Guillaume Pinson et Marie-Ève Thérenty

Introduction

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Texte intégral

1Nous sommes heureux de donner à lire ces actes du premier congrès Médias 19, qui a eu lieu au mois de juin 2015, au Centre culturel canadien de Paris. On trouvera ailleurs sur le site le programme complet de cette semaine d’échanges, dont la revue Le Temps des Médias a rendu compte (on peut lire la recension en ligne).

Affiche du congrès

2Composé de près de 70 communications de la part de chercheurs venus d’une douzaine de pays, le congrès était l’occasion d’un bilan : celui, d’abord, d’une recherche en histoire littéraire de la presse qui connaît actuellement un véritable âge d’or, dans la foulée des campagnes de numérisation des corpus entrepris par les bibliothèques et les institutions de conservation. La vitalité de la recherche ne se dément pas, les jeunes chercheurs sont nombreux à travers le monde à se lancer dans des mémoires et des thèses en ces domaines, tandis que l’université abrite des chercheurs et des regroupements scientifiques dont les activités se multiplient. Partout en Europe et dans les Amériques – continents de provenance des participants du congrès – la presse ancienne est explorée, analysée et valorisée, ce qui trahit une véritable fascination pour un « âge de papier » qu’on avait un peu rapidement voué à la disparition. Il n’est plus désormais d’échelle qui n’échappe à l’attention des chercheurs, de l’étude de la presse locale et régionale jusqu’aux grands phénomènes d’échanges et de mondialisation médiatique. Les grands corpus nationaux ont été décentrés, mis en comparaison avec la redécouverte de presses « périphériques », qui ont mis un peu plus de temps à apparaître sur les bibliothèques numériques ; cet « effet retard » engendre de nouvelles curiosités. De même les questionnements sur les parcours des journalistes, sur les écritures journalistiques, sur les grands modèles de presse, sur les relations avec la littérature, sur la transformation des poétiques à travers le temps, parmi bien d’autres, se sont approfondis et multipliés. Les humanités numériques investissent le champ de la recherche enfin, ouvrant de nouvelles perspectives d’enquête sur les réseaux de circulation, sur la collecte de données ou encore sur l’analyse sémantique des textes. Le congrès de juin 2015 a permis de prendre la mesure de la variété de la recherche et de faire dialoguer les chercheurs autour des perspectives d’avenir.

L’une des deux salles du congrès

3Le congrès était aussi le cadre d’un autre bilan, celui du projet Médias 19 lui-même. Pensé dans la continuité du grand ouvrage de synthèse, La Civilisation du journal (Nouveau Monde éditions, 2011), Médias 19 a permis de mettre la plateforme web au service d’une recherche internationale – essentiellement effectuée en français, avec certaines spécificités propres aux traditions françaises et francophones, d’interroger la presse ancienne, tout en dialoguant avec d’autres approches – et de fédérer les découvertes. Dans sa première phase, Médias 19 est ainsi un projet scientifique, financé par des organismes subventionnaires français (l’Agence nationale de la recherche), canadien (le Conseil de recherche en sciences humaines du Canada), québécois (le Fonds québécois de recherche Société et culture), et franco-québécois (le Conseil franco-québécois de coopération universitaire). Ces fonds ont permis la mise sur pied du site, l’intégration des contenus, l’alimentation des diverses rubriques. Ils auront permis aussi la circulation de nombreux jeunes chercheurs de part et d’autre de l’Atlantique, l’organisation de plusieurs événements de diffusion, la tenue de nombreuses séances d’un séminaire international – bref de faire vivre ce grand réseau qui peut compter aujourd’hui sur la collaboration de plusieurs centaines d’étudiants et de chercheurs. Le congrès a donc été le moment idéal pour faire le point sur les ressources de Médias 19, qui offrent des milliers de page en libre accès : 150 articles scientifiques à ce jour, plusieurs ouvrages collectifs et à auteur uniques, plus de 4500 notices biographiques de journalistes du XIXe siècle, des actualités, des rééditions, des anthologies, des liens vers d’autres ressources et plusieurs bases de données  : il s’agit d’un espace de convergence absolument unique dans le monde francophone, et même au-delà.

4Les perspectives d’avenir sont nombreuses et promettent d’être fécondes. Médias 19 a vocation de jouer un rôle de carrefour scientifique où des projets qui ont la presse pour objet peuvent trouver un lieu d’accueil, de rassemblement de ressources et d’édition. Il en va ainsi par exemple de la section consacrée à Jules Verne et la culture médiatique. Mais le projet a aussi ouvert des voies nouvelles qui seront explorées progressivement dans les prochaines années, notamment par la volonté de plusieurs membres de remonter résolument vers la presse du XXe siècle et même vers les actuelles mutations numériques, en tenant pour acquises les méthodologies de lecture des corpus du XIXe siècle. Le projet « Numapresse », soumis pour demande de financement à l’Agence nationale de la recherche et coordonné par Marie-Ève Thérenty, entend ainsi élargir le spectre chronologique et tirer parti des outils numériques. Il pose l’existence de faits pérennes sur les poétiques journalistes, tout en se donnant les moyens de mieux comprendre les mutations de la presse écrite du XXe siècle en contexte transmédiatique. Ce projet fait aussi l’hypothèse qu’une étude culturelle et littéraire de la presse contemporaine, montre, malgré la crise de la presse papier, la perpétuation et la reprise de phénomènes autour du recyclage, du journalisme narratif et de l’infofiction déjà repérés au XIXe siècle. Il veut surtout montrer qu’une histoire littéraire de la presse prise sur un empan long, montre les flux et les reflux de l’auctorialité en régime médiatique.  Le congrès de juin 2015 a ainsi été tout à la fois un moment de bilan et un moment de lancement des réflexions autour de cette nouvelle phase de recherche.

5Les articles ici disponibles permettent de prendre la mesure de cette variété et de cette vitalité de la recherche que nous évoquions un peu plus tôt. L’invitation lancée aux chercheurs était volontairement large et ouverte. Le programme du congrès était établi sur cinq grands axes, que les actes reprennent pour l’essentiel en regroupant les articles sous cinq rubriques : « Transferts médiatiques et mondialisation », qui rend compte à quel point la presse au XIXe siècle décloisonne les territoires et accompagne l’intensification des échanges internationaux ; « Pratiques professionnelles » afin d’envisager l’action des journalistes et les transformations de leurs activités ; « Genres médiatiques », pour interroger la spécificité de certains genres de presse et de certaines écritures journalistiques ; « Rire médiatique », alors que l’attention se porte depuis quelques années sur l’importance du rire et du divertissement en régime médiatique ; enfin « Hybridations entre presse et littérature », afin de poursuivre l’étude passionnante de ces relations poétiques qui fondent une grand part de l’expérience des écrivains-journalistes.

Les participants devant le Centre culturel canadien, rue de Constantine (Paris, 6e arrondissement)

6Nous remercions vivement le Centre culturel canadien, qui nous a offert un espace et un soutien logistique exceptionnels, en plein Paris. Nous remercions les co-organisateurs du congrès, qui ont veillé au montage du programme au sein des différents axes : Olivier Bara, Pascal Brissette, Anthony Glinoer, Alain Vaillant et Yoan Vérilhac. Merci également à Dominique Kalifa et à Adeline Wrona pour leur collaboration dans l’organisation des activités culturelles du congrès : le premier de nous avoir ouvert les portes du cinéma Champo pour la projection de His Girls Friday, la seconde d’avoir organisé la visite de l’Agence France Presse, que nous remercions vivement. Merci enfin aux institutions et organismes qui ont financé la tenue du congrès (leurs logos apparaissent à la fin de cette introduction).

7Nous espérons que le lecteur pourra retrouver une grande partie de la richesse des présentations qui ont eu lieu en juin 2015, et du plaisir que nous avons eu à partager ces découvertes, ces perspectives de recherche et ce rapport enthousiaste que nous entretenons avec la presse du XIXe siècle.

8Guillaume Pinson (Université Laval) et Marie-Ève Thérenty (Université de Montpellier III / Rirra 21)

Pour citer ce document

Guillaume Pinson, et Marie-Ève Thérenty, «Introduction», Médias 19 [En ligne], Publications, Guillaume Pinson et Marie-Ève Thérenty (dir.), Les journalistes : identités et modernités, mis à jour le : 23/04/2017, URL : http://www.medias19.org/index.php?id=23738.

Pour en savoir plus sur les auteurs

Voir tous les textes de Guillaume Pinson sur Médias 19

Voir tous les textes de Marie-Ève Thérenty sur Médias 19