Devin Fromm

Les mystères d’une communauté perdue – Les enquêtes de Dupin, écologie politique d’une nouvelle Amérique

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Les mystères d’une communauté perdue

1Le détective amateur et chevalier Auguste Dupin apparaît pour la première fois en 1841 et a engendré depuis nombre de réactions1. Les critiques se sont surtout concentrés sur la manière dont Dupin représente la raison conquérante. Joseph Wood Krutch rend compte de cette vision classique de Dupin lorsqu’il le décrit comme « the perfect solver of riddles by the employment of infallible reason »2. Récemment, les chercheurs ont toutefois élargi cette vision en prenant en compte la complexité des romans policiers et leur manière d’aborder les mystères. Jon Thompson suggère ainsi que les histoires de Poe se concentrent moins sur le pouvoir éclairant de la raison, et représentent plutôt un imaginaire rationnel spécifique, certes lié à l’ascendant empirique de l’époque, mais divergeant d’un tel empirisme. Les contes de Dupin, dans ce cas, deviennent de nostalgiques idées folles dans lesquelles il est possible de « embody a consciousness specific to the age of intense “scientific” investigation in which knowledge is power in radically new senses, without sacrificing older traditions of exclusivity »3. D’autres critiques en sont venus à voir Poe comme un exemple de découverte métaphysique, au sein de laquelle le détective s’éloigne d’une certitude épistémologique pour embrasser un doute ontologique et, dans cet esprit, John Irwin avance que les romans policiers de Poe s’éloignent en réalité de la raison, puisque « the analytic solution of a mystery always leaves us at the end with the mystery of the analytic solution »4. Toutefois, tandis que cette évolution réussit à peindre une image plus complexe et plus intéressante du détective en action, elle échoue à prendre en compte la façon dont Dupin cultive une fonction sociale active; à savoir, la façon dont il intervient de manière historique sur le monde, enquêtant sur un monde qui se modernise sous ses yeux pour lui donner sens.

2Cette configuration socioculturelle est généralement considérée comme l’objectif du genre des mystères urbains, à savoir un type concurrent de fiction populaire le plus souvent publiée en feuilletons et qui prolifère après Les Mystères de Paris d’Eugène Sue (1842-43). Poe s’est apparemment toujours tenu à l’écart du genre. Stephen Knight, par exemple, définit les mystères urbains en les distinguant de la fiction policière de Poe, qui selon lui et suivant une vision traditionnelle, souligne « a single figure who acts as the focus of the narrative and bears the values of individualist intelligence that, in this fiction at least, resolves the threat of disruption »5. Au contraire, continue-t-il, « The Mysteries of the Cities resist this reductivism, deploying multiple narratives without a dominating intelligence, either character or author, in their effort to give an account of a strange new world more various and more challenging than can be contained by the simplifying condensation »6. J’aimerais toutefois suggérer que cette distinction n’est pas entièrement utile, en raison de la vision croissante de Poe et du fait que ses histoires policières et les nombreux mystères urbains apparaissent comme des réponses parallèles au même processus de modernisation. Dans le cas présent, lire les histoires de Dupin à la lumière des mystères urbains fait ressortir les enjeux sociaux des romans policiers de Poe, ainsi que les profondes ambitions philosophiques qu’ils contiennent. Les mystères urbains aident en effet à définir la nature et la complexité d’un problème dont Dupin représente la solution pratique idéale.

3Si le genre des « mystères urbains » prend son essor, sous cet intitulé, dans le sillage des  Mystères de Paris d’Eugène Sue, il se rattache toutefois à une tradition plus longue. Comme le suggère Knight, les mystères actualisent le thème de la « communauté menacée » employé par des publications antérieures qui proposaient déjà une vision sensationnaliste du crime (The Newgate Calendar, par exemple) et se tournent également vers un nouveau modèle, celui de la « communauté perdue » dans la ville en pleine expansion. Dans un tel espace, la désorientation et l’anonymat propre à la vie urbaine dépassent notre capacité d’intellection, et ce malgré l’interdépendance de ses différents systèmes7. Les mystères urbains agissent donc comme une forme testamentaire et un mécanisme de survie face aux réalités de la vie urbaine moderne, comme une façon pour le lecteur de saisir « the mystery and [...] all the conflicted splendor of the new metropolis. To know how the great cities came into being, who shaped them, and how they suffered for it [...] »8. Ils fournissent aux citoyens désorientés un certain sentiment de stabilité, même précaire, au sein du nouveau réseau mystérieux d’informations, d’argent et de pouvoir que constitue la ville moderne.

4David Pike nous signale toutefois que cette ambition d’élucider le mystère de la ville unifie ce genre littéraire autour d’un paradoxe : les mystères urbains décrivent un processus d’interrelations croissantes, qui fonctionne dans l’intérêt de quelques élus, mais qui de ce fait crée également un sentiment d’impuissance totale chez ceux qui en font l’expérience9. Ils révèlent la domination de certaines structures et de certains discours, notamment ceux qui favorisent les intérêts économiques des classes bourgeoises capitalistes, mais conservent l’aura de mystère qui les entoure, et n’offrent aucun mécanisme capable de changer la situation. Karl Marx présente un argument similaire à l’égard des Mystères de Paris, qui, selon lui, présentent un énorme défaut philosophique face à la vie moderne. En réponse à la popularité du roman parmi les jeunes hégéliens, Marx tourne en dérision le fait que, tandis que l’histoire semble révéler le fonctionnement caché de la ville, elle convertit en réalité de réels problèmes urbains en mystères abstraits. Pour lui, lire Les Mystères de Paris dans le but de comprendre la ville moderne revient à créer des « mysteries out of real trivialities » [des mystères à partir de totales banalités], alors même que le réel effort du roman « [is] not that of disclosing what is hidden, but of hiding what is disclosed »10 [n’est pas de révéler ce qui est caché, mais plutôt de cacher ce qui est révélé]. Cette vision suggère que le roman de Sue, ou d’autres œuvres de la même époque comme Les Mystères de Londres de George Reynolds, par exemple, affichent peut-être certaines dispositions politiques progressistes, tels le traitement bienveillant des pauvres et des opprimés ou la mise en accusation des mécanismes sociopolitiques organisés contre ces derniers, mais interviennent toutefois en faveur du pouvoir, en ce sens qu’ils adhèrent à l’idéalisme spéculatif qui aliène le public et le détourne de la réalité de sa situation. En convertissant pauvreté, crime, et corruption en mystères, ces œuvres abandonnent toute chance d’aborder la réalité de ces problèmes. Pour sa part, Pike formule une critique similaire : « The mysteries promised and delivered a real-life journey into hell, but what the reader came back with was, as always, pure ideology »11. Le lecteur de ces œuvres se fait peut-être une meilleure idée de la situation dans laquelle il s’est lui-même trouvé, mais uniquement par le biais d’une perspective idéologique qui estime cette situation légitime et inattaquable12.

5La popularité des mystères urbains est telle qu’ils migrent rapidement hors d’Europe, et leur diffusion aux États-Unis suit exactement le modèle européen, peut-être même de manière bien plus intense, étant donné le rythme effréné selon lequel l’Amérique s’urbanise au début et dans le courant du dix-neuvième siècle. Entre 1820 et 1860, la population triple aux États-Unis, tandis que le pourcentage de la population qui vit dans des zones urbaines passe de six à vingt pour cent13. Au même moment, le secteur financier en plein essor engendre une richesse sans précédent et la concentre entre quelques mains. À cause de cette rapide transformation, les mystères urbains américains connaissent une demande encore plus grande de la part de leur lectorat, qui exige une explication : comment est-il possible, au sein de ce nouveau monde incompréhensible, de se sentir concerné par un sentiment d’ordre démocratique ou même d’en conserver un? Selon Paul Erickson, « [it] allowed the author to offer the reader an explanation for all of urban life », créant et stabilisant ainsi une communauté imaginée à partir du chaos urbain14. Toutefois et en dépit de ce sentiment d’appartenance, le tournant idéologique de cet imaginaire reste le même, et les mystères américains, tout comme leurs prédécesseurs, ne réussissent à fournir aucune agentivité politique ou sociale. Des auteurs tels que George Lippard et son best-seller, The Quaker City; or The Monks of Monk Hall (1844–45), soulignent certes les abus de pouvoir de la classe aisée, mais de tels romans laissent en place la structure idéologique dominante qui aliène le public, tout en la mêlant toujours plus aux mécanismes de consolidation de la richesse et du pouvoir. Knight conclut ainsi que même si Lippard dépasse les critiques de ses ancêtres européens, il crée « a theater of dissent, rather than a primer of political process », de telle sorte que « the prospect of true order and equity remains doubtful and the great aspirations of Penn and Washington remain a distant, possibly unrecoverable ideal »15.

Poe, pourvoyeur de mystères

6Edgar Allan Poe était extrêmement conscient de ce processus et de ses dynamiques. Lippard était l’un de ses amis intimes, et Poe connaît lui-même une vie de travailleur précaire dans plusieurs de ces villes en pleine croissance16. Pour réussir en tant qu’écrivain professionnel, il répond de plein gré aux désirs qui ont rendu les mystères urbains si populaires, expérimentant avec une grande variété de modes qui apparaissent dans nombre de ses classiques. D’une part, « The Man of the Crowd » [L’homme des foules] (1840), par exemple, se sert de la veine sensationnaliste des mystères urbains et dépeint une vision déconcertante de la vie urbaine sans offrir de solution à cette menace générale. D’autre part, des histoires telles que « The Gold Bug » (1843), bien que ne narrant aucun conte citadin, suivent tout de même la structure basique de la domestication idéologique, au sein de laquelle un membre de l’élite lettrée déploie le pouvoir de la rationalité pour confronter et désamorcer un mystère qui le menace, rendant ainsi le monde plus sûr et s’enrichissant par la même occasion. Tout au long de son œuvre, Poe affiche une grande conscience des efforts qu’il déploie. Il écrit longuement sur son désir de servir les goûts du public, et décrit souvent son processus d’écriture en termes de tour de passe-passe ou d’entretien d’une illusion. Il démontre cette approche dans sa description du processus mécanique grâce auquel il a produit « The Raven », et précise : « I prefer commencing with the consideration of an effect » [Je préfère commencer en pensant à un effet], et y assure qu’en gardant à l’esprit l’effet voulu, « the work proceeded, step by step, to its completion with the precision and rigid consequence of a mathematical problem »17. Dans une critique anonyme de son propre travail littéraire, Poe constate également la précision mécanique de « The Gold Bug », qui, selon lui, l’aide à atteindre son but de popularité : « The intent of the author was evidently to write a popular tale: money, and the finding of money, being chosen as the most popular thesis »18. Il continue par affirmer l’ingéniosité d’une telle écriture, mais reconnaît par là même qu’elle ne se hisse pas au rang de ce qu’il considère comme ses œuvres les plus originales, comme « The Tell-tale Heart » ou « Ligeia », dans lesquelles « originality, either of ideas, or combination of ideas »19 [l’originalité des idées ou des combinaisons d’idées] dépasse le besoin grossier de satisfaire la demande du public pour des éléments qui lui sont familiers.

7 Cette lutte pour atteindre un succès populaire, sans pour autant compromettre les critères de la valeur littéraire, est une préoccupation constante chez Poe. Terence Whalen explore cette question dans Edgar Allan Poe and the Masses : il y soutient que, contrairement à la conception couramment répandue qui voit Poe comme un génie dénué de conscience sociale, sa carrière prend en réalité essor grâce à ses efforts pour lutter contre « the horrid laws of political economy »20 [les lois horribles de l’économie politique]. Whalen affirme que les nombreux efforts fournis par Poe pour satisfaire les goûts du public proviennent de sa profonde compréhension des relations matérielles changeantes de l’époque et des exigences que cela crée pour les nouveaux producteurs littéraires tels que lui. Les contes populaires de Poe et en particulier ses romans policiers suivraient ainsi le format des mystères urbains, abordant de front le « new and threatening social environment » [nouvel environnement social menaçant], mais sans respecter les soucis du lecteur ordinaire21. Selon Whalen, cette compréhension fait suite à la situation économique précaire de l’auteur et l’amène à s’intéresser à une refonte des pratiques sociales dans le but d’obtenir une meilleure position dans cette nouvelle économie de l’information. Il s’agit là du modèle de Dupin, qui « turned his back on the public and who harbors no desire to disseminate his knowledge »22. Il semblerait ici que les romans policiers de Poe disposent d’une idéologie similaire à celle des mystères urbains, à la différence d’une ambition pratique bien plus égoïste, puisque Poe n’aspire pas à expliquer ni améliorer les nouvelles réalités de la vie moderne, mais plutôt à échapper à la pression du monde matériel en imaginant un tiers espace pour la littérature et ceux qui la produisent, un espace libre des contraintes du capital et du travail.

8 L’interprétation que propose Whalen et son intérêt pour la situation difficile dans laquelle Poe se trouve face aux demandes croissantes de domination monétaire et d’information de masse sont tous deux pertinents. Toutefois, Poe affirme lui-même l’existence d’une différence de qualité entre ses efforts populaires et ceux qui sont volontairement littéraires, et ceci nous montre bien que sa réflexion ne s’arrête pas uniquement à des intérêts économiques personnels. Une telle distinction nous indique plus particulièrement une conscience chez Poe de la faiblesse philosophique de l’ancien modèle. Il y fait d’ailleurs allusion dans l’un de ses écrits où il critique une tendance des auteurs américains et britanniques à reproduire des modèles à succès sans se soucier des idées que ces mêmes modèles mobilisent, et se plaignent ensuite que « we are chained down to a wheel, which ever monotonously revolves round a fixed centre, progressing without progress »23. Dans sa critique des Mystères de Paris, Poe est encore plus direct et suggère que le roman se montre clairement à la lumière de cette tendance, et consiste en une valorisation du statu quo qui n’en propose aucun critique :

9Poe complimente ensuite Sue pour la grande qualité de son stratagème, mais il s’agit là tout de même d’un stratagème qui, selon lui, ne constitue clairement aucune réelle critique sociale puisqu’il vise uniquement à produire excitation et émerveillement. L’ingéniosité de l’effort ou le succès de l’effet ne se traduisent pas en idées progressives ou originales et peuvent même détourner le lecteur de son désir pour ce type d’idées.

10La plainte de Poe au sujet des contes populaires en général, qui donnent au public ce qu’il réclame tout en recyclant des lieux communs, ainsi que son effort parallèle pour cultiver des pensées originales nous poussent à nous demander s’il n’existe aucune œuvre parmi les siennes qui combinerait ces deux objectifs, trouvant « some novel way of writing about an old thing » [une nouvelle manière d’écrire au sujet d’une vieille chose], et qui pourrait réussir à promouvoir une nouvelle manière de penser tout en esquissant une façon de la mettre en pratique dans la vie de l’époque25. Cela semble être le cas de la trilogie du « raisonnement », qui apparaît peu avant, puis en même temps que la mode des mystères urbains, et rassemble nombre des stratagèmes employés par ces mystères, tout en délimitant le type de position philosophique que Poe pensait absente dans les Mystères de Paris. Cette trilogie représente une tentative d’écriture nouvelle au sujet d’un thème familier : elle esquisse une série de péripéties au sein de laquelle les relations mystérieuses du nouveau monde apparaissent sous les yeux du lecteur; cependant, contrairement aux mystères urbains, elle développe également une possibilité pour un esprit critique de confronter cette réalité, plutôt que de se plier à ses forces. En termes philosophiques, il n’est pas question ici des crimes et de la corruption qui menacent le citoyen moderne, mais plutôt de la structure idéologique qui les rend possibles, et le détective Dupin émerge spécifiquement comme un moyen de confronter les procédures qui construisent la vie urbaine moderne de manière si mystérieuse.

Le détective Dupin, critique des Lumières

11Le Paris fictif de Dupin emblématise la rationalité moderne, laquelle privilégie un compte rendu quantitatif et professionnel de la réalité pour en faciliter la gestion officielle. La même idéologie est présente dans les mystères urbains, dont les personnages apparaissent impuissants face aux structures légales et commerciales, leur unique espoir reposant sur la charité d’un acteur éclairé de la haute société26. Dupin, cependant, signale une réaction bien différente. Ce personnage n’est pas un professionnel; et il n’est pas riche; il se plaint non seulement de l’étroitesse d’une telle rationalité, mais agit également d’une manière qui perturbe la vision du monde qu’elle-même crée. Ainsi, quand Marx s’oppose à la façon dont Les Mystères de Paris font abstraction du monde en idéalisant ses problèmes pratiques, Dupin, pour sa part, perturbe une telle approche. Il applique une critique de l’idéalisme aux systèmes officiels qui administrent la vie urbaine, soulignant la manière dont leur désir d’identifier et de contrôler des menaces perçues dissémine les détails de la vie et aboutit à les transformer en mystères. Par exemple, il se plaint que la police « have fallen into the gross but common error of confounding the unusual with the abstruse », tandis qu’en réalité « it is by these deviations from the plane of the ordinary, that reason feels its way, if at all, in its search for the true »27. Cette sagacité est typique de Dupin – dans « The Purloined Letter » [La lettre volée], il se plaint également que le préfet, qui représente l’autorité dans les trois contes, « had a fashion of calling every thing “odd” that was beyond his comprehension […] »28 – et fait montre d’une ambition sous-jacente dans cette série. Les trois œuvres ne se soucient pas du mystère que représentent certains crimes spécifiques dans le but d’aider à résoudre les problèmes de particuliers, mais considèrent plutôt le discours normatif par lequel des circonstances apparaissent et demeurent mystérieuses. Il ne s’agit pas là d’une intervention dans le cadre d’un mystère en particulier, mais plutôt d’un modèle qui explique comment participer au monde moderne grâce au discours sous-jacent qui se présente comme mystérieux.

12 John Irwin fait particulièrement attention au potentiel critique des contes de Dupin, se concentrant notamment sur leur portée philosophique : leur statut de pensée au sujet de la pensée. Il se penche en particulier sur le tout premier passage de « The Murders in the Rue Morgue», dans lequel le narrateur affirme : « The mental features discoursed of as the analytical, are, in themselves, but little susceptible of analysis »29. Irwin se sert de ce passage pour suggérer que le processus de pensée ne coïncide jamais exactement avec le contenu de cette pensée, puisqu’il s’agit d’une action qui produit des résultats éloignés de leur origine. Et il propose une lecture des trois contes de Dupin pour amplifier ce fossé entre processus d’analyse et produit final de la pensée, ou de la solution, qu’il produit. Selon ce point de vue, plutôt que le triomphe de l’esprit que l’on peut apercevoir dans les autres mystères urbains qui convertissent des problèmes quotidiens en une catégorie générale de « mystère », Dupin révèle en permanence la présence fondamentale d’une différence au sein de la pensée entre notre esprit et la conscience que nous en avons. Irwin l’explique ainsi : « In analyzing the act of analysis, self-conscious thought turns back upon itself to find that it cannot absolutely coincide with itself »30 . L’acte de penser est toujours en désaccord avec lui-même et c’est cette distance entre la pensée et ce qu’elle produit qui rend possible la conscience de soi. Ainsi, la fonction des contes de Dupin n’est pas de proposer une solution raisonnable à un mystère, mais plutôt d’affirmer le réel caractère mystérieux d’où résulte une telle solution :

13
En d’autres termes, les histoires ne sont jamais au sujet des mystères ou des cas en question, mais servent plutôt à souligner le mystère à partir duquel il est possible de leur trouver une solution réalisable. Il est ainsi agréable de lire ces histoires, même lorsque l’on sait ou anticipe leur solution, parce que cette dernière n’en est jamais l’objectif; leur but est plutôt de proposer l’expérience du mystère au cœur même de notre capacité d’analyse.

14 Cette interprétation voit en Poe ce vrai mystère que Marx estime absent des œuvres telles que Les Mystères de Paris. L’argumentation qu’Irwin propose au sujet de la prééminence d’une différence au sein de la conscience, sans laquelle la conscience de soi ne serait pas possible, fait écho à la critique selon laquelle le désir de rendre le monde identique à notre pensée ne fait qu’annuler le monde et le sujet qui cherche à le percevoir comme tel. Dans le cas présent, il est possible de voir les histoires de Dupin comme une réflexion; non seulement au sujet de la non-coïncidence présente au sein de la pensée et de son rôle central pour la conscience de soi, mais aussi au sujet de la non-coïncidence fondamentale qui existe entre une telle pensée et le monde, et de l’importance toute particulière de la pensée non-identique au sein d’une expérience active du monde. Toutefois, bien que l’argument de Marx suggère qu’une telle interprétation consciente du mystère peut créer une nouvelle manière d’être en relation avec le monde,Irwin ne va pas jusque-là. Il traite uniquement cette dramatisation de la non-coïncidence comme un effet littéraire, comme un autre de ces stratagèmes d’auteur qui émerveillent le lecteur, et qui ne convient donc pas à un jugement ou une action véritables. Selon lui, « Precisely because it is a genre that grows out of an interest in deductions and solutions rather than love or drama, the analytic detective story shows little interest in character, managing at best to produce caricatures—monsters of idiosyncrasy from Holmes to Poirot »32. Ces détectives ne sont que des excentriques qui reflètent une certaine curiosité mentale, et ne représentent aucunement un modèle de pensée ou d’action.

15Irwin minimise ainsi le fait que les histoires de Dupin émergent en relation avec certaines anxiétés modernes au sujet du monde et de ses problèmes, dans la même veine que les mystères urbains33. Cependant, tout comme le signalent les commentaires de Poe lui-même, ces histoires ne sont pas que des efforts intellectuels ou des problèmes de pensée indépendants; elles évoluent plutôt en réponse à une expérience historique spécifique à laquelle le lectorat pouvait – et était censé – s’identifier. Le travail de détective de Dupin plaît au lectorat dans la mesure où il réunit une trajectoire critique et une autre plus populaire, appliquant la gymnastique mentale de la philosophie à l’expérience vécue d’un large éventail de lecteurs. Il permet d’analyser en détail la non-coïncidence du processus et du résultat de la pensée, pour considérer l’aliénation et la discontinuité de l’époque moderne, au moment même où elle surgit de l’identité supposée du sujet et de l’objet. À partir d’une telle position critique, sa détection apparaît aussi comme un effort pour développer un type différent de relation au sujet pensant et au monde qui l’entoure : une relation qui pourrait offrir aux lecteurs l’excitation d’une énigme philosophique ainsi qu’un certain soulagement de leurs angoisses, mais aussi une vision de changement. De façon générale, une telle approche est claire dès l’incipit du premier conte, où le narrateur s’embarque dans un long discours sur la nature de l’analyse véritable, à l’encontre des idées reçues. Il présente ensuite l’histoire elle-même comme exemple d’une telle analyse mise en marche, et dans laquelle « The narrative which follows will appear to the reader somewhat in light of a commentary upon the propositions just advanced »34. L’objectif de l’histoire, qui est de cultiver une alternative, apparaîtra alors nettement, puisque la démonstration effectuée par Dupin de tels « arguments » corrige finalement l’erreur de l’autorité dominante et de sa tendance « [à] nier ce qui est, et [à] expliquer ce qui n’est pas »35. Ces histoires ne sont donc pas uniquement des contes qui attirent les lecteurs grâce à la non-coïncidence mystérieuse de la pensée; elles n’apportent pas non plus la résolution de moments de la vie moderne auparavant incompréhensibles. Elles suggèrent plutôt un effort soutenu pour développer une forme de pensée capable de renouer avec le mystère d’un monde non-identique. Le détective virtuose reconstruit un certain état de conscience lié au mystère omniprésent au sein duquel évolue son enquête, réorientant ainsi le processus de pensée vers l’impénétrable monde quotidien, et ce, en dépit de tous les mythes modernes de la raison.

La trilogie de Dupin, maître en ratiocination

16Les détails de la facette critique de Dupin, dans sa proposition alternative à la pensée commune, se déploient dès la déclaration d’intention du narrateur au début de « Double assassinat dans la rue Morgue », et s’explicitent ensuite lorsque le narrateur commence son histoire en méditant sur la manière dont son ami brouille la frontière entre l’analyse au sens strict du terme et les autres modes de pensée. Il signale que dès sa première rencontre avec Dupin, c’est cette « wild fervor, the vivid freshness of his imagination »36 [étrange ferveur, la vive fraîcheur de son imagination] qui le frappe. Cela le pousse, quelques paragraphes plus tard, à décrire le processus du détective comme « une curieuse capacité analytique », et à considérer la possibilité d’une « âme bipartite » chez Dupin, combinant à la fois l’élément créatif et résolutif (un Dupin créateur et un Dupin analyste); cette théorie renvoie à Aristote et au besoin de rendre compte des complexités rationnelles et irrationnelles de la nature humaine, et l’usage juste de la raison37.

17 Les contes de Dupin commencent ainsi par signaler les problèmes que le détective pose à l’ordre régnant de la raison spéculative. Tandis que Dupin apparaît donc dès le début comme une remise en question de cette modernisation épistémologique sous-jacente, ses actions et ses commentaires ne font que matérialiser et accentuer la différence entre sa propre vision alternative du monde et la doctrine du positivisme. Par exemple, dans « La lettre volée », Dupin adopte une sorte de maîtrise quantitative caractéristique de la modernisation lorsqu’il explique au narrateur que selon lui, les mathématiques forment la base de la pensée universelle :

18Cette prise de position révèle une critique des Lumières qui se retrouvera plus tard chez Adorno et Horkheimer et leur affirmation matérialiste selon laquelle « [t]out ce qui ne se conforme pas aux critères de calcul et de l’utilité est suspect à la Raison »39. Ces philosophes critiquent la manière dont l’investissement dans la rationalité a eu des effets négatifs sur la réalité sociale et, pour des raisons similaires, Dupin résiste ici clairement l’engagement de la société moderne dans une épistémologie instrumentale. Dupin le démontre lorsqu’il explique que l’échec de la police est dû à son incapacité à adapter sa manière de pensée à la tâche en question. Dans le cas de la rue Morgue, il déclare : « there is no method in their proceedings, beyond the method of the moment »40, puisque la police généralise et traite l’information en présumant que cet acte produira de lui-même la question à laquelle il est censé répondre, menant ainsi à un traitement positif des objets présents; ce qui n’établit finalement que des liens avec ce qui est déjà connu ou expliqué. Assimilant cette méthode au modèle de Vidocq, Dupin  affirme que ce dernier faisait fausse route à cause de son attention centrée sur l’immédiat et le positif : « He impaired his vision by holding the object too close. He might see, perhaps, one or two points with unusual clearness, but in so doing he, necessarily, lost sight of the matter as a whole »41. Pour Dupin, cette méthode dispose de pouvoirs évidents, mais ne convient pas à l’immense diversité de l’expérience, et, dans son effort de prédire la vérité, elle limitera forcément l’analyse, comme le montre l’exemple de la police qui ne saurait sortir de son incapacité à percevoir un motif pour les meurtres.

19Dupin, cependant, n’est pas uniquement critique; il soutient ces commentaires en ayant recours à un autre système de production du savoir. Il s’agit là de ce que Poe nomme « ratiocination ». Ce processus apparaît en contraste à la logique dominante d’identification instrumentale comme un mode d’analyse qui n’est limité ni à une simple explication de quantités données, ni à une généralisation de détails, mais qui est plutôt lié à une faculté imaginative et associative dépassant le simple calcul. En effet, lorsqu’il commence son enquête du mystère de la rue Morgue, Dupin décrit une approche bien différente de celle affichée par la police. Il suggère que « there is such a thing as being too profound. Truth is not always in a well. In fact, as regards the more important knowledge, I do believe that she is invariably superficial »42.

20Cette déclaration met en avant un argument peu pertinent dans le cadre des meurtres en question, mais trouve une résonance bien plus large à la lumière des objections soulevées par Dupin au sujet de la raison spéculative. En particulier, en suivant le sens poétique et imaginatif que le détective conserve, remplacer le profond par le superficiel permet de privilégier l’ampleur et non la profondeur, la diversité et non la généralité. Selon Adorno et Horkheimer, la véritable connaissance doit « comprendre ce qui est donné en tant que tel; ne pas se contenter de relier les faits aux relations spatio-temporelles abstraites qui permettent de les saisir, mais les penser au contraire comme ce qui affleure, comme des moments médiatisés du concept dont la réalisation se développe en même temps que leur signification sociale, historique et humaine »43. Une telle approche établit des relations au niveau qui nous est le plus éloigné, dans notre cas celui de l’interaction matérielle, et décrit clairement ce que Dupin a en tête. Celui-ci explicite cette idée en employant l’analogie de la contemplation stellaire, déclarant la supériorité de la vision périphérique quand il s’agit de regarder les étoiles :

21Pour comprendre une étoile, il ne faut pas l’isoler en raison de ses propriétés individuelles, mais l’appréhender dans toutes les relations qui lui donnent sens. De même, l’analyste en quête de vérité sociale doit rechercher liens et associations plutôt que regarder en profondeur les données qui lui sont présentées. Dans le cas des meurtres du récit, cela signifie qu’il faut adopter une approche qui établisse des relations au niveau le plus éloigné du nôtre — c'est-à-dire celui de l’interaction matérielle qui pourrait expliquer les circonstances terrifiantes entourant notre situation – plutôt que suivre une piste d’informations quantifiables à la recherche d’un possible mobile.

22Dupin suggère ainsi un mode de pensée qui consisterait en un hybride entre raison positive et ses opposés apparents, équilibrant le pouvoir de l’identification avec l’association, l’imagination et même l’intuition. Dans une version initiale du texte, Poe a considéré la façon dont cela pouvait être perçu comme la relique d’une forme plus ancienne de conscience : « If this power (which may be described, although not defined, as the capacity for resolving thought into its elements) be not, in fact, an essential portion of what late philosophers term ideality, then there are indeed many good reasons for supposing it a primitive faculty »45. À nouveau, cela renvoie à la diversité de la pensée en dehors du domaine restreint de la raison positive, renforçant le rapport aux traditions alternatives telles que les a décrites Aristote. Que Poe se rapproche ici d’une forme prémoderne de conscience ou non, Dupin propose tout de même un argument solide pour défendre la valeur constante d’une pensée non instrumentale. Il raille le préfet de Paris pour avoir sous-estimé la poésie en tant que forme de pensée, et détermine à bon escient que, dans le cas de « La lettre volée », le ministre D — échappe au préfet en ayant précisément recours non seulement à une pensée mathématique, mais aussi à une pensée poétique : « As poet and mathematician, he would reason well; as mere mathematician he could not have reasoned at all, and thus would be at the mercy of the Prefect. »46.

23  Dupin s’oppose ainsi à la réduction de la pensée moderne, et suggère des méthodes alternatives pour mettre en relation capacités mentales et enquête analytique. Cependant, ces contes vont plus loin dans leur critique et abordent la manière dont une définition aussi restreinte du concept de raison affecte les virtualités et la politique de la vie quotidienne. Parmi les trois contes de Dupin, cela apparaît le plus clairement dans « Le meurtre de Marie Rogêt ». Dans ce texte, Dupin ne médite pas sur un problème unique – comme le meurtre brutal de la Rue Morgue ou bien la lettre volée –, mais se penche plutôt sur un meurtre sensationnel qui a captivé l’attention du public, étudiant ainsi par extension la manière dont le cas apparaît et évolue dans les journaux. En d’autres termes, le détective quitte ici l’enceinte restreinte de la chambre close pour examiner la façon dont la politique fonctionne dans le monde moderne. Ce cas s’intéresse toujours à l’éventualité que la raison positive se trompe, mais il s’attaque aussi aux processus par lesquels les relations matérielles de la vie moderne rendent une telle surveillance identitaire à la fois coercitive et autodestructrice.

24Dans ce récit, toutes les informations dont Dupin dispose proviennent de divers articles de journaux; ainsi, tandis que ce cas suit le modèle général des autres contes et propose de déconstruire les différentes façons dont le raisonnement idéal peut se leurrer et mener à des conclusions erronées, il aborde également la manière dont la production du savoir gagne en pouvoir et en durabilité par sa dissémination dans la presse populaire. Dans une explication qui pourrait faire facilement référence aux mystères urbains, puisqu’elle renvoie à la fois aux commentaires de Poe et de Marx au sujet des Mystères de Paris, Dupin suggère que « it is the object of our newspapers rather to create a sensation – to make a point – than to further thecause of truth »47. En réaction à cette approche, Dupin façonne sa critique dans le but d’isoler l’objectif affectif de chaque écrivain. Le détective signale que les intentions de chaque participant altèrent l’apparence de la réalité et ne manifestent aucun souci nécessaire pour l’information sous-jacente ou l’effet que leurs articles auront sur des actions ultérieures. Finalement, Dupin appose au dévoilement de cette intentionnalité myope une sorte de sens surnaturel qu’il attribue à l’opinion publique, et qui serait « analogous with that intuition which is the idiosyncrasy of the individual man of genius »48. Ainsi, la réponse de Dupin devient une démonstration de la manière dont un instrumentalisme fourvoyé perturbe en réalité la diversité potentielle de l’interaction humaine, et efface en chemin un type d’interaction plus intuitive. Cette approche n’arrive non seulement pas à répondre à la situation en question – le meurtre apparent de la jeune fille –, mais produit également des non-vérités officielles qui rendent encore plus improbable une réelle résolution du problème et perturbent toujours plus la vie de ceux qui sont concernés. Ici aussi, les analyses d’Adorno et d’Horkheimer nous sont utiles et nous fournissent les outils pour comprendre les intentions de Dupin, quand ils décrivent la façon dont « le respect mythique des peuples pour ce qui est donné et qu’ils créent pourtant sans cesse eux-mêmes, devient un fait positif, une forteresse à la vue de laquelle même l’imagination révolutionnaire a honte d’elle-même comme d’un utopisme, et dégénère en confiance docile dans les tendances objectives de l’histoire »49. Dupin démantèle le récit populaire du mystère, nous montrant ainsi un processus en action, celui du public qui produit et consomme une histoire aux dépens de la vérité sociale; Poe inclut une référence similaire, citant un passage de Walter Savage Landor : « the jurisprudence of every nation will show that, when law becomes a science and a system, it ceases to be justice »50.

25Dupin, cependant, ne connaît pas un tel sort, et se trouve dès lors libre de poursuivre une justice réelle. Il réussit à déconstruire chacun des articles qui se font concurrence, mobilisant ainsi les intentions contradictoires des auteurs et produisant à partir de leurs erreurs ou de leurs oublis un nouveau savoir sur l’affaire. Son succès – une note de l’édition explique par exemple que les théories de Dupin se sont avérées justes, même si cela semble moins clair lorsque l’on consulte la véritable affaire dont l’histoire de Poe est un commentaire – apparaît au fur et à mesure qu’il analyse la manière dont chaque tentative de raisonnement identique et intentionnel crée une impression de certitude en excluant des possibilités originales. Selon les propres termes de Dupin, c’est ainsi que la pensée moderne se limite « to the immediate, with total disregard of the collateral or circumstantial events »51 [à l’immédiat, sans tenir compte des événements collatéraux ou circonstanciels]. Au contraire, signale-t-il, « experience has shown, and a true philosophy will always show, that a vast, perhaps the larger, portion of truth arises from the seemingly irrelevant […]. It is no longer philosophical to base upon what has been a vision of what is to be […]. We subject the unlooked for and unimagined to the mathematical formulae of the schools »52. En d’autres termes, en quittant le monde mythique de la certitude imposée, Dupin est capable d’inclure toutes les informations non immédiates – une telle vision obscurcit des objets apparemment sans importance – et de construire dès lors une compréhension plus totale et donc plus vraie et plus juste des événements.

26Ce conte marque ici le rejet le plus complet chez Dupin de la raison pure – du pouvoir de la vraisemblance sur la substance – en tant que solution suffisante à la complexité et à l’éventualité de la vie humaine. Cela démontre également le désir chez lui de s’opposer à sa mobilisation par le pouvoir institutionnel; dans le cas présent, la production instrumentale et la dissémination en masse d’informations qui représentent le monde d’une manière qui produit des conséquences inégales et souvent destructrices. David Van Leer s’intéresse à cet élément lorsqu’il signale que l’histoire est la plus honnête, sur le plan intellectuel, de toutes les œuvres de Poe et révèle « a socio-political reality, the process by which gender and class become a “mystery” »53

27Toutefois, nous pourrions également avancer qu’en dévoilant la vérité sur Marie Rogêt, le conte se sert du mystère de sa disparition pour revitaliser le processus analytique au moyen du mystère qui lui est inhérent, pour que, généralement parlant, ce processus d’analyse puisse à nouveau fonctionner aux côtés de l’imagination et du possible. Ainsi, dans leur réflexion sur le concept de Lumières, Adorno et Horkheimer essaient également de sauver la Raison de ses sombres instincts, en défendant « l’intransigeance de la théorie à l’égard de la société qui, dans son inconscience, permet à la pensée de se figer »; ils préconisent l’usage de la Raison contre la classification de l’injustice sociale « dans la catégorie des faits bruts »54. Dupin détective met en œuvre une telle critique quand il refuse catégoriquement de céder au mystère de la mort de Marie Rogêt et à sa médiatisation sensationnaliste dans les journaux. Il se sert plutôt de son cocktail de ratiocination pour opposer les « faits » violents qu’une telle présentation met en avant, puisqu’ils ne représentent rien de plus que des hypothèses, et insiste pour que l’affaire reste ouverte à l’intervention, pour Marie, mais aussi plus généralement pour l’existence d’un penser clair.

Une réponse tactique aux mystères urbains

28Finalement, la trilogie de Dupin consolide une ligne d’objections aux constructions coercitives et idéalistes du monde, et se sert du mystère inhérent à l’analyse pour les ramener vers la praxis. Elle présente le mystère d’une solution, mais également une différence originale comme le fondement d’une relation alternative et non-identique au savoir, par laquelle le monde non seulement devient intelligible, mais aussi disponible à une intervention pratique. Ces histoires mènent le lecteur au sein du mystère de la pensée, mais lui permettent aussi de jeter un nouveau regard sur sa relation avec lui-même et avec le monde. Ainsi, même si les mystères urbains peuvent révéler une idéologie sous l’apparence d’un mystère, le pouvoir de détection de Dupin émerge comme un agent du mystère réel, à partir duquel le monde réel retrouve sa présence. Les nouvelles policières de Poe accomplissent ce que nous pourrions voir de nos jours comme une écologie politique de la ville moderne, cultivant des réponses tactiques – et ce, à tous les niveaux, du modeste marin au ministre D – aux stratégies coercitives qui structurent l’environnement urbain américain en perpétuelle expansion. J’utilise ici ces termes dans le sens proposé par Michel de Certeau, pour lequel la ville moderne se développe conformément à une stratégie disciplinaire qui immobilise les citadins au sein d’un ensemble spécifique de relations. Selon de Certeau, la ville, en tant que fiction totalisante, « se mue pour beaucoup en un “désert” où l’insensé, voire le terrifiant, n’a plus la forme d’ombres, mais devient […] une lumière implacable, productrice du texte urbain sans obscurité que crée partout un pouvoir technocratique et qui met l’habitant sous surveillance (de quoi, on ne sait?) […] »55. La stratégie de pouvoir qui contrôle la ville ne terrifie plus les individus pour asseoir son contrôle, mais favorise désormais plutôt une vision de la réalité qui apparaît si clairement qu’elle délimite les possibilités effectives de tous ceux qui y résident, changement déroutant qui rend l’explication d’un mystère aussi dangereuse que ce qui aurait pu se tapir en son sein.

29Que peut nous apprendre la description de la ville contemporaine que fait de Certeau sur l’imaginaire social des mystères urbains? En dépit de leurs soucis populistes, ces récits urbains se servent de la résolution apparente d’un mystère pour présenter une fiction totalisante qui abandonne le lecteur au milieu du désert, figé dans son rôle de subordonné. Dupin, en revanche, confronte clairement cette perspective et développe à chaque fois, en réaction à ce discours dominant, une réponse tactique qui permet à des versions alternatives du réel d’émerger. Selon de Certeau, pour échapper à la « systématicité urbanistique », les marcheurs se réapproprient les fonctions des noms propres dans leurs liens aux grandes figures symboliques des discours urbains : « en tant qu’ils nomment, c’est-à-dire qu’ils imposent une injonction venue de l’autre (une histoire) et qu’ils altèrent l’identité fonctionnaliste en s’en détachant, ils [les noms propres] créent dans le lieu même cette érosion ou non-lieu qu’y creuse la loi de l’autre »56. À leur manière, les enquêtes de Dupin bloquent l’avancée du récit dominant, permettant de récupérer un espace pour des comportements alternatifs, qu’il s’agisse de s’échapper d’un appartement verrouillé, ce que la police ne peut concevoir, ou bien d’un lieu où cacher une lettre à la vue de tous, ce qui semble impossible. Dans chaque affaire, l’enquête de Dupin se penche certes sur un mystère distinct, mais sa recherche de la non-coïncidence vise une cible plus haute, pour fissurer un ordre de contrôle social en projetant le mystère réel qui persiste au sein du tissu narratif et que l’ordre social s’efforce d’occulter. Les enquêtes de Dupin, en créant le manque, apportent du jeu dans la grille du discours; on peut voir l’enquête comme un contrediscours dans le sens de de Certeau : « Il “autorise” la production d’un espace de jeu (Spielraum) dans un damier analytique et classificateur d’identités. Il rend habitable. »57 Faisant irruption dans une histoire qui semble close et ménage un équilibre entre un mystère et sa solution, Dupin fait revenir les mystères avec lesquels nous ne cessons de vivre. En négociant son cheminement au sein de tels mystères, le citadin moderne se déplace plus librement et plus confortablement en créant les paramètres de son nouveau monde urbain, tout aussi déroutant soit-il.

30Ce processus d’effraction dans un mystère, vecteur de liberté et de jeu, apparaît dès le premier volet de la trilogie et sa description du meurtre violent de la rue Morgue. De prime abord, le texte se conforme au schéma de ce qui va devenir le récit criminel. Utilisant le mode narratif détaché des journaux, le récit évoque la confusion de la ville de Paris, une violence extraordinaire et la difficulté des autorités à maintenir le calme. Au début du récit, Dupin et le narrateur s’aventurent, bras dessus bras dessous, « continuing the topics of the day, or roaming far and wide until a late hour, seeking, amid the wild lights and shadows of the populous city, that infinity of mental excitement which quiet observation can afford »58. La conversation du jour, c’est la nature de l’analyse véritable, le mystère qui lui est inhérent, et la différence qu’elle affirme; l’excitation qu’elle va apporter, dans le récit de détection qui va suivre, ouvre un espace de libre jeu restaurant l’habitabilité de la ville, en lieu et place du désert qu’elle est devenue. Cela apparaît quand Dupin s’intéresse au double meurtre non par fantaisie personnelle ou désir de récompense, mais pour aider un homme suspecté à tort du crime, le banquier Adolphe Le Bon, « un innocent, désormais derrière les barreaux »59. L’enquête de Dupin perturbe la logique officielle qui qualifie au bout du compte le crime de mystérieux, et rétablit l’innocence de celui qui fut accusé à tort. Elle permet littéralement au sujet citadin d’échapper au contrôle des autorités et de se déplacer à nouveau librement. Au-delà, elle démontre plus généralement l’ouverture de la pensée à la différence qui l’habite, comme pour renoncer à cette « undue profundity [by which] we perplex and enfeeble thought »60. Dupin aide la pensée à atteindre sa plénitude et réaffirme une liberté d’exister à l’intérieur de la ville, en dépit de son mystère écrasant, de sa systématicité autoritaire, et de la fiction totalisante qu’elle met en avant. Dupin le déclare lui-même, signalant la défaite qu’il inflige au préfet sur son propre terrain61. Le préfet de police peut se plaindre du démenti qu’apporte Dupin à la version officielle et sur « la manie des personnes qui se mêlaient de ses fonctions », l’effet apparaît clairement62. Dupin montre qu’avec le bon état d’esprit, il est possible pour tout un chacun de vivre plus librement au cœur du mystère que recèle la ville moderne.

31Les mystères urbains répondront le plus souvent à la perte du sens communautaire en imaginant sa continuation dans le cadre de stratégies rationnelles. Inversement, on peut comparer les tactiques mises en œuvre par Dupin à ce que de Certeau, dans son étude des « énonciations piétonnières », conçoit comme une « réalisation spatiale du lieu (de même que l’acte de parole est une réalisation sonore de la langue) »; la marche comme « espace d’énonciation » médiatise une approche personnelle et résistante de la ville63. De Certeau relie cette « réalisation spatiale » aux jeux avec les noms propres par les usagers de la ville, lesquels font émerger « une géographie seconde, poétique, sur la géographie du sens littéral, interdit ou permis »64. L’enquête de Dupin, dans chaque affaire, défait les mécanismes prescrits et les procédures qui disciplinent la diversité de l’expérience en un système mystérieusement unifié; contre cette totalité fictive, il réactive le large éventail des capacités d’adaptation. Visant cette « faculté primitive » peut-être toujours présente dans la conscience, les contes de Dupin l’adaptent au nouvel environnement, combinant raison pure et perception non identitaire pour rendre le monde moderne plus habitable.

32Si le roman policier diverge des mystères urbains pour constituer un genre que Knight décrit comme « porteur des valeurs de l’intelligence individualiste » et des modèles narratifs adaptés à une idéologie rationaliste, la trilogie de Dupin propose avant l’heure un contremodèle65. Le détective de Poe émerge de la même tradition que les mystères urbains et des hantises de communauté perdue, mais plutôt que de la faire apparaître au moyen d’une totalisation mythique, Dupin effectue une intervention philosophique spécifique pour rendre une communauté à nouveau possible. Évidemment, cette intervention ne marche peut-être pas sur le court terme en ce que les trois textes ont contribué à populariser le genre à la philosophie réductrice que décrit Knight, favorisant la prolifération de répliques simplistes ou déterministes. Néanmoins, Poe réussit à figurer de manière plus complète le mystère en évitant les pièges métaphysiques de l’idéologie moderne. Plutôt que de passer de la fiction d’une communauté menacée à celle d’une communauté perdue, la détection de Dupin affronte l’aliénation moderne qui compromet la communauté en premier lieu. Grâce au mystère de la non-coïncidence, ses contes restaurent un espace de possibilités pour les sujets et créent une expérience qui convoque le mystère de la ville et les récits infinis susceptibles de s’y dérouler. Alors que les autorités, par son préfet de police, contrôle la ville en niant « ce qui est » et en créant de la fiction « pour expliquer ce qui n’est pas » (selon l’analyse conclusive de Dupin), Dupin quant à lui met en œuvre une méthode permettant de renverser un tel processus. Rompant avec le récit officiel et ses conséquences pour proposer une histoire plus ouverte et plus souple, il trace l’évolution d’une ville qui demeure mystérieuse, mais devient, de ce fait, plus libre et communautaire. Cette ville, qui inclut la poésie comme les mathématiques, la raison comme ses aberrations, dessine un autre avenir américain, qu’il soit littéraire ou politique, libre de l’idéologie mystérieuse de la rationalisation urbaine, un avenir fondé sur le réel mystère de la vie quotidienne, et dès lors ouvert à tous.

33(Occidental College)

Traduit par Jordan Tudisco et Catherine Nesci

 [EN] The Mystery of a Lost Community – Dupin’s Detection as Political Ecology of the New America

34The Detective C. Auguste Dupin first appeared in 1841, and since that time has generated a variety of reactions. Critics, for the most part, have focused on the way in which Dupin appears as an exponent of conquering reason. Joseph Wood Krutch captures this classic view when he describes Dupin as “the perfect solver of riddles by the employment of infallible reason.”66 In more recent years, however, scholars have broadened this view in light of the complexity of detective fiction and its approach to mysteries. Jon Thompson suggests that rather than focus on the illuminating power of reason, Poe’s stories represent a specific ideology of reason, one related to but fundamentally different from the empiricism ascendant at the time. The Dupin tales, in this case, become nostalgic flights of fancy, in which to “embody a consciousness specific to the age of intense ‘scientific’ investigation in which knowledge is power in radically new senses, without sacrificing older traditions of exclusivity.”67 Other critics have come to see Poe as an example of metaphysical detection, where the detective shifts from epistemological certainty to ontological doubt, and in this vein John Irwin argues that Poe’s detective stories actually represent a move away from reason, as “the analytic solution of a mystery always leaves us at the end with the mystery of the analytic solution.”68 But while this progression succeeds in painting a much more interesting and complex picture of the detective at work, it nevertheless fails to consider the way in which Dupin cultivates an active social function; the way in which he makes a historically specific intervention in the world, investigating and making sense of the modernizing world as it springs up around him.

35This sort of socio-cultural mapping has generally been seen as the goal of the genre of the Mysteries of the Cities, a concurrent strand of serialized popular fiction that exploded in the wake of Eugene Sue’s The Mysteries of Paris (1842–43), and from which Poe has always appeared at some remove. Stephen Knight, for example, defines the Mysteries of the City by way of their distinction from Poe’s detective fiction, which, in the traditional view, he argues highlights “a single figure who acts as the focus of the narrative and bears the values of individualist intelligence that, in this fiction at least, resolves the threat of disruption.”69 On the contrary, he continues, “The Mysteries of the Cities resist this reductivism, deploying multiple narratives without a dominating intelligence, either character or author, in their effort to give an account of a strange new world more various and more challenging than can be contained by the simplifying condensation.”70 I would like to suggest, however, that this distinction is not entirely helpful, in light of both the expanding view of Poe and the fact that both Poe’s detective stories and the various Mysteries of the Cities appear as parallel responses to the same ongoing process of modernization. In this case, by reading the Dupin stories in the context of the City Mysteries, it is possible to see the social stakes of Poe’s detective stories, as well as the deep philosophical ambitions that they contain. The Mysteries of the Cities, in effect, help to define the nature and complexity of a problem for which Dupin emerges as the most important model for practical solution.

36The genre of the Mysteries of the City nominally begins with Sue’s The Mysteries of Paris, but it also clearly stems from a longer tradition. As Knight suggests, it updates the “threatened community” model of earlier sensational publications on crime, like The Newgate Calendar, for the fully “lost community” of the expanding city, where the disorientation and anonymity of urban life overtake one’s ability to comprehend it, despite the total interconnectedness of its various systems.71 The Mysteries thus serve as a testament to and coping mechanism for the realities of modern urban life, a way for everyday readers to grasp “the mystery and [...] all the conflicted splendor of the new metropolis. To know how the great cities came into being, who shaped them, and how they suffered for it [...].”72 They serve to provide a sense of stability, albeit precarious, for the disoriented citizen amongst the mysterious new network of material, money, and power that comprises the modern city.

37David Pike, however, points out that this ambition to reveal urban mystery unifies the genre around a central paradox: the Mysteries of the Cities describe a clear process of increasing interrelation, working in the interest of a discreet few, but in so doing also project a sense of complete powerlessness for those encountering it.73 They reveal the domination of certain structures or discourses—notably those in the economic interest of the capitalist middle class—but staunchly maintain a sense of these as mysterious, and offer no mechanism by which to change the situation. Karl Marx makes a similar case in regard to The Mysteries of Paris, which he argues showcases a massive philosophical shortcoming in the face of modern life. Writing in response to the novel’s popularity among the Young Hegelians, Marx ridicules the fact that while the story appears to reveal the hidden working of the city, it in fact works to convert these real urban problems into abstract mysteries. To read The Mysteries of Paris for an understanding of the modern city is thus, for Marx, to make “mysteries out of real trivialities,” where the novel’s real effort is “not that of disclosing what is hidden, but of hiding what is disclosed.”74 This view suggests that Sue’s novel, or contemporary works like George Reynolds’ The Mysteries of London (1844–46), may display certain progressive political instincts, with their sympathetic treatment of the poor and downtrodden, or their indictment of the socio-political mechanisms organized against them, but that these stories nevertheless intervene on the side of power, by way of their adherence to the speculative idealism that alienates the public from the reality of its situation. By converting poverty, crime, or corruption into mystery, these works abandon any chance to address the actuality of these issues. Pike raises a similar critique, as he suggests that “The mysteries promised and delivered a real-life journey into hell, but what the reader came back with was, as always, pure ideology.”75 The reader of these works might gain some better sense of the situation in which he found himself, but only through an ideological perspective that deems such situation legitimate and unimpeachable.76

38The popularity of the City Mysteries was such that they quickly migrated out of Europe, and their spread to the United States follows the European model exactly, if even more intensely, given the radical pace of urbanization in America during the early and the mid-nineteenth century. From 1820 to 1860 the United States population tripled, while the percentage of the population that lived in urban areas increased from six to twenty percent.77 At the same time the expanding financial sector was generating unprecedented wealth and concentrating it in few hands. With such rapid and complete transformation, the American city mystery met an even greater demand from its readership for some explanation of how any individual might relate to or maintain a sense of democratic order in this new incomprehensible world. To quote Paul Erikson, it “allowed the author to offer the reader an explanation for all of urban life,” thereby creating and stabilizing an imagined community out of the urban chaos.78 However, despite this sense of community, the ideological bend of this imaginary remains the same, and American mysteries are no more successful in providing social or political agency than their predecessors. Authors such as George Lippard, with his fantastically popular The Quaker City; or The Monks of Monk Hall (1844–45), might highlight the abuses of power by the rich, but such novels leave in place the prevailing ideological structure that alienates the public, while pulling them ever tighter into the mechanisms of consolidating wealth and power. Thus Knight concludes that while Lippard may go beyond the critiques of his European progenitors, he creates “a theater of dissent, rather than a primer of political process,” so that “the prospect of true order and equity remains doubtful and the great aspirations of Penn and Washington remain a distant, possibly unrecoverable ideal.”79

Poe as a Purveyor of Mystery

39Edgar Allan Poe was acutely aware of this process and its dynamics. He was a close friend of Lippard and himself a precarious worker in several of the rapidly expanding cities.80 To make his way as a professional writer he willingly catered to the very desires that made the city mysteries so popular, experimenting with a variety of the modes that appear in the classic examples. “The Man of the Crowd” (1840), for one, works in the sensational mode of the city mystery, as it paints an unnerving picture of urban life and offers no solution whatsoever to its general menace. On the other hand, stories like “The Gold Bug” (1843), though not an urban tale, still follows the basic structure of ideological domestication, where a member of the educated elite deploys the power of rationality to confront and diffuse a mystery that appears to threaten him, thereby rendering the world safe for his kind and enriching himself in the process. Through all of this, too, Poe displays a keen self-awareness of his efforts. He writes at length on his desire to serve popular taste, and often describes his writing process in terms of sleight of hand or cultivating an illusion. He demonstrates this approach in his description of the mechanical process by which he produced “The Raven,” where he specifically notes that “I prefer commencing with the consideration of an effect,” and asserts that with the intended effect in mind “the work proceeded, step by step, to its completion with the precision and rigid consequence of a mathematical problem.”81 In an anonymous review of his own work, Poe also notes the machine-like precision of “The Gold Bug,” which he argues helps it to achieve its primary aim of being popular: “The intent of the author was evidently to write a popular tale: money, and the finding of money, being chosen as the most popular thesis.”82 He goes on to assert the ingenuity of such writing, but at the same time acknowledges that it does not rise to the level of what he considers his more original work, in stories like “The Tell-tale Heart,” or “Ligeia,” where “originality, either of ideas, or combination of ideas,” exceeds the crass need to meet public demand for known quantities.83

40This struggle to achieve popular success, without compromising literary standards, is a constant concern for Poe. Terence Whalen explores this in depth in Edgar Allan Poe and the Masses, where he argues that, rather than the common conception of Poe as a genius aloof from social concerns, Poe’s career really achieves definition through his effort to grapple with “the horrid laws of political economy.”84 Whalen argues that Poe’s effort to cater to popular taste comes from his deep understanding of the changing material relations of his time and the demands it put on new literary producers like himself. In this case, Poe’s popular tales, in particular the detective stories, would follow the city mystery format, specifically addressing the “new and threatening social environment,” just not with the predicament of the average reader in mind.85 In Whalen’s view, Poe’s understanding of the threat follows his own precarious economic situation and makes his interest that of recasting social practice so as to better position himself in the new information economy. This would be the model of Dupin, who “turned his back on the public and who harbors no desire to disseminate his knowledge.”86 Poe’s detective stories here would appear to have an ideology similar to that of the city mysteries, only with a more selfishly practical ambition, as Poe strives not to explain or ameliorate the new realities of modern life, but to escape the pressures of the material world by imagining a third space for literature and its producers, one free from the constraints of either capital or labor.

41Whalen is persuasive in his reading of Poe and his concern for the state of the struggling author before the increasing demands of capital domination and mass information. However, Poe’s own assertion of a qualitative difference between his popular and self-consciously literary efforts shows him to be interested in more than just economic self-interest. In particular, such distinction points up his sense of the philosophical weakness in the former model. He alludes to this in his review, where he criticizes the tendency of both British and American writers to reproduce successful models without regard for the ideas they mobilize, lamenting that “we are chained down to a wheel, which ever monotonously revolves round a fixed centre, progressing without progress.”87 He is even blunter in a review of The Mysteries of Paris, where he suggests that the novel clearly shows itself in this light, as an uncritical valorization of the status quo:

42Poe goes on to compliment Sue for the high quality of the trick, but it is a trick none the less, and in his mind clearly lacking any real social critique as it aims to produce excitement and wonder. The ingenuity of the effort, or the success of the effect, does not translate into original or progressive ideas, and in fact may distract the reader from the desire to pursue them.

43Poe’s complaint about popular tales in general, which give the people what they want while recycling standard thinking, combined with his parallel effort to cultivate original ideas, makes it interesting to consider whether any of his work might tie the two goals together, finding “some novel way of writing about an old thing,” an effort which might succeed both to promote a new line of thinking, while also sketching a way to enact it in contemporary life.89 Indeed, this seems to be the case exactly with the trilogy of “ratiocination,” which appears shortly before and then in the midst of city mystery popularity, mustering many of the same tricks these stories employ, while at the same time staking out the sort of philosophical position that Poe sees as lacking in The Mysteries of Paris. The trilogy is exactly an attempt to write in a novel way about a familiar thing: it sketches a series of incidents in which the mysterious relations of the modern world appear before the reader’s eyes; but, unlike the city mysteries, it also develops a way in which a critical mind might confront such reality, rather than acquiesce before its forces. In philosophical terms, this is a question not of the crimes or corruptions that connect and menace the modern citizen, but of the ideological structure that makes them all possible, and the detective Dupin emerges specifically as a way to confront the consolidating procedures that construct modern urban life in such a mysterious way.

Dupin, Enlightenment Critic

44Dupin’s Paris is an emblem of modern rationality, privileging a professional quantitative accounting of reality, which in turn facilitates its official management. This is also the ideology at work in the city mysteries, where their characters appear powerless before structures of legal and commercial expertise, with their only hope lying in the charity of an enlightened actor from a higher station.90 Dupin, however, marks a very different reaction. A figure who is neither a professional nor any longer rich, he not only complains loudly of such a narrow rationality, but acts in ways that disrupt the worldview it constructs. Thus while Marx objects to the way in which The Mysteries of Paris abstracts the world by idealizing its practical problems, Dupin acts to disrupt such practice. He applies this critique of idealism to the official systems that administer city life, highlighting the way in which their insistence on identifying and controlling perceived threats disperses the minutia of life into the merely mysterious. For example, he complains that the police “have fallen into the gross but common error of confounding the unusual with the abstruse,” while in reality “it is by these deviations from the plane of the ordinary, that reason feels its way, if at all, in its search for the true.”91 This insight is typical of Dupin—in “The Purloined Letter,” he likewise complains that the Prefect, who stands for authority in all three tales, “had a fashion of calling every thing ‘odd’ that was beyond his comprehension […]92—and it shows the underlying ambition of the series. It concerns itself not with the mystery of particular crimes, so as to aid individuals in trouble, but rather moves to consider the normative discourse by which circumstances appear and remain mysterious. It is not an intervention into any one mystery so much as a model for how to participate in the modern world, by way of the underlying discourse that presents itself as mysterious.

45John Irwin pays keen attention to this critical potential in the Dupin tales, focusing on their philosophical import: their status as thought about thought. He seizes, in particular, on the opening statement in “The Murders in the Rue Morgue,” where the narrator asserts: “The mental features discoursed of as the analytical, are, in themselves, but little susceptible of analysis.”93 Irwin takes this to suggest the way in which the process of thinking never coincides exactly with the content of thought, since the former is an action that produces results at some remove from their origin. He then reads the three Dupin tales to dramatize just such a leap, between the process of analysis and the end product in the thought, or solution, it produces. From this perspective, rather than the triumph of mind over matter that we see in other city mysteries, that which converts everyday problems into a general category of mystery, Dupin always reveals the fundamental presence of difference within thought, that which exists between one’s mind and one’s awareness of it. As Irwin puts it: “In analyzing the act of analysis, self-conscious thought turns back upon itself to find that it cannot absolutely coincide with itself.”94 Thinking is always at odds with itself, and it is the very distance between thinking and its products that makes self-consciousness possible. Thus the function of the Dupin tales is not to present a reasonable solution to any mystery, but to assert the real mysteriousness out of which such solutions arise. Irwin again explains, “the analytic solution of a mystery always leaves us at the end with the mystery of the analytic solution, the mystery of that solving power that catches a partial glimpse of itself in the achievement of deductive conclusion but that […] cannot totally comprehend itself, simply because in doubling back to effect an absolute coincidence of the self with itself it finds that it is based on an original noncoincidence.”95 In other words, the stories are never about the mysteries or cases in question, but rather serve to highlight the mystery by which one can produce a workable solution to them. It is then pleasurable to read these stories, even when we know or anticipate the solution, because the solution was never the point, so much as the experience of the mystery that lies beneath our capacity for analysis in the first place.

46This reading finds in Poe the very real mystery that Marx argues is missing from works like The Mysteries of Paris. Irwin’s articulation of the preeminence of difference within consciousness, without which self-consciousness would not be possible, echoes the critique that the desire to make the world identical to thinking only nullifies the world, along with the subject who seeks to perceive it as such. And, in this case, one can read the Dupin stories to reflect not only the noncoincidence within thought and its centrality to self-consciousness, but also the fundamental noncoincidence between such thinking and the world, along with the centrality of non-identical thought for actively experiencing it. However, while Marx’s argument suggests that such self-conscious interpretation of mystery might provide a new way to engage the world, Irwin does not go this far. He treats the dramatizing of noncoincidence as only a literary effect, another of those author’s tricks that produce wonder in a reader, and thus one unsuitable for real judgment or action. In his view, “Precisely because it is a genre that grows out of an interest in deductions and solutions rather than love or drama, the analytic detective story shows little interest in character, managing at best to produce caricatures—monsters of idiosyncrasy from Holmes to Poirot.”96 These detectives are only curiosities reflecting a certain mental curiosity, not models for a way to think or act.

47Irwin in this way downplays the extent to which the Dupin stories emerge in relation to certain modern anxieties about the world and its problems, in the same vein as the City Mysteries.97 But, as Poe’s own comments make clear, these stories are not just intellectual endeavors or self-contained thought problems, but rather evolve in response to a specific historical experience with which the reading public could—and were expected to—identify. Dupin’s detective work appeals to readers as it unites a critical and more popular trajectory, applying the mental gymnastics of philosophy to the lived experience of a broader range of readers. It unpacks the noncoincidence of thinking and thought, so as to consider the alienation and discontinuity of the modern, as it arises from the supposed identity of subject and object. And, from such a critical position, his detection also appears as an effort to develop a different sort of relation, to the thinking self and the world beyond: one that might offer its readers the thrill of a philosophical conundrum, as well as some relief from their anxieties, but also a vision of change. Such an approach is clear in a general sense from the outset of the first tale, where the narrator embarks on a long discourse on the nature of true analysis, against the grain of common thinking. He then introduces the story itself as an example of such analysis set in motion, where “The narrative which follows will appear to the reader somewhat in light of a commentary upon the propositions just advanced.”98 The purpose of the story to cultivate an alternative will then become fully clear as Dupin’s demonstration of such “propositions,” in the end, corrects the error of prevailing authority, with its tendency “de nier ce qui est, et d'expliquer ce qui n'est pas.”—that is, to deny what is and explain what is not.99 The stories are thus not just tales that attract readers with the mysterious noncoincidence of thought, nor the resolution of previously incomprehensible moments of modern life. Rather they suggest a sustained effort to develop a form of thinking that is able to reconnect with the mystery of a non-identical world. The detective, at his best, reframes consciousness in relation to the ever-present mystery in which his investigation participates, and thus reorients thinking toward the impenetrable everyday world, in spite of all modern myths in the way.

Ratiocination in the Dupin Trilogy

48The specifics of this critical aspect of Dupin, in his alternative to standard thinking, develop from the narrator’s opening statement of intent in “The Murders in the Rue Morgue,” and further clarifies as the narrator opens the story by speculating on the way in which his friend blurs the line between strict analysis and other modes of thought. He notes that when first meeting Dupin, it is the “wild fervor, the vivid freshness of his imagination” that stand out.100 This leads him, a few paragraphs later, to qualify the detective’s process as “a peculiar analytic ability,” and ponder the possibility of a “Bi-Part Soul,” combining both “the creative and the resolvent” components of Dupin, a theory that goes back to Aristotle and the need to account for the complexities of human nature—the rational as well as the irrational—when seeking to apply right reason.101

49In this way, the Dupin tales begin by pointing out the difficultly the detective poses to the reigning order of speculative identical reason. And while Dupin is thus from the outset a challenge to this epistemology underlying modernization, his actions and comments only materialize and sharpen the contrast between positivism and his own alternative worldview. For example, in “The Purloined Letter,” Dupin takes on the sort of quantitative mastery that typifies modernization, when he explains to the narrator his view of mathematics as a basis for universal thought:

50This position unfolds a critique of Enlightenment that would later find expression in Adorno and Horkheimer’s materialist claim that “[f]or enlightenment, anything which does not conform to the standard of calculability and utility must be viewed with suspicion.”103 Their effort is to attack the way in which a total commitment to rationality resulted in a negative impact on social reality and Dupin, for similar reasons, here clearly resists the extent to which modern society has committed to such instrumental epistemology. Dupin gestures in this direction when he describes the police as failing through their inability to adapt their thinking to the task at hand. He claims, in the case of Rue Morgue, that “There is no method in their proceedings, beyond the method of the moment,”104 as the police generalize and process information, in the assumption that this itself will produce the question it is supposed to answer. This leads to a positive treatment of the objects at hand, but fails in drawing connections beyond that which is already known or accounted for. Likening them to the model of Vidocq, Dupin asserts that the former too erred continually by just such focus on the immediate and positive: “He impaired his vision by holding the object too close. He might see, perhaps, one or two points with unusual clearness, but in so doing he, necessarily, lost sight of the matter as a whole.”105 As Dupin notes, the method has its obvious powers, but is ill suited to the full diversity of experience, and will necessarily constrict analysis in its effort to divine real truth, as shown by the police who cannot escape their own inability to perceive a motive for the murders.

51Dupin, however, is more than merely critical, and he backs up his criticism through recourse to another system by which to produce knowledge. This is what Poe means by “ratiocination.” It appears, in contrast to the dominant logic of instrumental identification, as a mode of analysis not bound to the mere accounting of known quantities, nor the generalization of particulars, but is rather linked to an imaginative and associative faculty in excess of calculation. Indeed, when Dupin begins his own investigation into the mystery in “Rue Morgue,” he sketches out a markedly different approach to that on display from the police. He suggests that “there is such a thing as being too profound. Truth is not always in a well. In fact, as regards the more important knowledge, I do believe that she is invariably superficial.”106 This statement makes a narrow point in regard to the murders in question, but gains broader resonance in light of the objections Dupin raises to speculative reason. In particular, in the imaginative, poetic sense he maintains, to substitute superficiality for profundity is to privilege breadth over depth, diversity over generality. It is, as Adorno and Horkheimer put it, “to think of [existing things] as surface, as mediated conceptual moments which are only fulfilled by revealing their social, historical, and human meaning.”107 This outlines an approach that draws connections on the outermost level—in this case, material interaction—and clearly describes the work Dupin has in mind. He makes this clear as he employs the analogy of stargazing, asserting the superiority of looking at a star peripherally rather than directly:

52Just as to understand a star one must not isolate the star for its individual properties, but apprehend it in all of the connections that give it meaning, so too must the analyst seeking social truth look for connection and association over mere profundity of given facts. In the case of the murders, this means adopting an approach that draws connections on the outermost level—that is to say, material interaction that might account for the grizzly circumstances—rather than following a trail of quantifiable information down the rabbit hole of possible motive.  

53 Dupin in this way suggests a mode of thought that is a hybrid of positive reason and its apparent opposites, bringing the power of identification into balance with the likes of association, imagination, and even intuition. In an early draft Poe considered the extent to which this could be seen as a holdover from an older form of consciousness, writing: “If this power (which may be described, although not defined, as the capacity for resolving thought into its elements) be not, in fact, an essential portion of what late philosophers term ideality, then there are indeed many good reasons for supposing it a primitive faculty.”109 This again returns to the diversity of thought outside the narrow realm of positive reason, reasserting alternative traditions such as Aristotle describes. And whether Poe gestures toward a pre-modern form of consciousness or not, Dupin makes a strong argument for the enduring worth of non-instrumental thinking. He derides the Paris Prefect for his underestimation of poetry as a form of thought, and correctly determines that, in the case of the Purloined Letter, the Minister D- is eluding the Prefect precisely by way of his recourse to poetic—and not merely mathematical—thinking: “As poet and mathematician, he would reason well; as mere mathematician he could not have reasoned at all, and thus would be at the mercy of the Prefect.”110

54Dupin thus stands against the narrowing of modern thought, and suggests alternate methods of relating mental possibility to analytic inquiry. However, these tales also take the critique a step further, to address the way such a narrow definition of reason affects the politics and possibilities of everyday life. Of the three Dupin stories, this is clearest in “The Mystery of Marie Rogêt.” In this case, rather than meditate on a single problem—such as the brutal murder in the Rue Morgue, or the stolen letter—Dupin takes up a sensational murder that has captivated public attention, and thus by extension investigates the way in which this case appears and progresses through the media. In other words, the detective here leaves the “locked room” to examine the way in which politics functions in the modern world. While still a case about the potential for positive reason to trick itself, it also takes on the processes by which the material relations of modern life make such identitarian oversight coercive and self-destructive.

55In this story, all of Dupin’s information comes from various newspaper reports, and thus while the case follows the general model of the other tales, deconstructing the ways ideal reasoning might delude itself into erroneous conclusion, it also addresses the way such knowledge production gains power and durability through dissemination in the popular press. In a statement that could easily also apply to the city mysteries, as it echoes both Marx’s and Poe’s own comments about The Mysteries of Paris, Dupin suggests that “it is the object of our newspapers rather to create a sensation—to make a point—than to further the cause of truth.”111 Against this approach, Dupin fashions his critique so as to isolate the affective purpose of each writer. The detective points out the way in which the intentions of each individual participant alter the appearance of reality, with no necessary concern for the underlying material or the effect their reporting will have on subsequent actions. Finally, Dupin sets this unveiling of myopic intentionality against a sort of preternatural sense that he ascribes to popular opinion, one “analogous with that intuition which is the idiosyncrasy of the individual man of genius.”112 Through all of this, Dupin’s response to the case becomes a demonstration of the way in which a misguided instrumentalism actually disrupts the potential diversity of human interaction, in contrast to the more intuitive interaction it blots out along the way. The former approach not only fails to engage the situation in question—the girl’s apparent murder—but also produces official non-truths that make real resolution ever less likely, further disrupting the lives of all those involved. Here, again, the work of Adorno and Horkheimer is useful as a lens through which to understand what Dupin is up to. The former described the way in which “[t]he mythical scientific respect of peoples for the given reality, which they themselves constantly create, finally becomes itself a positive fact, a fortress before which even the revolutionary imagination feels shamed as utopianism.”113 Dupin’s dismantling of the popular account of the mystery shows such a process at work, as the public production and consumption of a story line solidifies at the expense of social truth, and Poe includes a similar reference, quoting a passage from Walter Savage Landor that “the jurisprudence of every nation will show that, when law becomes a science and a system, it ceases to be justice.”114

56Dupin, however, suffers no such shame, and is thus free to pursue real justice. He succeeds in deconstructing each of the competing accounts, so as to mobilize the contradictory authorial intentions and produce new knowledge of the situation from among their errors or oversights. His success, such that it is—an editor’s note states that Dupin’s theories prove true, though this is less clear in relation to the real story on which Poe’s is a commentary—comes as he breaks down the way in which each attempt at intentional, identical reasoning builds certainty by excluding original possibilities. In Dupin’s words, this is the way modern thinking limits itself “to the immediate, with total disregard of the collateral or circumstantial events.”115 On the contrary, he notes that “experience has shown, and a true philosophy will always show, that a vast, perhaps the larger, portion of truth arises from the seemingly irrelevant […]. It is no longer philosophical to base upon what has been a vision of what is to be […]. We subject the unlooked for and unimagined to the mathematical formulae of the schools.”116 In other words, by leaving the mythic world of imposed certainty, he is able to include all the non-immediate information and seemingly meaningless objects such a view obscures, and thereby build a fuller, and thus truer and more just, understanding of events.

57The tale here marks Dupin’s most complete rejection of pure reason—of semblance over substance—as sufficient for the complexity and contingency of human life. It also demonstrates his desire to oppose its mobilization by institutional power; in this case, the instrumental production and mass dissemination of information that represents the world with unequal and often destructive consequences. David Van Leer looks in this direction when he points to the story as Poe’s most intellectually honest, uncovering “a socio-political reality, the process by which gender and class become a ‘mystery.’”117 However, we might add to this that by liberating the truth of Marie Rogêt, the tale uses the mystery of her disappearance to revitalize analysis by way of its own inherent mystery, so that analysis, broadly speaking, might again work on the side of imagination and possibility. Thus where Adorno and Horkheimer attempt to save Enlightenment from its darker instincts by calling for “theory’s refusal to yield to the oblivion in which society allows thought to ossify,” and citing the need to turn its power against “the guise of brutal facts as something eternally immune to intervention,” Dupin is already at work on the case.118 He adamantly refuses to yield to the sensational mystery of Marie Rogêt as it ossifies within popular media. Instead, he uses his cocktail of ratiocination to oppose the brutal “facts” such presentation puts forth, as these amount to nothing more than a set of assumptions, and insists that the case remain still open to intervention, both for the sake of Marie and for clear thinking more broadly.

A Tactical Response to the City Mysteries

58The Dupin trilogy, in the end, consolidates a line of objection to coercive idealist constructions of the world, and uses the inherent mystery of analysis to reopen these to praxis. It presents the mystery of a solution, but also such original difference as a basis for an alternative, non-identical relation to knowledge, whereby the world not only becomes intelligible, but again appears to practical intervention. Reading and rereading the stories takes one into the mystery of thought, but also the way in which that mystery allows us to relate to ourselves and the world in a new and different way. Thus while the City Mysteries might reveal ideology in the guise of mystery, Dupin’s detection emerges as an agent of real mystery, from which the real world regains its presence. In this case, Poe’s detective stories perform what we might now think of as a political ecology of the modern city, cultivating a tactical response—at every level, from the lowly sailor to the Minister D—to the coercive strategies that structure the ever intensifying American urban environment. I use these terms in the sense of Michel de Certeau, who argues that the modern city develops in accordance with a disciplinary strategy to immobilize the public within a specific set of relations. For de Certeau the city, by way of its totalizing fiction, “is transformed for many people into a ‘desert’ in which the meaningless, indeed the terrifying, no longer takes the form of shadows but becomes […] an implacable light that produces this urban text without obscurities, which is created by a technocratic power everywhere and which puts the city-dweller under control.”119 The strategy of power that controls the city no longer frightens individuals in order to cement its control, but now instead fosters a view of reality that appears so clearly that it delimits the effective possibilities of all those living within—a confusing shift that makes the apparent explanation of mystery as dangerous as anything that might have lurked within it.

59De Certeau’s description also aptly describes the inherent ideology of the City Mysteries, which, in spite of any populist ambitions, use the apparent resolution of mystery to present a similarly totalizing fiction, whereby they leave the reader trapped in the desert of his or her subordinate role. Dupin, on the other hand, clearly confronts this model of perspective, and develops in each instance a tactical response to the prevailing discourse, one that allows for different stories of the real to emerge. In de Certeau’s terms, this is to respond to such urban totalization by adopting varied approach to its narrative fiction: “by imposing an injunction proceeding from the other (a story) and by altering functionalist identity by detaching themselves from it, they create in the place itself that erosion or nowhere that the law of the other carves out within it.”120 Dupin’s investigations do just this, as they work to arrest the progress of the dominant narrative and thereby recover space for alternative behavior within it, whether this means a way out of the locked apartment that the police cannot conceive or a place to hide a letter in place sight that would seem impossible. In each case, Dupin’s investigation may address a discrete mystery, but the overarching concern with noncoincidence engages a higher target, as it chips away at an order of social control by calling forth the real mystery that lingers within its narrative fabric, and which it works so hard to occlude: Dupin’s investigation “‘authorizes’ the production of an area of free play (Spielraum) on a checkerboard that analyzes and classifies identities. It makes places habitable.”121 By breaking into a story that appears as complete, as a balance of mystery and its solution, he in fact reasserts the mysteries with which we always coexist, and through which a modern city dweller can find a way to move more freely or comfortably within the parameters of his or her new urban world—however confusing it remains.

60This process of breaking into a mystery for the sake of achievable freedom is clear from the first of the tales, and its account of the brutal murder in the Rue Morgue. At first glance the story conforms very well to what we recognize as the mystery pattern, as through the detached narration of the newspapers it conjures the confusion of Paris, its potential for incredible violence, and the difficulty the authorities face in keeping the peace. However, it is into this story of violent mystery that Dupin ventures, arm and arm with the narrator, “continuing the topics of the day, or roaming far and wide until a late hour, seeking, amid the wild lights and shadows of the populous city, that infinity of mental excitement which quiet observation can afford.”122 The topic of the day, as we know from the tale’s opening section, is the nature of true analysis, its inherent mystery, and the difference it asserts, and the excitement it affords is a chance for free play, to restore the habitableness of the city from out of the desert it has become. Such is made fully clear as Dupin turns his attention to the dual murders, not out of personal whimsy or the chance for reward, but for the sake of a man wrongly suspected of the crime: the banker, Adolphe Le Bon, “an innocent man, now imprisoned.”123 Dupin’s investigation disrupts the official logic that pronounces the crimes ultimately mysterious, and restores innocence to the wrongly accused. It literally affords this city dweller under official control room to move again. But even more than this, it makes a generalized case for the need to open thought to the difference within itself, so as to forgo the “undue profundity [by which] we perplex and enfeeble thought.”124 Elevating thought to its full potential, Dupin reasserts a freedom to exist within the city, in spite of both its overwhelming mystery and its conscription under organizing authority, and the totalizing fiction it puts forth. Dupin claims this himself, noting how he has “defeated [the Prefect] in his own castle.”125 The Prefect may well grumble at the injunction Dupin makes on the official story, and “the propriety of every person minding his own business,” but the effect is clear.126 Dupin shows that with the right frame of mind, it may be possible for every person to live more freely amidst the mystery that is the modern city.

61Where the City Mysteries thus address the apparent loss of community by imagining its continuation within the interrelations of urban rational strategy, the Dupin tales practice what de Certeau would call an “acting out of place,” an idiosyncratic and non-conformist approach to the city that would allow the true diversity and possibility of urban life to reappear, tracing “a second, poetic geography on top of the geography of the literal, forbidden or permitted meaning.”127 Dupin’s method of investigation in each case acts out of the place described by authority, as it takes into account the mechanisms and procedures that coerce human diversity into a mysteriously unified system, and, against their claims of totality, activates the broadest collective of evolved capabilities to adapt. Reaching back to that “primitive faculty” perhaps still present in consciousness, the Dupin tales update consciousness for the new environment in which it finds itself, combining pure reason with non-identical perception so as to make the modern world more habitable.

62In this case, while the detective story may appear to diverge from the City Mysteries, into what Knight describes as a genre that “bears the values of individualist intelligence,” a model that “relates to the new rationalist idea of a disciplinary specialist,” it appears that for the Dupin tales exactly the opposite is true.128 Poe’s detective emerges from the same tradition as the City Mysteries and their fear of lost community, but rather than conjure it again through mythic totalization, Dupin executes a specific philosophical intervention so as to make real community again possible. Of course, this intervention does not completely pay off in the short term, and the tales may indeed come to popularize the philosophically suspect genre that Knight describes, with all the simplistic or deterministic knock offs it spawns. Nevertheless, Poe’s original ambition does succeed in making possible a fuller presentation of mystery; one able to avoid the metaphysical pitfalls of modern ideology. In this case, rather than participate in the move from threatened community to lost community, Dupin’s detection wrestles with the modern alienation that compromises community in the first place. With the mystery of non-coincidence they restore the individual’s possibility and create an experience that reopens the mystery of the city at all its levels to the many potential narratives that might unfold within. While authorities such as the Paris Prefect may plan the city by denying what really is, and crafting fiction to explain what is not, Dupin describes a method to turn such a process around. Breaking from the official narrative and its consequences for a story that is more open and accommodating, he traces an evolving city that is still mysterious, yet more free and communal on account of it. This city, which allows for both poetry and mathematics, reason and its outliers, makes possible an American future—both literary and political—not bound to ideology of urban rationalization as mysterious, but one founded on the real mystery of everyday life, and therefore open to everyone.

63(Occidental College)

Bibliographie

64Sources imprimées/Primary Sources

65ARISTOTLE, De Anima, ed. and trans. Robert Drew Hicks, New York, Arno Press, 1976.

66MARX, Karl, “ ‘Critical Criticism’ As a Mystery-Monger, Or ‘Critical Criticism’ As Herr Szeliga,” The Holy Family; or, Critique of Critical Critique in Karl Marx and Frederick Engels: Collected Works, vol. 4, New York, International Publishers, 1975.

67PEARL, Mathew, “Introduction,” The Murders in the Rue Morgue: The Dupin Tales, New York, The Modern Library, 2006.

68POE, Edgar Allan, “The Philosophy of Composition,” Poe: Essays and Reviews, ed. G. R. Thompson, New York, The Library of America, 1984.

69---, “The Murders in the Rue Morgue,” The Murders in the Rue Morgue: The Dupin Stories, ed. Mathew Pearl, New York, The Modern Library, 2006.

70---, “The Mystery of Marie Rogêt,” The Murders in the Rue Morgue: The Dupin Tales, New York, The Modern Library, 2006.

71---, “The Purloined Letter,” The Murders in the Rue Morgue: The Dupin Tales, New York, The Modern Library, 2006.

72VICO, Giambattista, On the Study Methods of Our Time, trans.  Elio Gianturco, Ithaca and London: Cornell UP, 1990.

73Bibliographie critique/Secondary Sources

74BENDER, Thomas, Toward an Urban Vision: Ideas and Institutions in Nineteenth-Century America, Baltimore, The Johns Hopkins UP, 1975.

75DE CERTEAU, Michel, « Marches dans la ville », L’Invention du quotidien. 1. Arts de faire, Paris, Gallimard-Folio Essais, 1990, p. 139–64.

76---, “Walking in the City,” The Practice of Everyday Life, translated by Steven Rendall, Berkeley, University of California Press, 1988.

77DURING, Simon, Modern Enchantments: The Cultural Power of Secular Magic, Cambridge (MA), Harvard UP, 2002.

78ERICKSON, Paul Joseph, “New Books, New Men: City-Mysteries Fiction, Authorship, and the Literary Market,” Early American Studies: An Interdisciplinary Journal, vol. 1, #1, spring 2003.

79---, Welcome to Sodom: The Cultural Work of City-Mysteries in Antebellum America, unpublished dissertation, University of Texas at Austin, May 2005.

80GOULET, Andrea, Legacies of the Rue Morgue: Science, Space, and Crime Fiction in France, Philadelphia, University of Pennsylvania Press, 2016.

81HOROWITZ, Nancy, “The Body of the Detective Model,” The Sign of Three: Dupin, Holmes, Peirce, (dir.) Umberto Eco and Thomas A. Sebeok, Bloomington and Indianapolis, Indiana UP, 1983.

82HORKHEIMER, Max and Theodor W. ADORNO, “The Concept of Enlightenment,” Dialectic of Enlightenment: Philosophical Fragments, ed. by Gunzelin Schmid Noerr, trans. Edmund Jephcott, Stanford (CA), Stanford UP, 2002.

83---, « Le concept d’“Aufklärung” », La Dialectique de la Raison. Fragments philosophiques, trad. Éliane Kaufholz, Paris, Gallimard, 1974, p. 21–127.

84IRWIN, John, “Mysteries We Read, Mysteries of Reading,” Detecting Texts: The Metaphysical Detective Story from Poe to Postmodernism, (dir.) Patricia Merivale and Elizabeth Sweeney, Philadelphia (PA), University of Pennsylvania Press, 1999.

85KRUTCH, Joseph Wood, Edgar Allan Poe, A Study in Genius, New York, Knopf, 1926.

86KNIGHT, Stephen, The Mysteries of the Cities, Urban Crime Fiction in the Nineteenth Century, Jefferson (N.C) and London, McFarland, 2012.

87PIKE, David L., Metropolis on the Styx, The Underworlds of Modern Urban Culture, 1800-2001, Ithaca and London, Cornel UP, 2007.

88THOMPSON, Jon, Fiction, Crime, and Empire: Clues to Modernity and Postmodernism, Urbana and Chicago, University of Illinois Press, 1993.

89VAN LEER, David, “Detecting Truth: The World of the Dupin Tales,” New Essays on Poe’s Major Tales, (dir.) Kenneth Silverman, Cambridge, Cambridge UP, 1993.

90WALSH, John Evangelist, Midnight Dreary, The Mysterious Death of Edgar Allan Poe, New York, St. Martin’s Press, 2000.

91WHALEN, Terence, Edgar Allan Poe and the Masses: The Political Economy of Literature in Antebellum America, Princeton (NJ), Princeton UP, 1999.

Notes

1  Nous reporterons en note et entre crochets droits, après la pagination, la traduction de citations faisant plus d’une ligne, à l’exception des citations en retrait. Cette version en français modifie par endroits le texte anglais.

2  Joseph Wood Krutch, Edgar Allan Poe, A Study in Genius, NY, Knopf, 1926, p. 106 [le parfait déchiffreur d’énigmes grâce à l’utilisation d’une raison infaillible]. Howard Haycraft constitue un autre exemple célèbre de cette prise de position lorsqu’il suggère que Dupin représente « the perfect reasoner, the embodiment of logic, the champion of mind over matter » [le parfait raisonneur, la logique incarnée, le défenseur du pouvoir de l’esprit], Howard Haycraft, Murder for Pleasure, NY, D. Appleton-Century Company, 1941, p. 9.

3  Jon Thompson, Fiction, Crime, and Empire : Clues to Modernity and Postmodernism, Urbana et Chicago, University of Illinois Press, 1993, p. 45 [incarner une conscience spécifique à cette période d’intenses enquêtes « scientifiques » pour lesquelles « savoir, c’est pouvoir » prend radicalement un tout nouveau sens, sans sacrifier toutefois des traditions d’exclusivité plus anciennes].

4  John Irwin, « Mysteries We Read, Mysteries of Reading », Detecting Texts: The Metaphysical Detective Story from Poe to Postmodernism, éd. Patricia Merivale et Elizabeth Sweeney, Philadelphia (PA), University of Pennsylvania Press, 1999, p. 52 [la solution analytique d’un mystère nous laisse toujours avec le mystère de cette solution analytique]. Il s’agit d’une version condensée de l’œuvre d’Irwin, The Mystery to a Solution: Poe, Borges, and the Analytic Detective Story, Baltimore et Londres, Johns Hopkins UP, 1994, qu’il a lui-même éditée.

5  Stephen Knight, The Mysteries of the Cities: Urban Crime Fiction in the Nineteenth Century, Jefferson (N.C), et Londres, McFarland, 2012, p. 8 [un personnage unique qui agit comme le centre de la narration et porte les valeurs de l’intelligence individualiste qui, dans ce type de fiction au moins, élimine la menace de toute perturbation].

6 Id., op. cit., p. 8 [les mystères urbains résistent à ce réductionnisme, déployant de nombreux récits sans la présence d’une intelligence dominante, qu’elle soit personnage ou auteur, dans leur effort de rendre compte d’un nouveau monde étrange bien trop varié et complexe pour être contenu par cette condensation simplificatrice].

7 Ibid., p. 9.

8 Ibid., p. 11 [le mystère et […] toute la splendeur conflictuelle de la nouvelle métropole. De comprendre comment les grandes villes sont apparues, qui les a modelées, et comment elles en ont souffert […]].

9  David L. Pike, Metropolis on the Styx: The Underworlds of Modern Urban Culture, 1800-2001, Ithaca et Londres, Cornel UP, 2007, p. 159.

10  Karl Marx, “‘Critical Criticism’ As a Mystery-Monger, Or ‘Critical Criticism’ As Herr Szeliga,” The Holy Family; or, Critique of Critical Critique in Karl Marx and Frederick Engels : Collected Works, vol. 4, New York, International Publishers, 1975, p. 56.

11  Pike, Metropolis on the Styx, p. 168 [les mystères urbains nous font une promesse qu’ils tiennent, celle d’un voyage en enfer, mais, comme toujours, c’est avec de l’idéologie que le lecteur en revient].

12  Différentes lectures ont été proposées de la réception qu’a connue l’œuvre de Sue parmi les classes populaires, par exemple celles auxquelles se réfère l’essai de Carolyn Betensky dans ce recueil (dont Antonio Gramsci, Louis Chevalier, Jean-Louis Bory, Jean-Pierre Galvan, Judith Lyon-Caen et Dominique Jullien). À ce sujet, voir aussi l’ouvrage de Christopher Prendergast, For the People by the People? Eugène Sue’s « Les Mystères de Paris » : A Hypothesis in the Sociology of Literature, Oxford (UK), Legenda, 2003.

13  Thomas Bender, Toward an Urban Vision: Ideas and Institutions in Nineteenth-Century America, Baltimore,  Johns Hopkins UP, 1975; cité par Paul Joseph Erickson, Welcome to Sodom: The Cultural Work of City-Mysteries in Antebellum America, thèse non publiée, University of Texas at Austin, May 2005, p. 3.

14  Erickson, Welcome to Sodom, p. 37 [cela permit à l’auteur d’offrir à ses lecteurs une explication concernant l’intégralité de la vie urbaine].

15  Knight, The Mysteries of the Cities, p. 147 [un théâtre de contestation plutôt qu’un manuel d’introduction au processus politique], p. 138 [la perspective d’un ordre véritable et d’une équité demeure incertaine et que les grandes aspirations de Penn et de Washington restent un idéal distant et potentiellement irrécupérable].

16  Poe a rencontré Lippard quand il était rédacteur du périodique philadelphien Graham’s Magazine, dans lequel Poe publie « The Murder in the Rue Morgue » en avril 1841; il commençait sa carrière d’écrivain professionnel. Malgré de nombreux différends personnels et professionnels, les deux hommes ont toujours entretenu des liens d’amitié et Lippard fut apparemment l’un des derniers à voir Poe en vie. Poe chercha activement à le voir au cours des jours tumultueux qui ont mené à sa mort en 1849 dans une rue de Baltimore. Voir John Evangelist Walsh, Midnight Dreary: The Mysterious Death of Edgar Allan Poe, NY, St. Martin’s Press, 2000. Pour avoir une meilleure idée de la misère dans laquelle vivait Poe, écrivain en difficulté, on peut se reporter à l’une de ses lettres de juillet 1838 : il y demande à un ami un travail dans la marine, le suppliant de lui donner même « the most unimportant Clerkship in your gift – any thing, by sea or land – to relieve me from the miserable life of literary drudgery to which I now, with breaking heart, submit » [la moins importante des fonctions dans votre juridiction – que ce soit en mer ou sur terre – pour me soulager de ma misérable vie de besogne littéraire à laquelle, le cœur brisé, je me soumets désormais]. Cité dans Paul Erickson, « New Books, New Men: City-Mysteries Fiction, Authorship, and the Literary Market », Early American Studies: An Interdisciplinary Journal, vol. 1, no 1, printemps 2003, p. 289.

17  Edgar Allan Poe, “The Philosophy of Composition,” Poe: Essays and Reviews, éd. G. R. Thompson, NY, The Library of America, 1984, p. 13, 15 [l’œuvre avance, étape par étape, vers son achèvement avec la précision et les conséquences rigides d’un problème mathématique]. Pour en savoir plus sur le lien entre les histoires de Poe et les effets de célèbres tours de magie, voir Simon During, Modern Enchantments: The Cultural Power of Secular Magic, Cambridge (MA), Harvard UP, 2002.

18  Poe, « Edgar Allan Poe », Essays and Reviews, p. 869 [l’objectif de l’auteur fut en toute évidence d’écrire un conte à succès : l’argent, et surtout la recherche de l’argent, ont été choisi comme thèmes les plus répandus].

19  Ibid., p. 873.

20  Terence Whalen, Edgar Allan Poe and the Masses: The Political Economy of Literature in Antebellum America, Princeton (NJ), Princeton UP, 1999, p. 7. La déclaration de Poe est issue d’une critique du Magasin d’antiquités de Dickens, publiée dans Essays and Reviews, p. 211.

21  Whalen, Edgar Allan Poe and the Masses, p. 227.

22 Ibid., p. 243 [tourne le dos au public et ne manifeste aucun désir de diffuser son savoir]. Ceci fait également écho à l’interprétation de Thompson, selon laquelle Poe promeut une idéologie spécifique de la raison pour pouvoir échapper aux deux modèles de société disponibles — le nord industriel et le sud agricole — en faveur de la projection postmoderne d’un unique esprit aliéné. Voir Jon Thompson, Fiction, Crime, and Empire, op. cit.

23  Poe, « Edgar Allan Poe », Essays and Reviews, p. 868 [nous sommes enchaînés à une roue qui tourne monotonement autour d’un centre fixe, progressant sans jamais progresser].

24  Poe, « Marginalia », Essays and Reviews, p. 1404. Italiques de ma part. Il serait important de vérifier quelle édition et quelle traduction des Mystères de Paris a lues Poe. Au sujet des différentes traductions américaines, voir l’essai de Filippos Katsanos dans ce même volume.

25  Poe, « Edgar Allan Poe », Essays and Reviews, p. 873.

26  David Pike explique cette tendance dans sa lecture des Mystères de Paris, où, suivant la théorie de Marx, il signale que le roman échoue en ce que, bien qu’il semble fournir une solution aux malheurs urbains, Sue « embedded that solution so powerfully within the mechanics of identification with Rudolph and the other figures of mythic virtue » [a puissamment ancré cette solution au sein des mécanismes d’identification aux symboles de vertu mythique représentés par exemple par Rodolphe]. Pike, Metropolis on the Styx, p. 190.

27  Edgar Allan Poe, « The Murders in the Rue Morgue », The Murders in the Rue Morgue: The Dupin Stories, éd. Mathew Pearl, NY, The Modern Library, 2006, p. 19 [a commis l’erreur fréquente de confondre l’inhabituel et l’abstrus]; [c’est grâce à ces éléments qui dévient de l’ordinaire que la raison avance à tâtons dans sa quête de la vérité].

28  Edgar Allan Poe, « The Purloined Letter », The Murders in the Rue Morgue : The Dupin Tales, NY, The Modern Library, 2006, p. 84 [avait l’habitude de trouver « bizarre » tout ce qui dépassait sa compréhension].

29 Poe, « The Murders in the Rue Morgue », p. 3 [les caractéristiques mentales qui sont décrites comme analytiques, ne sont en elles-mêmes que peu susceptibles d’analyse].

30  Irwin, The Mystery to a Solution, p. 11 [en analysant l’acte même d’analyse, la pensée consciente se retourne sur elle-même pour se rendre compte qu’elle ne peut absolument coïncider avec elle-même].

31  Irwin, « Mysteries We Read, Mysteries of Reading », p. 52.

32  Irwin, Mystery to a Solution, p. 1–2 [précisément parce qu’il s’agit là d’un genre littéraire qui surgit d’un intérêt pour déductions et solutions plutôt que pour amour et drame, le roman policier analytique ne s’intéresse que peu à ses personnages, arrivant au mieux à créer des caricatures — des monstres d’idiosyncrasie tels que Holmes ou Poirot].

33  Irwin propose une lecture exhaustive de certaines sources potentielles de Poe, abordant ainsi les débats intellectuels qui motivent son intérêt pour l’analyse. Cela reste à l’écart des mécanismes de ces histoires et de leur relation aux lecteurs, dont Poe se souciait beaucoup. Irwin néglige ainsi l’identification possible des lecteurs avec l’attitude de Dupin et la confiance qu’ils pouvaient trouver dans ses actions.  

34  Edgar Allan Poe, « The Murders in the Rue Morgue », p. 6 [le récit qui suit apparaîtra quelque peu comme un commentaire des arguments qui viennent d’être avancés].

35 Ibid., p. 35. Ce sont les derniers mots du texte.

36 Ibid., p. 6.

37 Ibid., p. 7 (italiques ajoutés). L’argument d’Aristote provient du deuxième tome de De Anima. Voir Aristote, De Anima, éd. Robert Drew Hicks, NY, Arno Press, 1976.

38  Poe, « The Purloined Letter », p. 94 (italiques de l’auteur).

39  Max Horkheimer et Theodor W. Adorno,  « Le concept d’“Aufklärung” », La Dialectique de la Raison. Fragments philosophiques, trad. Éliane Kaufholz, Paris, Gallimard, 1974, p. 24. On peut comparer cette vision au personnage du Préfet et à sa manière de définir comme bizarre tout ce qui dépasse sa compréhension immédiate. L’approche critique de la Raison éclaire la filiation de Dupin comme représentant d’une pensée opposée aux Lumières; cette citation paraphrase en effet l’argument de Vico contre les ambitions universalisantes de la géométrie cartésienne : « In the geometrical field, these deductive methods, these sorties, are excellent ways and means of demonstrating mathematical truths.  But, whenever the subject matter is unsuited to deductive treatment, the geometrical procedure may be a faulty and captious way of reasoning.  […] As a consequence, the principles of physics which are put forward as truths on the strength of geometrical method are not really truths, but wear the semblance of probability.  The method by which they were reached is that of geometry, but physical truths so elicited are not demonstrated as reliably as are geometrical axioms.  We are able to demonstrate geometrical axioms because we create them; were it possible for us to supply demonstrations of propositions of physics, we would be capable of creating them ex nihilo as well. » [En géométrie, ces méthodes déductives, ces sorties, sont d’excellentes façons de démontrer des vérités mathématiques. Cependant, lorsque le sujet ne convient pas à un traitement déductif, la procédure géométrique peut représenter un raisonnement erroné et insidieux. […] En conséquence, les principes de physique qui sont mis en avant comme des vérités au sujet de la force de la méthode géométrique ne sont pas réellement des vérités, mais portent plutôt un semblant de probabilité. La méthode avec laquelle ces vérités ont été démontrées est celle de la géométrie, mais des vérités physiques ainsi prouvées ne sont pas démontrées de manière aussi fiable que le sont les axiomes géométriques. Nous sommes capables de démontrer des axiomes géométriques, car nous les créons; s’il nous était possible de mettre en avant une démonstration des propositions de physique, nous pourrions alors également les créer ex nihilo.] Giambattista Vico, On the Study Methods of Our Time, trad. Elio Gianturco, Ithaca et Londres, Cornell UP, 1990, p. 22–23.

40  Poe, « The Murders in the Rue Morgue », p. 17 [leurs procédures ne connaissent aucune méthode autre que la méthode du moment présent].

41 Ibid., p. 17 [traduction modifiée de Baudelaire : « Il diminuait la force de sa vision en regardant l’objet de trop près. Il pouvait peut-être voir un ou deux points avec une netteté singulière, mais de ce fait, il perdait nécessairement de vue l’affaire prise dans son ensemble »]. Dans « Le mystère de Marie Rogêt », Dupin monte un dossier similaire contre les autorités (la police et les médias) et leur utilisation d’une logique par contumace. Il conclut finalement que leur travail fait montre d’une « série infinie d’erreurs qui se dressent sur le chemin de la Raison à cause de sa propension à rechercher la vérité en détail ». Edgar Allan Poe, « The Mystery of Marie Rogêt », The Murders in the Rue Morgue: The Dupin Stories, p. 82 (italiques de l’auteur).

42 Ibid., p. 17 [il est possible d’être trop profond. La vérité ne repose pas toujours au fond d’un puits. En réalité, en ce qui concerne le savoir qui nous importe, je pense qu’elle se trouve invariablement à la surface].

43  Horkheimer-Adorno,  « Le concept d’“Aufklärung” », p. 43.

44  Poe, « Murders in the Rue Morgue », p. 17.

45  [Si ce pouvoir (qui pourrait être décrit, mais non pas défini, comme la capacité de résoudre la pensée dans tous ses éléments) n’était pas, en réalité, une part essentielle de l’idéalité selon les philosophes, il existerait alors en effet de nombreuses bonnes raisons de le supposer faculté primitive] (italiques ajoutés). Cet extrait est cité dans l’introduction de Mathew Pearl pour The Murders in the Rue Morgue : The Dupin Tales, NY, The Modern Library, 2006, p. xi. Nancy Horowitz propose un argument similaire en comparant Dupin au philosophe américain Charles S. Peirce : « There is a rather direct movement toward the mystical implicit in the sorts of questions that Poe and Peirce ask. When prophetic dreams and intuition are included in the realm of experience from which new knowledge is generated, we are talking about epistemological possibilities which have a range far broader than usual » [Il existe un mouvement plutôt direct vers les implications mystiques des questions soulevées par Poe et Peirce. Lorsque rêves prophétiques et intuition sont inclus dans le domaine de l’expérience à partir de laquelle se produit un nouveau savoir, nous parlons alors de possibilités épistémologiques à la portée bien plus étendue que d’habitude]. Nancy Horowitz, « The Body of the Detective Model », The Sign of Three: Dupin, Holmes, Peirce, éd. Umberto Eco et Thomas A. Sebeok, Bloomington et Indianapolis, Indiana UP, 1983, p. 196–197.

46  Poe, « The Purloined Letter », p. 94 [S’il était poète et mathématicien, il raisonnerait bien; s’il n’était que mathématicien, il n’aurait pu raisonner du tout, et serait alors à la merci du préfet]. Ceci fait également écho à Adorno et Horkheimer et leur refus d’une séparation nette entre sciences et poésie (voir Horkheimer and Adorno, « Le concept d’“Aufklärung” »).

47  Edgar Allan Poe, « The Mystery of Marie Rogêt », p. 51 [l’objectif de nos journaux est de créer une sensation – de mettre en avant un argument – plutôt que de servir la cause de la vérité] (italiques ajoutés). De plus, Poe insiste sur ce contraste dès le début de son œuvre, dans une note en bas de la page de titre qui dit : « Herein, under pretence of relating the fate of a Parisian grisette, the author has followed, in minute detail, the essential, while merely paralleling the inessential facts of the real murder of Mary Rogers. Thus all argument founded upon the fiction is applicable to the truth: and the investigation of the truth was the object » [Ici, sous le prétexte de raconter la destinée d’une grisette parisienne, l’auteur a retracé minutieusement les faits essentiels, en même temps que ceux non essentiels et simplement parallèles du meurtre réel de Mary Rogers, ainsi tout argument fondé sur la fiction est applicable à la vérité; et la recherche de la vérité en est le but] (p. 37).

48 Ibid., pp. 67-68 [analogue à l’intuition, qui est l’idiosyncrasie de l’individu de génie] (italiques de l’auteur).

49  Horkheimer et Adorno, « Le concept d’“Aufklärung” », p. 57.

50  Poe, « The Mystery of Marie Rogêt », p. 59 [la jurisprudence de chaque nation montrera que, lorsque la loi devient une science et un système, elle cesse d’être justice].

51 Ibid., p. 63.

52 Ibid., p. 63 [l’expérience a montré, et une véritable philosophie le prouvera toujours, qu’une très grande partie, peut-être même la vaste majorité, de la vérité s’élève de ce qui semble dénue d’importance […]. Il n’est plus du tout philosophique de fonder sur ce qui a été une vision de ce qui sera […]. Nous soumettons l’ignoré et l’inimaginé aux formules mathématiques des écoles]. Ces dernières italiques présentes dans l’œuvre originale.

53  David Van Leer, « Detecting Truth: The World of the Dupin Tales », New Essays on Poe’s Major Tales, éd. Kenneth Silverman, Cambridge, Cambridge UP, 1993, p. 82, 88 [une réalité sociopolitique, le processus par lequel les catégories de genre et de classe deviennent un « mystère »].

54  Horkheimer-Adorno, « Le concept d’“Aufklärung” », p. 56, 44.

55  Michel de Certeau, « Marches dans la ville », L’Invention du quotidien. 1. Arts de faire, Paris, Gallimard-Folio Essais, 1990, p. 156.

56 Ibid., p. 158-59. Andrea Goulet a aussi récemment attiré l’attention sur la manière dont Dupin met en scène les idées de de Certeau sur l’espace coercitif : « Poe’s investigator thus cuts across the two categories of spatial practice Michel de Certeau distinguished in 1980: between an all-seeing, mastering “geometrical” mind and an ordinary walker, Wandersmänner, who submits to imposed trajectories. Just as he sees “diagonally” […] Dupin cuts diagonally across State regulations, using his influence with the Prefect of Police to gain admission to the scene of the crime, while butting heads with him over solution » [L’enquêteur de Poe traverse les deux catégories de pratiques spatiales proposées par Michel de Certeau en 1980 : à mi-chemin entre un esprit « géométrique » omniscient et un marcheur ordinaire, Wandersmänner, qui se soumet à des trajectoires imposées. À l’instar de sa vision « diagonale » […], Dupin traverse en diagonale les régulations imposées par l’État, se servant de son influence sur le préfet de police pour avoir accès à la scène du crime, tout en l’affrontant au sujet d’une solution] (Andrea Goulet, Legacies of the Rue Morgue: Science, Space, and Crime Fiction in France, Philadelphie, University of Pennsylvania Press, 2016, p. 5). La lecture de Goulet est pertinente, mais on peut aussi souligner l’effet d’un tel acte : la pratique créatrice de Dupin est digne d’intérêt non seulement dans le cadre de la solution du meurtre en question, mais aussi en raison du modèle qui remet en cause l’autorité urbaine en général.

57  Michel de Certeau, « Marches dans la ville », p. 159.

58  Poe, « The Murders in the Rue Morgue », p. 7 [poursuivant la conversation du jour, rôdant au hasard jusqu’à une heure très avancée, et cherchant, à travers les lumières et les ténèbres sauvages de la populeuse cité, l’infini de ces excitations mentales qu’offre une observation paisible].

59 Ibid., p. 32.

60 Ibid., p. 17 [profondeur excessive (par laquelle) nous rendons la pensée perplexe et l’affaiblissons].

61 Ibid., p. 35.

62 Ibid., p. 34. Nous reprenons ici l’expression de Baudelaire.

63  Michel de Certeau, « Marches dans la ville », p. 148.

64  Michel de Certeau, op. cit., p. 158.

65  Knight, The Mysteries of the Cities, p. 8.

66  Joseph Wood Krutch, Edgar Allan Poe, A Study in Genius, NY, Knopf, 1926), p. 106. Another famous example of this position would be Howard Haycraft, who suggests that Dupin embodies “the perfect reasoner, the embodiment of logic, the champion of mind over matter,” Howard Haycraft, Murder for Pleasure, NY, D. Appleton-Century Company, 1941, p. 9.

67  Jon Thompson, Fiction, Crime, and Empire : Clues to Modernity and Postmodernism, Urbana and Chicago, University of Illinois Press, 1993, p. 45.

68  John Irwin, “Mysteries We Read, Mysteries of Reading,” Detecting Texts: The Metaphysical Detective Story from Poe to Postmodernism, ed. Patricia Merivale and Elizabeth Sweeney, Philadelphia (PA), University of Pennsylvania Press, 1999, p. 52. This is a condensed version of Irwin’s book length argument, The Mystery to a Solution: Poe, Borges, and the Analytic Detective Story, Baltimore and London, The Johns Hopkins UP, 1994), and which he edited for inclusion in the volume.

69  Stephen Knight, The Mysteries of the Cities: Urban Crime Fiction in the Nineteenth Century, Jefferson (N.C), and London, McFarland, 2012, p. 8.

70 Id., op. cit., p. 8.

71 Ibid., p. 9.

72  Ibid., p. 11.

73  David L. Pike, Metropolis on the Styx: The Underworlds of Modern Urban Culture, 1800-2001, Ithaca and London, Cornel UP, 2007, p. 159.

74  Karl Marx, “‘Critical Criticism’ As a Mystery-Monger, Or ‘Critical Criticism’ As Herr Szeliga,” The Holy Family; or, Critique of Critical Critique in Karl Marx and Frederick Engels : Collected Works, vol. 4, New York, International Publishers, 1975, p. 56.

75  Pike, Metropolis on the Styx, p. 168.

76  I am aware that conflicting readings of Sue’s reception by the working classes have been done, such as those referred to in Carolyn Betensky's piece in this collection. Examples would include interpretations by Antonio Gramsci, Louis Chevalier, Jean-Louis Bory, Jean-Pierre Galvan, Judith Lyon-Caen, and Dominique Jullien, to name a few. On this issue, see the most recent work by Christopher Prendergast, For the People by the People? Eugène Sue’s Les Mystères de Paris:  A Hypothesis in the Sociology of Literature, Oxford (UK), Legenda, 2003.

77  Thomas Bender, Toward an Urban Vision: Ideas and Institutions in Nineteenth-century America, Baltimore,  Johns Hopkins UP, 1975; cited in Paul Joseph Erickson, Welcome to Sodom: The Cultural Work of City-Mysteries in Antebellum America, unpublished dissertation, University of Texas at Austin, May 2005, p. 3.

78  Erickson, Welcome to Sodom, p. 37.

79  Knight, The Mysteries of the Cities, p. 147, p. 138.

80  Poe met Lippard while the former was editing the Philadelphia-based Graham’s Magazine (in which Poe published “The Murder in the Rue Morgue,” in the April 1841 issue) and the latter was beginning his career as a professional writer. Though maintaining many differences, personal and professional, the two remained friends and Lippard was apparently one of the last people to see Poe alive, with Poe specifically seeking him out in the tumultuous days before his death on a Baltimore street in 1849. See John Evangelist Walsh, Midnight Dreary: The Mysterious Death of Edgar Allan Poe, NY, St. Martin’s Press, 2000. For a sense of Poe’s misery as a struggling writer, in a letter from July 1838 he wrote to ask a friend for a job in the navy, pleading for even “the most unimportant Clerkship in your gift—any thing, by sea or land—to relieve me from the miserable life of literary drudgery to which I now, with breaking heart, submit.” Quoted in Paul Erickson, “New Books, New Men: City-Mysteries Fiction, Authorship, and the Literary Market,”Early American Studies: An Interdisciplinary Journal, vol. 1, #1, spring 2003, p. 289.

81  Edgar Allan Poe, “The Philosophy of Composition,” Poe: Essays and Reviews, ed. G. R. Thompson, NY, The Library of America, 1984, p. 13, 15. For more on the relation of Poe’s stories to the effects of popular magic tricks, see Simon During, Modern Enchantments: The Cultural Power of Secular Magic, Cambridge (MA), Harvard UP, 2002.

82  Poe, “Edgar Allan Poe,” Essays and Reviews, p. 869.

83  Ibid., p. 873.

84  Terence Whalen, Edgar Allan Poe and the Masses: The Political Economy of Literature in Antebellum America, Princeton (NJ), Princeton UP, 1999, p. 7. Poe’s phrase is taken from a review of Dickens’ The Old Curiosity Shop, which appears in Essays and Reviews, p. 211.  

85  Whalen, Edgar Allan Poe and the Masses, p. 227.

86  Ibid., p. 243. This also echoes Thompson’s reading, where Poe promotes a specific ideology of reason so as to escape the two available models of society—the industrial North and the agrarian South—in favor of a postmodern projection of a single alienated mind. See Jon Thompson, Fiction, Crime, and Empire, op. cit.

87  Poe, “Edgar Allan Poe,” Essays and Reviews, p. 868.

88  Poe, “Marginalia,” Essays and Reviews, p. 1404. Emphasis added. It should be important to check which edition and translation of Sue’s Mysteries of Paris Poe read. On the different American translations, see the essay by Filippos Katsanos in this volume.

89  Poe, “Edgar Allan Poe,” Essays and Reviews, p. 873.

90  David Pike explains this tendency in his reading of The Mysteries of Paris, where, following Marx, he notes that the novel falters in that, while it appears to provide a solution to urban woes, Sue “embedded that solution so powerfully within the mechanics of identification with Rudolph and the other figures of mythic virtue.” Pike, Metropolis on the Styx, p. 190.

91  Edgar Allan Poe, “The Murders in the Rue Morgue,” The Murders in the Rue Morgue: The Dupin Stories, ed. Mathew Pearl, NY, The Modern Library, 2006, p. 19.

92  Edgar Allan Poe, “The Purloined Letter,” The Murders in the Rue Morgue: The Dupin Tales, NY, The Modern Library, 2006, p. 84.

93 Poe, “The Murders in the Rue Morgue,” p. 3.

94  Irwin, The Mystery to a Solution, p. 11.

95  Irwin, “Mysteries We Read, Mysteries of Reading,” p. 52.

96  Irwin, Mystery to a Solution, p. 1–2.

97  Irwin does provide an exhaustive reading of some of Poe’s potential contemporary sources, and thus incorporates the ongoing intellectual debates that animate his turn on analysis. However this remains at some distance from the mechanics of the stories and their relation to the more general reading public, with whom Poe was intensely concerned.  Irwin thereby neglects the extent to which the public might see itself reflected in Dupin’s attitude, as well as find some relief in his actions.

98  Edgar Allan Poe, “The Murders in the Rue Morgue,” p. 6.

99  Ibid., p. 35

100  Ibid., p. 6.

101  Ibid., p. 7 (emphasis added). Aristotle’s argument comes from Book II of De Anima.  See Aristotle, De Anima, with translation, introduction, and notes by Robert Drew Hicks, NY, Arno Press, 1976.

102  Poe, “The Purloined Letter,” p. 94. Emphasis original.

103  Max Horkheimer and Theodor W. Adorno, “The Concept of Enlightenment,” Dialectic of Enlightenment: Philosophical Fragments, ed. Gunzelin Schmid Noerr, trans. Edmund Jephcott, Stanford (CA), Stanford UP, 2002, p. 3. Such a view would seem clearly to apply to the Prefect, and his terming as “odd” anything beyond his immediate comprehension. Furthermore, standing against it would also seem to place Dupin in a clear legacy of counter-Enlightenment thinking, as this quote almost paraphrases the argument Vico makes against the universalizing ambitions of Cartesian geometry: “In the geometrical field, these deductive methods, these sorties, are excellent ways and means of demonstrating mathematical truths.  But, whenever the subject matter is unsuited to deductive treatment, the geometrical procedure may be a faulty and captious way of reasoning.  […] As a consequence, the principles of physics which are put forward as truths on the strength of geometrical method are not really truths, but wear the semblance of probability.  The method by which they were reached is that of geometry, but physical truths so elicited are not demonstrated as reliably as are geometrical axioms.  We are able to demonstrate geometrical axioms because we create them; were it possible for us to supply demonstrations of propositions of physics, we would be capable of creating them ex nihilo as well.” Giambattista Vico, On the Study Methods of Our Time, trans. Elio Gianturco, Ithaca and London, Cornell UP, 1990, p. 22–23.

104  Poe, “The Murders in the Rue Morgue,” p. 17.

105  Ibid., p. 17. Dupin builds a similar case against the authorities—the police and the media—in “The Mystery of Marie Rogêt,” and their use of ex parte logic. He ultimately concludes that their work demonstrates the “infinite series of mistakes which arise in the path of Reason through her propensity for seeking truth in detail.” Edgar Allan Poe, “The Mystery of Marie Rogêt,” The Murders in the Rue Morgue: The Dupin Stories, p. 82. Emphasis original.

106  Ibid., p. 17.

107  Horkheimer and Adorno, “The Concept of Enlightenment,” p. 20.

108  Poe, “Murders in the Rue Morgue,” p. 17.

109  This excerpt is quoted in Mathew Pearl’s introduction to The Murders in the Rue Morgue: The Dupin Tales, NY,  The Modern Library, 2006, p. xi. Emphasis added. Nancy Horowitz makes a similar point by comparing Dupin to the American philosopher Charles S. Peirce, noting that “There is a rather direct movement toward the mystical implicit in the sorts of questions that Poe and Peirce ask.  When prophetic dreams and intuition are included in the realm of experience from which new knowledge is generated, we are talking about epistemological possibilities which have a range far broader than usual.”  Nancy Horowitz, “The Body of the Detective Model,” The Sign of Three: Dupin, Holmes, Peirce, ed. Umberto Eco and Thomas A. Sebeok, Bloomington and Indianapolis, Indiana UP, 1983, p.196–197.

110  Poe, “The Purloined Letter,” p. 94. This, too, echoes Adorno and Horkheimer, and their objection to “the clean separation between science and poetry.” Horkheimer and Adorno, “The Concept of Enlightenment,” p. 12.

111  Edgar Allan Poe, “The Mystery of Marie Rogêt,”, p. 51. Emphasis added. Furthermore, Poe hammers on this contrast from the beginning, with a footnote to the title page which states: “Herein, under pretence of relating the fate of a Parisian grisette, the author has followed, in minute detail, the essential, while merely paralleling the inessential facts of the real murder of Mary Rogers. Thus all argument founded upon the fiction is applicable to the truth: and the investigation of the truth was the object.” p. 37.

112  Ibid., pp. 67-8. Emphasis original.

113  Horkheimer and Adorno, “The Concept of Enlightenment,” p. 33.

114  Poe, “The Mystery of Marie Rogêt,” footnote, p. 59

115  Ibid., p. 63.

116  Ibid., p. 63. Last emphasis in the original.

117  David Van Leer, “Detecting Truth: The World of the Dupin Tales,” New Essays on Poe’s Major Tales, ed. Kenneth Silverman, Cambridge: Cambridge UP, 1993, p. 82, 88.

118  Horkheimer and Adorno, “The Concept of Enlightenment,” p. 33, 21.

119  Michel de Certeau, “Walking in the City,” The Practice of Everyday Life, trans. Steven Rendall, Berkeley, University of California Press, 1988, p. 103.

120  Ibid., p. 105. Andrea Goulet has also recently drawn attention to the way in which Dupin dramatizes de Certeau’s approach to coercive space. As she writes: “Poe’s investigator thus cuts across the two categories of spatial practice Michel de Certeau distinguished in 1980: between an all-seeing, mastering ‘geometrical’ mind and an ordinary walker, Wandersmänner, who submits to imposed trajectories. Just as he sees ‘diagonally’ […] Dupin cuts diagonally across State regulations, using his influence with the Prefect of Police to gain admission to the scene of the crime, while butting heads with him over solution.” See Andrea Goulet, Legacies of the Rue Morgue: Science, Space, and Crime Fiction in France, Philadelphia, University of Pennsylvania Press, 2016, p. 5. I certainly agree with Goulet’s reading, but would only highlight further the effect of the gesture, as Dupin’s creative practice is noteworthy not only for solving the murder in question, but for the model it presents as a challenge to urban authority more broadly.

121  Michel de Certeau, “Walking in the City,” p. 106.

122  Poe, “The Murders in the Rue Morgue,” p. 7.

123  Ibid., p. 32.

124  Ibid., p. 17.

125  Ibid., p. 35.

126  Ibid., p. 34.

127  Michel de Certeau, “Walking in the City,” p. 105.

128  Knight, The Mysteries of the Cities, p. 8.

Pour citer ce document

Devin Fromm, «Les mystères d’une communauté perdue – Les enquêtes de Dupin, écologie politique d’une nouvelle Amérique», Médias 19 [En ligne], Publications, Catherine Nesci et Devin Fromm (dir.), American Mysterymania, mis à jour le : 28/03/2018, URL : http://www.medias19.org/index.php?id=24262.

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