Médias 19 http://www.medias19.org Médias 19 est un site web consacré au journalisme du 19e siècle et à l’histoire médiatique. Il propose des éditions critiques de textes du 19e siècle médiatique, des dossiers thématiques composés d’articles scientifiques et des notices biographiques de journalistes. fr Introduction : American Mysterymania http://www.medias19.org/index.php?id=23808 Les études réunies dans ce volume, intitulé American Mysterymania, représentent les versions, remaniées pour la plupart, des communications faites à l’Université de Californie à Santa Barbara en février 2014. Inscrit dans le cycle de recherches sur les mystères urbains menées par le Centre RIRRA21 de l’Université Paul Valéry-Montpellier 3 et soutenues par Medias19, notre colloque nord-américain s’interrogeait sur les traductions, adaptations et prolongements, dans le contexte états-unien, des Mystères de Paris d’Eugène Sue, à savoir une fiction actualiste fondée sur un modèle d’investigation des réalités urbaines modernes et des problèmes éthiques, sociaux, politiques et économiques qu’engendrent, dès les années 1840, l’essor du capitalisme et les avancées technologiques. Dans les décennies 1820-1840, les imaginaires collectifs des pays en voie d’industrialisation et d’urbanisation accélérées sont hantés par les mutations sociales, la difficulté à cerner les statuts et les identités, l’extrême pauvreté d’une partie croissante de la population et la criminalité. Ces hantises ou ces inquiétudes s’expriment à travers plusieurs phénomènes socioculturels : « les adaptations urbaines de l’inspiration gothique, l’omniprésence de la question pénitentiaire et pénale, la fascination pour le criminel, le policier et les figures de l’ombre1 ». Le feuilleton des Mystères de Paris, qui paraît dans Le Journal des débats entre le 19 juin 1842 et le 15 octobre 1843, invente alors un paradigme mer., 11 avril 2018 00:00:00 -0400 http://www.medias19.org/index.php?id=23808 Greenhorns and She-Devils – George Foster on Prostitution in Mid-Nineteenth-Century New York http://www.medias19.org/index.php?id=24265 In the 1930s and 1940s, the photo-reporter known as Weegee followed emergency services through Manhattan and the Lower East Side, taking snapshots of murder victims, car accidents, police arrests, cross-dressing men and couples locked in tight embraces. His photographs appeared in daily newspapers such as the Daily News, the Herald Tribune and the New York Post, giving readers access to the forbidden world of crime, sex, and violence. Weegee’s images of the New York underworld have cemented his reputation as a pioneer in the genre of urban photography; but he is less often viewed as a modern avatar of the nineteenth-century tradition of “city mysteries.” A century before Weegee, another “nightcrawler,” armed not with a 4⨯5 “Speed Graphic” camera and an ample provision of flashbulbs, but with a sharp eye, reported on the most scandalous aspects of New York nightlife for the popular press. George Foster’s sketches of life in New York, New York in Slices, by an Experienced Carver, and New York by Gas-Light, With Here or There a Streak of Sunshine, respectively published in 1849 and 1850, provided a vivid glimpse into the lives of criminals, gamblers, thieves and prostitutes in the mid-nineteenth century city. These essays, originally written as “city items” for the New York Tribune, exposed “the festivities of prostitution, the orgies of pauperism, the haunts of theft and murder, the scenes of drunkenness and beastly debauch, and all the sad realities that go to make up the lowe mer., 11 avril 2018 00:00:00 -0400 http://www.medias19.org/index.php?id=24265 « Illustre-nous tout, Darley ». Cadre médiatique et idéologie raciale dans La Ville Quaker de George Lippard http://www.medias19.org/index.php?id=23823 Le 27 mars 1845, après une interruption de près de quatre mois, le prolifique George Lippard publie le cinquième des dix épisodes de son roman-feuilleton, The Quaker City; or, The Monks of Monk Hall [La Ville Quaker, ou les Moines de Monk-Hall]. L’épisode se conclut par un paragraphe d’une soixantaine de lignes dans lequel Lippard s’attaque à l’un des illustrateurs du livre, F.O.C. Darley, qui est en passe de devenir l’illustrateur vedette de l’Amérique. « Illustre-nous la scène, Darley », raille le narrateur : « taille ton crayon et choisis la plus belle feuille de bristol que tu aies. Voilà une étude digne de ton génie »1. Le narrateur veut que soient dessinés Punaise-du-Diable (Devil-Bug), le gardien de cet antre du vice et du péché qu’est Monk-Hall, aux côtés de ses deux sbires, Mustique et Vers-Luisant. La scène regorge de précisions concernant l’origine raciale des personnages, du « profil hideux [de Mustique], avec son front dégarni, son nez plat, sa bouche grande ouverte, les lèvres jointes en un point près du nez, bifurquant vers un menton aiguisé proéminent » aux « sourcils touffus, […] nez plat aux larges narines, […] menton pointu, couvert d’une barbe broussailleuse aux poils raides » d’un Bête-du-Diable « basané » (Quaker City, no 5, p. 253, 248). Assistant Darley dans sa tâche, le narrateur de Lippard fournit un certain nombre d’indications relatives au point de vue, à la source de la lumière, à l’orientation des corps et au placement des objets. « Illustre-moi sam., 31 mars 2018 00:00:00 -0400 http://www.medias19.org/index.php?id=23823 « L’Amérique envahit la France ». Les épigones de Nick Carter et la redéfinition de l’imaginaire criminel urbain à la Belle Époque http://www.medias19.org/index.php?id=23828 Dans son Atlas du roman européen, Franco Moretti postule que, dans les rapports de force culturels qu’engendre la circulation internationale des œuvres, nous aurions glissé d’une domination française à une domination américaine1. Selon les ouvrages, on situe la montée en puissance des productions culturelles américaines dans l’entre-deux-guerres ou même au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, sous l’effet du Plan Marshall. Pourtant, l’Histoire du récit criminel met en évidence un moment antérieur dans ce rapport de force culturel, quand Eichler importe en Europe les dime novels américains de la maison Street and Smith. En ces toutes premières années du XXe siècle, face au déferlement des aventures du détective américain Nick Carter, Paris voit contestée la domination culturelle qui était la sienne. Et quand bien même cette flambée américaine était appelée à rester de courte durée, elle initie les mutations des imaginaires au XXe siècle. Ce sont les prémisses du  passage de relais entre l’héritage de la ville d’Eugène Sue et des mystères urbains d’une part, et la cité américanisée de Nick Carter que je voudrais aborder ici.La déferlante européenne des récits de détectivesIl convient de rappeler les étapes de l’arrivée de Nick Carter en France pour prendre la mesure de son importance dans l’histoire des imaginaires. D’abord, comme il se doit pour toutes les invasions du territoire français, les Allemands ont leur part. Tout débute en effet en 1904, quand Alwin Eichler, un é sam., 31 mars 2018 00:00:00 -0400 http://www.medias19.org/index.php?id=23828 Fantasmes de lecture dans Les Mystères de Paris d’Eugène Sue http://www.medias19.org/index.php?id=23815 Dans sa biographie de Sue et son introduction aux Mystères de Paris, Jean-Louis Bory déclare que le roman est le produit d’une collaboration entre son auteur et ses correspondants de la classe ouvrière; et selon lui, un tel effort conjoint aurait nourri, voire provoqué la Révolution de février 1848. À la suite de Bory, les chercheurs ont essayé de déterminer en quoi le roman peut être perçu comme une œuvre collaborative et dans quelle mesure on peut lui accorder d’avoir déclenché le grand soulèvement populaire1. La caractérisation que Bory établit du lectorat des Mystères et de son potentiel politique est à l’origine d’importantes études, telles celles de Louis Chevalier, Umberto Eco et Peter Brooks. Plus récemment, des chercheurs, en particulier Brynja Svane et Christopher Prendergast, ont examiné les données de la réception de plus près et ont remis en question l’identification des correspondants de Sue avec la classe ouvrière ou les couches populaires. Prendergast, notamment, se montre sceptique quant à la possibilité d’établir une relation causale directe entre le roman et les soulèvements de 1848. Inversement, d’autres chercheurs (dont Jean-Pierre Galvan, Judith Lyon-Caen, et dans une certaine mesure Claire Parfait) défendent la thèse selon laquelle cette association par-delà les frontières de classes a joué un rôle majeur dans la production du roman. Galvan et Dominique Jullien, parmi d’autres, continuent à mettre en avant le lien existant entre Les Mystères de Paris et mer., 28 mars 2018 00:00:00 -0400 http://www.medias19.org/index.php?id=23815 La révolution queer. Les Mystères de La Nouvelle-Orléans et leur cadre caribéen chez Ned Buntline et Ludwig von Reizenstein http://www.medias19.org/index.php?id=23821 The Mysteries and Miseries of New Orleans [Les Mystères et Misères de La Nouvelle-Orléans], de Ned Buntline (1851) et Die Geheimnisse Von New-Orleans1 [Les Mystères de La Nouvelle-Orléans] de Ludwig Von Reizenstein sont deux mystères urbains qui mettent en œuvre les relations de « la ville croissant » avec les Caraïbes, l’héritage de l’esclavage et la révolution haïtienne qui ont marqué l’histoire de cette région2. Les deux textes ébauchent ce que Fredric Jameson nommera plus tard une « cartographie cognitive » : les deux récits partent de l’espace urbain de La Nouvelle-Orléans pour cartographier de nombreuses connexions à travers les États-Unis et la région des Caraïbes. Ce faisant, ils mettent en scène et en fiction les coordonnées d’un système impérialiste états-unien que le texte soutient, dans le cas de Buntline, ou critique, comme le fait Reizenstein3. Ces mystères urbains dessinent un espace que les études culturelles explorent rarement aux É.-U., et suscitent deux questions essentielles. Quelle figuration la littérature non canonique du dix-neuvième siècle, diffusée dans l’espace états-unien, offre-t-elle des Caraïbes comme espace socioculturel ? Dans quelle mesure cette région, hantée par le spectre omniprésent d’Haïti, a-t-elle inspiré des visions de changement social aux États-Unis ? Nous verrons que ces mystères urbains nouent des liens implicites entre la menace d’une révolte noire, la fluidité raciale et ethnique spécifique à La Nouvelle-Orléans et la transforma mer., 28 mars 2018 00:00:00 -0400 http://www.medias19.org/index.php?id=23821 Les mystères d’une communauté perdue – Les enquêtes de Dupin, écologie politique d’une nouvelle Amérique http://www.medias19.org/index.php?id=24262 Les mystères d’une communauté perdueLe détective amateur et chevalier Auguste Dupin apparaît pour la première fois en 1841 et a engendré depuis nombre de réactions1. Les critiques se sont surtout concentrés sur la manière dont Dupin représente la raison conquérante. Joseph Wood Krutch rend compte de cette vision classique de Dupin lorsqu’il le décrit comme « the perfect solver of riddles by the employment of infallible reason »2. Récemment, les chercheurs ont toutefois élargi cette vision en prenant en compte la complexité des romans policiers et leur manière d’aborder les mystères. Jon Thompson suggère ainsi que les histoires de Poe se concentrent moins sur le pouvoir éclairant de la raison, et représentent plutôt un imaginaire rationnel spécifique, certes lié à l’ascendant empirique de l’époque, mais divergeant d’un tel empirisme. Les contes de Dupin, dans ce cas, deviennent de nostalgiques idées folles dans lesquelles il est possible de « embody a consciousness specific to the age of intense “scientific” investigation in which knowledge is power in radically new senses, without sacrificing older traditions of exclusivity »3. D’autres critiques en sont venus à voir Poe comme un exemple de découverte métaphysique, au sein de laquelle le détective s’éloigne d’une certitude épistémologique pour embrasser un doute ontologique et, dans cet esprit, John Irwin avance que les romans policiers de Poe s’éloignent en réalité de la raison, puisque « the analytic solution of a mystery a mer., 28 mars 2018 00:00:00 -0400 http://www.medias19.org/index.php?id=24262 When America Flunked Democracy: City-Mystery Origins of Political Gridlock http://www.medias19.org/index.php?id=23825 Blanchard Jerrold and Gustave Doré’s illustrated book, London: A Pilgrimage, appeared in 1872, by which point readers would have been completely familiar with the concepts of London Labour and the London Poor, to name Henry Mayhew’s long running series.  Jerrold and Doré did not disappoint.  In chapter xiv, “Work-a-Day London,” Jerrold concluded,The massing of the poor – the density increasing with the poverty – is at the root of the evils which afflict most of the great cities of Europe.  It is the striking and affecting feature of London especially, where in the lanes and alleys the houses are so full of children that, to use a wit’s illustration, you can hardly shut the street-door for them. In the poorest of London districts the men, women, and children appear, on entering, to have abandoned all hope. There is a desperate, ferocious levity in the air: and the thin, wan, woe-begone faces laugh and jeer at you as you pass by.1By that time—the early 1870s—these observations were autopilot stereotypes that readers would have heard hundreds or thousands of times in the course of discussing London as the “city of the future.” Doré had become famous in England in part because of his illustrations of the English-language Bible in 1865 [Figures 1-3], with drawings like these [Figures 4-5]. Doré, only forty when the book appeared, obliged the public with skillful if predictable images of London the infernal.Figure 1 : Gustave Doré, Cain Slays Abel. In The Holy Bible with Illustrati mar., 27 mars 2018 00:00:00 -0400 http://www.medias19.org/index.php?id=23825 Tall Tale: The Mysteries of Ideology in Mark Helprin’s Winter’s Tale http://www.medias19.org/index.php?id=23827 According to Fredric Jameson, if realism is to be defined by the narrative impulse towards a “scenic present”, it only becomes so by “a ceaseless muffled battle against the structure of melodrama by which it is ceaselessly menaced1”. The “Urban Mysteries” seems to be a case in point. They certainly illustrate Jameson’s dialectical opposition, showing it at its most spectacular. On one hand, they explicitly deal with the contemporary social realities of modern urban life and never cease claiming that their representations have documentary value, based as they are on observation and inquiry. Buntline’s subtitle for Mysteries and Miseries of New York (1847–49) is, insistently, a “story of the real life”, written in the “ink of truth” belonging more to “history” than “romance”, as he points out tirelessly in his introduction2.  Of course, so many novels have played this trick before that we cannot help hearing this kind of affirmation as, precisely, an invitation to fiction. And indeed, the Mysteries’ gritty take on reality is famously balanced by very little regard for verisimilitude: the Urban Mysteries genre unfurls its topical figures, and by-numbers twists, in a fashion that is more reminiscent of “Romance” and “Melodrama” – these very impulses that Realism had to fight to exist in its own right.  It could even be argued that it is precisely these melodramatic elements that came to define the Urban Mysteries genre, more than any down-to-earth engagement with realism, and som mar., 27 mars 2018 00:00:00 -0400 http://www.medias19.org/index.php?id=23827 The Informal History of Herbert Asbury’s Underworld http://www.medias19.org/index.php?id=23829 Most of the authors who wrote urban mysteries content themselves with a unique city. Sue did not try to extend his vision of the Parisian underworld to other cities, Reynolds was happy with London, and Ned Buntline with New York. Apparently, these metropolises, with all their vices, their crimes, and their low life, gave them enough to deal with.  Herbert Asbury appears as an exception: his literary hunger pushed him to describe no less than four cities. Beginning with New York in 1928, he also devoted studies to San Francisco (1933), New Orleans (1936), and Chicago (1940) [Figures 1-3]1. If these books are not “urban mysteries” strictly speaking, they offer long and detailed descriptions of a city underworld and aspire to form a series, clearly identified with a common subtitle: “an informal history of the XX underworld”. The great success of Martin Scorcese’s 2002 movie Gangs of New York, based on Asbury’s first informal history, has led publishers to rename all the books of the series “the Gangs of…”. Asbury, however, gave different and specific titles to each book, and only gathered them together around a shared goal – the description of the underworld – and a same generic title: an informal history of. They constitute, according to Perry R. Duis, “our greatest compendium of information about American urban lowlife”2. In this short essay I would like to present briefly Asbury’s project and to discuss whether, or not, it belongs to the genre of the urban mysteries that sta lun., 26 mars 2018 00:00:00 -0400 http://www.medias19.org/index.php?id=23829