Reportages

Séverine et le reportage social

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ESTELLE GRATTON

Née sous le nom de Caroline Rémy (1855-1929), Séverine se forme en journalisme sous la tutelle de Jules Vallès (l’auteur du reportage « Au fond d’une mine », que nous rééditons dans la présente anthologie) et collabore à plusieurs grands journaux de l’époque, comme Le Gaulois, Le journal et L’écho de Paris, et dirige Le cri du peuple de 1885 à 1888. Par la suite, elle collabore à La Fronde, un journal quotidien dirigé et administré uniquement par des femmes.

Ne cachant pas son engagement dans des causes sociales et féministes, Séverine publie de nombreux articles qui visent à défendre le droit des ouvriers et des femmes. Dans la lignée du journalisme de terrain inauguré par son mentor, elle se déplace sur les lieux et se pose en témoin des événements au sein de ses reportages. Selon elle, faire un reportage fiable et véridique exige une immersion dans le réel et un « sensualisme » actif, la clé pour s’approcher au plus près de la vérité. Le corps lui-même, un corps de femme présenté comme sensible, est un véritable outil de travail et d’enregistrement, selon Sévérine.

Séverine n’hésite pas prendre le couvert de l’anonymat pour éviter la « besogne officielle [des reporters] ; ce qui, sans diminuer son intérêt, la frappe souvent de stérilité1. » Ainsi, elle préfère ne pas être étiquetée par sa profession, mais plonger dans les événements pour montrer à ses lecteurs ce que la version officielle laisse parfois de côté, comme elle l’écrit dans « Les casseuses de sucre » : « l’idéal serait de passer ignoré, anonyme, si semblable à tous que nul ne vous soupçonnât ; si mêlé à la foule, si près de son cœur qu’on sentit vraiment battre, rien qu’à poser la main sur sa propre poitrine... flot incorporé dans l’Océan, haleine confondue dans le grand souffle humain! »

Les reportages « Au pays noir » (publié dans Le Gaulois en 1890) et « Les casseuses de sucre » (publié dans Le journal en 1892), dont nous donnons ici des extraits, représentent cet engagement social de la reporter et cette volonté de s’approcher autant que possible de la vérité et de l’expérience vécue.  

« Au pays noir », Le Gaulois, 1er août 1890

Le soir du 29 juillet 1890, une explosion de grisou dans le puits Pélissier à St-Étienne fait plus d’une centaine de morts. Les explosions dans les mines se produisent fréquemment à l’époque, mais cette explosion est l’une des plus meurtrières. Des reporters se rendent sur place pour assister aux funérailles de 90 mineurs tués dans l’explosion. Envoyée spéciale pour Le Gaulois, Séverine se mêle aux familles en deuil et récolte des dons lors de cette cérémonie. Le lendemain des funérailles, elle descend dans le puits Pélissier pour rendre compte des conditions de travail des ouvriers et des traces encore fraiches du drame. « Au pays noir » se divise en deux livraisons, intitulées « Les 90 cercueils » et « La descente aux enfers » (elle reprend la topique infernale chère à Vallès dans son reportage de 1866).

 « Les casseuses de sucres », publié dans le Journal le 28 septembre 1892, contient également toute la vigueur stylistique et l’engagement social propres à Séverine. La reporter se glisse entre les rangs d’ouvrières en grève pour témoigner de leur situation et les défendre devant l’opinion publique.

« Les casseuses de sucre », Le Journal, 28 septembre 1892

Au pays noir [extraits]

 « La Catastrophe de St-Étienne », 30 juillet 1890. « S. » signe un court article sur l’explosion dans le puits Pélissier et les efforts des secours dans Le Gaulois en deuxième page.

 « À St-Étienne », 31 juillet 1890. Séverine est officiellement mandatée comme envoyée spéciale du Gaulois pour aller à St-Étienne. Elle est également mandatée par le duc de Doudeauville pour aller distribuer une donation de 1000 francs aux veuves et aux orphelins des victimes.

« Au pays noir– Les 90 cercueils », 1er août 1890. Séverine raconte son arrivée à St-Étienne, les funérailles de 90 mineurs, les donations qu’elle a faites aux veuves, la colère des familles endeuillées et la discrétion des officiels.

« Au pays noir– La descente aux enfers », 2 août 1890. Séverine descend dans le puits Pélissier et y décrit les conditions de travail exécrables des mineurs.

Les casseuses de sucre

« Les casseuses de sucre », 28 septembre 1892. Séverine se glisse dans la peau d’une ouvrière en quête de travail pour côtoyer les ouvrières en grève, aller dans les usines et témoigner de leurs conditions de travail.

Notes

1  Séverine. En marche..., Paris, B. Simonis Empis éditeur, 1896, p. 27.

Pour citer ce document

Estelle Gratton, « Séverine et le reportage social », Médias 19 [En ligne], Dossier publié en 2022, Mise à jour le : , URL: https://www.medias19.org/textes-du-19e-siecle/anthologies/reportages/severine-et-le-reportage-social