"Terrorisme et littérature de la révolution industrielle à aujourd’hui", Vancouver, juin 2019

Annonce publiée le 7 septembre 2018

Atelier organisé par l'Association des professeur.e.s de français des universités et collèges canadiens (APFUCC), conjointement avec l’Association canadienne des études francophones du dix-neuvième siècle (ACÉF-XIX), dans le cadre du Congrès des Sciences humaines 2019, University of British Columbia, 1-4 juin 2019.

Atelier 5 : Terrorisme et littérature de la révolution industrielle à aujourd'hui

L’une des questions incontournables qui préside aux études sur le terrorisme est celle de savoir comment et pourquoi un être humain en arrive à considérer nécessaires, urgentes, essentielles, pour ne pas dire acceptables dans des conditions précises qui sont les siennes, des actions extrêmes, dont les conséquences irréversibles sont, par la nature même des actes en question, sanguinaires et destructrices. Répondre à cette question ne va évidemment pas de soi. Le terrorisme est un phénomène polymorphe, dont l’imprécision du terme même est lourdement polémique (le terroriste des uns est souvent le libérateur des autres, comme l’indique la formule), sans négliger le fait qu’il revêt des formes multiples autant dans la longue durée que dans des contextes différents à une même époque déterminée. Un anarchiste du XIXe siècle, un « nihiliste », un résistant au nazisme, un membre de l’I.R.A. provisoire, un militant des Tigres de la libération de l’Îllam tamoul, un acteur des Brigades rouges, un terroriste canadien adepte de l’État islamique, ou encore, un chef des milices indépendantistes de la Tchétchénie, ne partagent entre eux que le sombre titre de terroriste qui s’avère ici, comme souvent d’ailleurs, une épithète qui n’explique rien et qui, dès lors, camoufle avec peine une complexité qui ne peut se réduire à cette figure du mal qui hante de manière de plus en plus insistante l’imaginaire contemporain depuis bientôt deux siècles. 

Il ne reste pas moins qu’un pan important de l’imaginaire social occidental depuis la révolution industrielle se définit, en grande partie, par la terreur et par la peur (Boucher, David et Prévost, 2015). Cet atelier cherchera à s’interroger sur la représentation et sur l’imaginaire du terrorisme ainsi que sur les discours qui les sous-tendent, vaste domaine d’enquête qui se trouve au carrefour de l’analyse du discours, de la sociocritique, de la psychologie, de la sociologie de la déviance, de la géopolitique, des études religieuses, de l’histoire des idées et des mentalités. Car, en effet, le phénomène, tantôt rationalisé par ce que Bertrand Russell (1950) appelait ironiquement « la vertu supérieure de l’opprimé », tantôt réduit à la simple expression du « mal » ou de la « folie », ne comporte ni essence ni univocité : « Si 40 ans de recherche nous ont appris quelque chose, c’est qu’il n’y a pas une explication valable pour toutes les formes de terrorisme, pas plus qu’il n’existe une seule explication pour les membres qui appartiennent à un même groupe terroriste » (Bloom, 2009). Nous partirons donc de l’hypothèse que, si le terrorisme est certes un phénomène politique, il est encore et surtout un phénomène de représentation et de discours. Il attire, il fascine, il répugne, il fait image, il est matière à propagande et à argumentation. Il se justifie aussi et se propage selon diverses modalités esthétiques et rhétoriques. Le terrorisme fait la une de la presse, mais encore et surtout il devient roman, film et télésérie. Nombreuses sont les œuvres qui lui ont donné sinon légitimité, du moins forme et voix, de Vingt Mille Lieues sous les Mers à Plateforme, en passant, notamment, par le théâtre de Victorien Sardou et par Les Justes de Camus.

La question est ainsi ouverte : comment en arrive-t-on là, comment se convertit-on à la terreur et, surtout, comment les discours et les représentations rendent-ils compte et accompagnent-ils ces processus? De quelle mimesis, finalement, le terrorisme relève-t-il? C’est à ces questions que souhaite réfléchir cet atelier en ce qui concerne les cultures de langue française, du XIXe siècle à aujourd’hui. 

 

Bibliographie provisoire :

Anderson, Benedict, L’imaginaire national. Réflexions sur l’origine et l’essor du nationalisme, trad. de l’anglais, Paris, La Découverte, 2002 [1983].

Becker, Howard S., Outsiders. Études de sociologie de la déviance, trad. de l’américain, Paris Métailié, 1985 [1963]. 

Bloom, Mia « Chasing Butterflies and Rainbows : A Critique of Kruganski et al’s., ‘Fully Commited : Suicide Bombers’Motivation and Quest for Personnal Significance’», Political Psychology, Vol. 30, no 3, 2009.

Boltanski, Luc et Arnaud Esquerre, Vers l’extrême. Extension des domaines de la droite, Paris, Édition Dehors, 2014.

Borum, Randy, « Radicalization into Violent Extremism I : A Review of Social Science Theories », Journal of Strategic Security, Vol. 4, no4, Winter 2011.

Boucher, François-Emmanuël, Sylvain David et Maxime Prévost (dir.), Espionnage, complots, secrets d’État : l’imaginaire de la terreur, dossier paru dans Études littéraires, 46, 3 (automne 2015), p. 7-134. 

Bronner, Gérald, La Pensée extrême. Comment des hommes ordinaires deviennent des fanatiques, Paris, Denoël, 2009.

Davis, Mike, Buda’s Wagon. A brief History of the Car Bomb (2007), traduit en français par Petite histoire de la voiture piégée, Paris, Zones, 2007.

Foucault, Michel, Les Anormaux. Cours au Collège de France. 1974-1975, Paris, Gallimard / Le Seuil, 1999. 

Hobsbawm, Eric J., Les Primitifs de la révolte dans l’Europe moderne, trad. de l’anglais, Paris, Pluriel, 2012 [1959].

Khosrokhavar, Farhad, Radicalisation, Paris, EMSH, 2014.

McCauley, Clack et Sophia Moskalenko, « Mechanisms of Political Radicalization : Pathways toward Terrorism », Terrorism and Political Violence, Vol. 20, 2008.

Rigouste, Mathieu, L’Ennemi intérieur, Paris, La Découverte, 2011.

Roy, Olivier, Le Djihad et la mort, Paris, Seuil, 2016.

Russell, Bertrand, L’Autorité et l’individu, trad. de l’anglais, Sainte-Foy, Presse de l’Université Laval, 2008 [1949].

_______, «The Superior Virtue of the Oppressed», dans Unpopular Essays, Londres, Unwin Paperbacks, 1950, p. 69-75. 

Sageman, Marc, Undestanding Terror Networks (2004), traduit en français par Le Vrai visage des terroristes. Psychologie et sociologie des acteurs du Jihad, Paris, Denoël, 2005.

Silke, Andrew, « Courage in Dark Place : Reflections on Terrorist Psychology », Social Research, Vol. 71, no1, Spring 2004. 

Skinner, Quentin, Truth and the Historian (2010), traduit en français par La Vérité et l’histoire, Paris, Édition École des Hautes Études en Sciences Sociales.

Toscano, Alberto, Fanaticism: The Uses of an Idea (2010), traduit en français par Le Fanatisme. Mode d’emploi, Paris, Édition La Fabrique.

 

Responsables de l’atelier :

François-Emmanuël Boucher

Collège militaire royal du Canada

boucher-f@rmc.ca

 

Maxime Prévost

Univeristé d’Ottawa

Maxime.Prevost@uOttawa.ca

 

Date limite pour l’envoi des propositions (250-300 mots) : le 5 janvier 2019

Les personnes ayant soumis une proposition de communication recevront un message des organisateurs de l’atelier avant le 20 janvier 2019 les informant de leur décision. L’adhésion à l’APFUCC ou à l’ACÉF-XIX est requise pour participer à cet atelier conjoint. Il est également d’usage de régler les frais de participation au Congrès des Sciences humaines ainsi que les frais de conférence de l’APFUCC ou de l’ACÉF-XIX. Ils doivent être réglés avant le 31 mars 2019 pour bénéficier des tarifs préférentiels. La date limite pour régler les frais de conférence et l’adhésion est le 15 avril 2019. Passé cette date, le titre de votre communication sera retiré du programme de l’APFUCC.

Vous ne pouvez soumettre qu’une seule proposition de communication pour le colloque de 2019. Toutes les communications doivent être présentées en français pour l’APFUCC, en personne, même dans le cas d’une collaboration.