée, drames érotiques n’auraient aucune poésie, aucune grâce, aucun intérêt ni aucun mystère [15] ».

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Force est donc de constater que Paul Nirvanas se sert dans Psychiko d’une pseudo-intrigue policière pour dénoncer les abus de la presse grecque. Quête effrénée de l’exclusivité ; concurrence acharnée entre le reporter et l’enquêteur policier ; littérarisation voire fictionnalisation de l’information : tels sont les excès les plus courants soulignés par l’auteur. Bien après l’écrivain Dimitrios Vikélas (1835-1908) qui, dans un article paru en France en 1883 [16], avait rétorqué au marquis Queux de Saint-Hilaire [17], que la presse grecque n’était pas aussi moribonde que l’aristocrate français le pensait et que son développement était dû à différents facteurs [18], Paul Nirvanas montre que, si la criminalité existe dans la Grèce des premières décennies du siècle, elle est largement amplifiée par les médias helléniques qui ne reculent devant rien pour accentuer les inquiétudes, les anxiétés et les autres menaces liées aux nouvelles pathologies urbaines du pays (pauvreté, marginalité, délinquance). Près de sept décennies avant que Pétros Markaris se livre dans Journal de la nuit [Νυχτερινόδελτίο] (1995), son premier roman policier, à une critique féroce des médias grecs [19], Paul Nirvanas brosse déjà ainsi dans Psychiko une satire implacable de la presse hellénique et de ce qu’il est convenu d’appeler la « civilisation médiatique [20] » du pays.

Loïc Marcou.

 

Notes

[1] Paul Nirvanas est l’auteur de deux romans : La Fleur sauvage [Το αγριολούλουδο] (1924), considéré comme un de ses plus beaux textes, et Le Crime de Psychiko [Το έγκλημα του Ψυχικού] (1928).

[2] Paul Nirvanas, Vérité et mensonge. Histoires pour enfants et philosophes, L’Harmattan, « Études grecques », Paris, 2012, texte traduit du grec, présenté et annoté par Renée-Paule Debaisieux, introduction, p. 10.

[3] En éminent spécialiste de la littérature néo-hellénique, Panayotis Moullas constate que la « génération de 1880 » marque la naissance de l’écrivain-journaliste [λογοτέχνης-δημοσιογράφος] et que nombre d’œuvres en prose de cette génération sont publiées dans la presse. Sur ce point, voir Panayotis Moullas, Le Champ de l’éphémère. Éléments sur la paralittérature grecque du XIXe siècle [Οχώροςτουεφήμερου. Στοιχεία για την παραλογοτεχνία του 19ου αιώνα], Athènes, Sokolis, 2007, pp. 167-168.

[4] Dirigée par Kostas Chatzopoulos (1868-1920), journaliste, romancier, poète, essayiste et traducteur grec, la revue Τέχνη paraît à Athènes de 1898 à 1899. Elle contribue à diffuser en Grèce les courants de pensée et les mouvements littéraires européens, notamment le symbolisme.

[5] Nous reprenons une formule qu’Eftychia Amilitou applique à l’auteur grec Grigorios Xénopoulos dans L’Écrivain et le camelot. Littérature médiatique en Grèce (1880-1945), Honoré Champion, « Bibliothèque de littérature générale et comparée », Paris, 2014.

[6] Rappelons que dans la presse grecque du début du XXe siècle, la chronique [χρονογράφημα] est le genre journalistique noble par excellence. Introduite en Grèce par le journaliste Constantin Pop [Κωνσταντίνος Πωπ] (1813-1878) et diffusée ensuite dans le premier quotidien grec, l’Efiméris [Εφημερίς] (1873) de Dimitris Koromilas, la chronique est un genre auquel s’essaient nombre d’écrivains du tournant du siècle : Emmanuel Rhoïdis, Grigorios Xénopoulos, Charalambos Anninos, Spyros Mélas, Dimitris Psathas, etc.

[7] Paraissant entre 1876 et 1895, la revue Hestia est transformée en quotidien à partir de 1895 : elle est alors dénommée le « journal des lettrés et des poètes ». Considérée comme une « petite Académie » ou comme un « foyer » (d’où son nom en grec), elle évolue sous la direction de Georges Kasdonis (1881-1890), Nicolas Politis (1888-1891), Georges Drossinis (1888-1894) et de Grigorios Xénopoulos (1895) pour devenir la feuille emblématique de la « génération de 1880 ». Sur ce point, voir Amilitou,op. cit., p. 46.

[8] Rappelons qu’avec l’émergence du reportage dans la presse quotidienne grecque, apparaît au tournant du siècle un nouveau type de journaliste : le reporter. Le reporter grec est le flâneur des rues athéniennes ; il peut observer et enregistrer tout ce qui s’offre à sa vue : une expérience de vie vécue (Panayotis Moullas, op. cit., p. 167). D’après les spécialistes, le premier reporter grec à signer ses reportages dans le quotidien L’Acropole est un certain Nikolaos Sakellarios (Nikos Bakounakis, Journaliste ou reporter. Le récit dans les journaux grecs aux XIXe et XXe siècles [Δημοσιογράφος ή ρεπόρτερ. Η αφήγηση στις ελληνικές εφημερίδες, 19ος-20ός αιώνας], Athènes, Polis, 2014, p. 185 et suiv.). L’émergence de la figure du reporter dans les médias helléniques se reflète dans la langue grecque. Ainsi, le mot démotique d’origine anglo-américaine : «ρεπόρτερ» supplante rapidement le terme archaïsant : «πευθήνας», qui désignait auparavant en grec un rédacteur de presse (Bakounakis, op. cit., pp. 189-190).

[9] Parmi les reporters apparaissant avec la naissance de la presse quotidienne grecque, figure un nouveau type de journaliste : le reporter policier [αστυνομικόςσυντάκτης], qui couvre les affaires criminelles et qui s’inspire des méthodes du reporter américain. (Rappelons que la « mythologie » du reporter américain, entretenue par certains clubs prestigieux, comme le club de Whitechapel (1889-1894) à Chicago, a alimenté la culture médiatique grecque). Comme le constate Bakounakis (op. cit., p. 186), le reportage policier est très prisé du quotidien L’Acropole. Nirvanas raille ce type de reportage, où l’information est en permanence contaminée par la fiction, dès les premières pages de Psychiko.

[10] Notons que le premier essor quantitatif de la presse quotidienne athénienne apparaît au cours de la période 1896-1905 avec sept nouveaux titres en l’espace de neuf ans. Cet essor s’explique par plusieurs facteurs socio-historiques : la guerre gréco-turque de 1897 et la défaite de la Grèce, la mise sous tutelle économique du pays, l’existence de nombre de territoires habités par des hellénophones encore sous domination ottomane ainsi que le bipartisme politique (Nikos Bakounakis, op. cit., p. 199). En 1928, lorsque Nirvanas publie en feuilleton Le Crime de Psychiko, la presse quotidienne athénienne compte alors vingt-deux titres : Εφημερίς, ΝέαΕφημερίς, Ακρόπολις, Καιροί, ΤοΆστυ, Εστία, Σκριπ, Εμπρός, ΝέονΆστυ, Αστραπή, ΑιΑθήναι, Χρόνος, Εσπερινή, Πατρίς, ΝέαΉμεραΤεργέστης, Έθνος, Ελεύθεροςτύπος, Πολιτεία, Καθημερινή, Αθηναϊκή, ΕλεύθερονΒήμα, Πρωία. Notons enfin que la presse grecque s’est constituée en corporation avec la création, le 14 décembre 1914, de l’Union des rédacteurs des journaux athéniens (ΕSΑΕ), qui deviendra par la suite l’Union des rédacteurs des journaux quotidiens athéniens (ΕΗSΕΑ). Lorsque Nirvanas fait paraître Psychiko, la presse grecque, notamment athénienne, est donc une institution très importante. Ainsi, Panayotis Moullas utilise le terme : «εφημεριδοκρατία» [le pouvoir de la presse] pour montrer la toute-puissance de la presse grecque, véritable levier de la vie politique, économique, sociale et intellectuelle dans la Grèce du début du XXe siècle (Panayotis Moullas, op. cit., p. 167).

[11] « Pourtant chacun tue ce qu’il aime, / Salut à tout bon entendeur. / Certains le tuent d’un œil amer, / Certains avec un mot flatteur. / Le lâche se sert d’un baiser, / Et d’une épée l’homme d’honneur. » (Oscar Wilde, La Ballade de la geôle de Reading (1897), trad. de Jean Guiloineau).

[12] Fils du compositeur Manolis Kalomiris (1883-1962), Ioannis Kalomiris est assassiné par une jeune femme en 1923. Cette affaire s’étale dans plusieurs articles du quotidien athénien Ethnos [Έθνος] puis inspire la série d’articles : « Dans le monde du crime » (3-8 octobre 1924), ainsi que la série : « Femmes criminelles » (15 novembre-2 décembre 1924), suivie de près par la série : « Criminels mineurs » (décembre 1924). Sur ce point, voir Amilitou, op. cit., pp. 294-295.

[13] En janvier 1931, le corps démembré du riche entrepreneur Dimitrios Athanassopoulos, vivant dans le quartier de Charokopos, à Kallithéa, dans la banlieue d’Athènes, est retrouvé dans deux sacs flottant dans le Céphise, le fleuve baignant la capitale. Après une enquête minutieuse, la police grecque découvre qu’Athanassopoulos a été tué à coups de revolver par un jeune homme de 18 ans, membre de sa propre famille et agissant pour le compte de sa femme et de sa belle-mère. Cette affaire criminelle fait couler beaucoup d’encre en Grèce et donne même naissance à une chanson populaire : « La belle-mère malfaisante » [«Η κακούργαπεθερά»] (1931) du compositeur et interprète Iakovos Montanaris. Selon le journal L’Homme libre [Ελεύθερος Άνθρωπος] du 16 février 1931, cette chanson aurait alors été fredonnée par le tout-Athènes.

[14] Paul Nirvanas, Psychiko, pp. 9-10.

[15] Paul Nirvanas, « Littérature policière » [«Αστυνομικήφιλολογία»], La Nouvelle Hestia [ΝέαΕστία], numéro du 15 août 1931. Extrait cité et traduit par Amilitou, op. cit., p. 302.

[16] Queux de Saint-Hilaire, « La presse dans la Grèce moderne, depuis l'indépendance jusqu'en 1871 », Annuaire de l’Association pour l'encouragement des études grecques en France, Paris, A. Durand et P. Lauriel, 1871, pp. 147-179.

[17] Dimitrios Vikélas, « État de la presse périodique grecque en 1883 », Annuaire de l’Association pour l'encouragement des études grecques en France, Paris, Maisonneuve et Cie, 1883, pp. 80-104.

[18] D’après Dimitrios Vikélas (article cité), ces facteurs sont : l’évolution démographique du pays, le développement du réseau ferroviaire, les progrès de l’instruction publique, l’augmentation importante des titres de journaux et le rôle des annonces publicitaires comme sources de financement de la presse grecque.

[19] Dans la série policière (1995-2015) de Pétros Markaris (1937-), la critique des médias grecs se focalise sur Sotiropoulos, personnage de journaliste auquel s’oppose souvent le commissaire Costas Charitos, le héros sériel de l’auteur. La rivalité exacerbée entre les médias et la police hellénique ainsi que la permanence du « thriller médiatique » sont des phénomènes sur lesquels Markaris revient à maintes reprises dans ses récits policiers.

[20] Le concept de « civilisation médiatique » est largement répandu dans les études sur la presse. On se reportera notamment à l’article de Marie-Ève Thérenty et Guillaume Pinson : « Présentation : le minuscule, trait de civilisation médiatique », Études françaises, vol. 44, n° 3, 2008, pp. 5-12.