Médias 19 http://www.medias19.org Médias 19 est un site web consacré au journalisme du 19e siècle et à l’histoire médiatique. Il propose des éditions critiques de textes du 19e siècle médiatique, des dossiers thématiques composés d’articles scientifiques et des notices biographiques de journalistes. fr Les Mystères de Paris aux États-Unis en 1843 : la traduction comme champ de bataille entre anciens et nouveaux venus de l’édition américaine http://www.medias19.org/index.php?id=23813 Les Mystères de Paris aux États-Unis, tout comme en France ou dans d’autres pays d’Europe, ont été publiés dans un contexte historique de mutations profondes dans la culture de l’imprimé. Grâce aux progrès dans les techniques d’impression, de nouveaux acteurs et de nouveaux lectorats ont émergé au sein du marché éditorial. Dans un article intitulé « L’esprit de 1842 » et publié dans un hebdomadaire américain, ces évolutions étaient décrites de la façon suivante :L’autre fait important de notre histoire locale est à chercher dans les mutations que connaît la presse. Les journaux sont soudainement devenus des livres. Ce ne sont plus des miroirs du temps qui passe ni des catalogues d’événements, mais des romanciers, des poètes et des philosophes. Les ouvrages de théâtre, d’histoire et de science sont désormais imprimés avec le même faible coût et la même rapidité que la presse à un sou. L’année restera certainement célèbre comme un grand exploit dans l’histoire de la littérature et de l’éducation de notre pays : la philosophie, la science et la fiction peuvent maintenant s’introduire dans le foyer du plus pauvre et voyager jusqu’aux cabanes les plus isolées de nos campagnes. Elles peuvent maintenant toucher le peuple tout entier, instruire, divertir et susciter l’enthousiasme de tous. Le savoir, libéré de son luxurieux et inaccessible palais, suit maintenant les hommes dans la rue. Chaque marchand de journaux est une bibliothèque et crie dans les oreilles de chacun le jargon de dim., 21 janv. 2018 00:00:00 -0500 http://www.medias19.org/index.php?id=23813 Journalisme et littérature en Belgique francophone : bilan et perspectives http://www.medias19.org/index.php?id=15540 Face au nombre croissant de recherches menées depuis quelques années sur les rapports entre presse et littérature dans le domaine français1, force est de constater que l’histoire littéraire belge a pris quelque retard. Certes, la presse belge a fait l’objet d’inventaires précis et variés2, et la « petite presse » du XIXe siècle a notamment été étudiée en profondeur par les historiens John Bartier et Francis Sartorius3. Mais la plupart des rédacteurs des petits journaux de l’époque, souvent éphémères, étaient des réfugiés français du second Empire et Charles De Coster est le seul écrivain belge dont l’œuvre journalistique est bien connue4. Quelques travaux complètent l’information pour ce qui est de Georges Eekhoud5, Émile Verhaeren6, Georges Rodenbach7 ou, très partiellement, Camille Lemonnier8. Ils sont, disons-le tout net, factuels et souvent marqués par la hiérarchie traditionnelle des genres. Pour la période suivante, Arnaud Huftier a souligné la relation ambivalente que Jean Ray noue avec son alter ego John Flanders, auteur de nombreuses chroniques dans la presse9. Pierre Van den Dungen a étudié quelques femmes de lettres au tournant du siècle10 et Vanessa Gemis complète l’information par un chapitre de sa thèse consacré aux femmes journalistes actives entre 1880 et 194011. Au XXe siècle, seul Georges Simenon a fait l’objet de travaux quasi exhaustifs12, alors que Robert Poulet et Marie Delcourt ont vu leur production journalistique partiellement détaillée ou rééditée13. mer., 17 janv. 2018 00:00:00 -0500 http://www.medias19.org/index.php?id=15540 Cadres urbains – Les mystères américains, du film noir au steampunk http://www.medias19.org/index.php?id=23830 [également disponible en anglais]« C’est une grande ville, belle et terrible. Essayez donc de m’y trouver! »(Willie Garzah dans The Naked City [La Cité sans voiles, 1948])Ce chapitre examine les tropes caractéristiques des romans de mystères urbains au dix-neuvième siècle et leurs transpositions dans l’Amérique de la seconde moitié du vingtième siècle jusqu’à nos jours1. L’enquête porte sur les variations des cadres temporels et des décors urbains que mettent en œuvre les genres de la culture populaire, du film noir d’après-guerre (des années 1940 aux années 1960) jusqu’aux mystères steampunk qui offrent une vision alternative de l’histoire (des années 2000 jusqu’à nos jours), en passant par le film noir futuriste (des années 1980 aux années 2000). Dans un premier temps, je reviendrai sur la trajectoire de la ville ténébreuse que mettent en scène le film noir, puis le futur noir, trajectoire que j’ai retracée dans le troisième chapitre de mon ouvrage Metropolis on the Styx2. Dans le film noir classique, le recours à l’iconographie mythique de la ville en ruines et de ses habitants déchus et amoraux remet en question l’idéologie dominante, dans les années d’après-guerre, de la prospérité et de la domesticité. Le film noir futuriste qu’inaugure le Los Angeles dystopique de 2019 mis en scène dans l’exemplaire Blade Runner (1982), et dont la trilogie Matrix (1999–2003) des Wachowski offre l’incarnation parfaite, utilise quant à lui la ville-archétype du genre noir pour en faire l mar., 16 janv. 2018 00:00:00 -0500 http://www.medias19.org/index.php?id=23830 Tall Tale: The Mysteries of Ideology in Mark Helprin’s Winter’s Tale http://www.medias19.org/index.php?id=23833 According to Fredric Jameson, if realism is to be defined by the narrative impulse towards a “scenic present”, it only becomes so by “a ceaseless muffled battle against the structure of melodrama by which it is ceaselessly menaced1”. The “Urban Mysteries” seems to be a case in point. They certainly illustrate Jameson’s dialectical opposition, showing it at its most spectacular. On one hand, they explicitly deal with the contemporary social realities of modern urban life and never cease claiming that their representations have documentary value, based as they are on observation and inquiry. Buntline’s subtitle for Mysteries and Miseries of New York, (1847–49) is, insistently, a “story of the real life”, written in the “ink of truth” belonging more to “history” than “romance”, as he points out tirelessly in his introduction2.  Of course, so many novels have played this trick before that this kind of affirmation that we cannot help hearing this as, precisely, an invitation to fiction. And indeed, the Mysteries’ gritty take on reality is famously balanced by very little regard for verisimilitude: the Urban Mysteries genre unfurls its topical figures, and by-numbers twists, in a fashion that is more reminiscent of “Romance” and “Melodrama” – these very impulses that Realism had to fight to exist in its own right.  It could even be argued that it is precisely these melodramatic elements that came to define the Urban Mysteries genre, more than any down-to-earth engagement with reali mar., 16 janv. 2018 00:00:00 -0500 http://www.medias19.org/index.php?id=23833 Les mystères de New York : histoire d’un fécond malentendu franco-américain http://www.medias19.org/index.php?id=23812 « Le célèbre écrivain [Sue] aurait-il conçu l’idée de retracer les Mystères du Nouveau-Monde à l’ancien? Voudrait-il esquisser les chourineurs, les Bras-Rouge ou les Goualeuses de New York?... Qu’il vienne, et il trouvera ample matière pour ses observations1. ». Cette rumeur de la venue de Sue à New York, qui court les États-Unis en 1843, rend perceptible le succès sans précédent qui entoure la parution des Mystères de Paris en France et dans le monde. Les contemporains parlent à juste titre de mysterymania2 pour désigner le phénomène significatif de reprise – traduction, adaptation, parodie, transmédialité, interfictionnalité, multiédition, dérivation de produits – qui fait des Mystères de Paris une incroyable matrice propre à se développer dans tous les espaces de la société en France et dans le monde. En effet, Les Mystères de Paris se diffusent internationalement selon trois modes qui se confondent plus qu’ils ne se succèdent. Le roman circule en français sous la forme physique du Journal des débats, des éditions Gosselin, des contrefaçons promptement fabriquées. Aux États-Unis, la propagation des Mystères de Paris se fait d’abord en français par l’intermédiaire du Courrier des États-Unis qui dès février 1843 crée à cet effet un supplément hebdomadaire, La Semaine littéraire3[Figure 1]. Parallèlement, des traductions sont lancées parfois avant même que la publication du roman en feuilleton en France ne soit achevée. Durant l’ensemble du XIXe siècle, on compte ainsi au moi lun., 15 janv. 2018 00:00:00 -0500 http://www.medias19.org/index.php?id=23812 Argot, flash et slang : ordres indiciels dans les Mystères de Paris et de New York (Eugène Sue, Ned Buntline, Jules Lermina) http://www.medias19.org/index.php?id=23814 L’apparition au dix-neuvième siècle, en France et aux États-Unis, de l’argot, du « flash » et du « slang » dans le genre des « mystères » urbains semble des plus pertinentes, puisque le succès de ce genre repose précisément sur le corrompu, le vulgaire et le populaire.La manière dont les écrivains utilisent ce type de langage indexe une certaine réalité sociale et morale de l’époque, à savoir celle des classes dangereuses, terme ambigu qui fait référence à un mélange d’individus appartenant aux couches inférieures de la société, tels les criminels et les ouvriers1. Comme l’historien Dominique Kalifa l’a montré dans le cas des bas-fonds – « lieu » sombre et souterrain qui existe dans la réalité, bien que les contours en soient mal définis, comme ils le sont dans l’imaginaire social –, ces individus dangereux habitent la ville et nourrissent également la peur bourgeoise d’une contamination sociale et morale2. Le contrôle que les couches supérieures maintenaient sur des domaines formellement réservés aux privilégiés – telle la littérature – se voit menacé non seulement par la peur de corps envahissant physiquement leur espace, mais aussi par l’invasion des représentations des classes dangereuses dans les espaces artistiques et intellectuels. C’est surtout au dix-neuvième siècle que l’argot et son équivalent anglophone, le « slang », se frayent un chemin vers la fiction, les ouvrages de référence, les pièces de théâtre et les chansons populaires, à la fois en France et aux États- lun., 15 janv. 2018 00:00:00 -0500 http://www.medias19.org/index.php?id=23814 La révolution queer - Les mystères de La Nouvelle-Orléans et leur cadre caribéen chez Ned Buntline et Ludwig von Reizenstein http://www.medias19.org/index.php?id=23821 The Mysteries and Miseries of New Orleans [Les Mystères et Misères de La Nouvelle-Orléans], de Ned Buntline (1851) et Die Geheimnisse Von New-Orleans1 [Les Mystères de La Nouvelle-Orléans] de Ludwig Von Reizenstein sont deux mystères urbains qui mettent en œuvre les relations de « la ville croissant » avec les Caraïbes, l’héritage de l’esclavage et la révolution haïtienne qui ont marqué l’histoire de cette région2. Les deux textes ébauchent ce que Fredric Jameson nommera plus tard une « cartographie cognitive » : les deux récits partent de l’espace urbain de La Nouvelle-Orléans pour cartographier de nombreuses connexions à travers les États-Unis et la région des Caraïbes. Ce faisant, ils mettent en scène et en fiction les coordonnées d’un système impérialiste états-unien que le texte soutient, dans le cas de Buntline, ou critique, comme le fait Reizenstein3. Ces mystères urbains dessinent un espace que les études culturelles explorent rarement aux É.-U., et suscitent deux questions essentielles. Quelle figuration la littérature non canonique du dix-neuvième siècle, diffusée dans l’espace états-unien, offre-t-elle des Caraïbes comme espace socioculturel ? Dans quelle mesure cette région, hantée par le spectre omniprésent d’Haïti, a-t-elle inspiré des visions de changement social aux États-Unis ? Nous verrons que ces mystères urbains nouent des liens implicites entre la menace d’une révolte noire, la fluidité raciale et ethnique spécifique à La Nouvelle-Orléans et la transforma lun., 15 janv. 2018 00:00:00 -0500 http://www.medias19.org/index.php?id=23821 « L’Amérique envahit la France » – Les épigones de Nick Carter et la redéfinition de l’imaginaire criminel urbain à la Belle Époque http://www.medias19.org/index.php?id=23828 Dans son Atlas du roman européen, Franco Moretti postule que, dans les rapports de force culturels qu’engendre la circulation internationale des œuvres, nous aurions glissé d’une domination française à une domination américaine1. Selon les ouvrages, on situe la montée en puissance des productions culturelles américaines dans l’entre-deux-guerres ou même au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, sous l’effet du Plan Marshall. Pourtant, l’Histoire du récit criminel met en évidence un moment antérieur dans ce rapport de force culturel, quand Eichler importe en Europe les dime novels américains de la maison Francis Scott Street et Francis Shubael Smith. En ces toutes premières années du XXe siècle, face au déferlement des aventures du détective américain Nick Carter, Paris voit contestée la domination culturelle qui était la sienne. Et quand bien même cette flambée américaine était appelée à rester de courte durée, elle initie les mutations des imaginaires au XXe siècle. Ce sont les prémisses du  passage de relais entre l’héritage de la ville d’Eugène Sue et des mystères urbains d’une part, et la cité américanisée de Nick Carter que je voudrais aborder ici.La déferlante européenne des récits de détectivesIl convient de rappeler les étapes de l’arrivée de Nick Carter en France pour prendre la mesure de son importance dans l’histoire des imaginaires. D’abord, comme il se doit pour toutes les invasions du territoire français, les Allemands ont leur part. Tout débute en effet en 19 lun., 15 janv. 2018 00:00:00 -0500 http://www.medias19.org/index.php?id=23828 When America Flunked Democracy: City-Mystery Origins of Political Gridlock http://www.medias19.org/index.php?id=23825 Blanchard Jerrold and Gustave Doré’s illustrated book, London: A Pilgrimage, appeared in 1872, by which point readers would have been completely familiar with the concepts of London Labour and the London Poor, to name Henry Mayhew’s long running series.  Jerrold and Doré did not disappoint.  In chapter xiv, “Work-a-Day London,” Jerrold concluded,The massing of the poor-the density increasing with the poverty—is at the root of the evils which afflict most of the great cities of Europe.  It is the striking and affecting feature of London especially, where in the lanes and alleys the houses are so full of children that, to use a wit’s illustration, you can hardly shut the street-door for them. In the poorest of London districts the men, women, and children appear, on entering, to have abandoned all hope. There is a desperate, ferocious levity in the air: and the thin, wan, woe-begone faces laugh and jeer at you as you pass by1.By that time—the early 1870s—these observations were autopilot stereotypes that readers would have heard hundreds or thousands of times in the course of discussing London as the “city of the future.” Doré had become famous in England in part because of his illustrations of the English-language Bible in 1865 [Figures 1-3], with drawings like these [Figures 4-5]. Doré, only forty when the book appeared, obliged the public with skillful if predictable images of London the infernal.Figure 1 : Gustave Doré, Cain Slays Abel. In The Holy Bible with Illustrations jeu., 11 janv. 2018 00:00:00 -0500 http://www.medias19.org/index.php?id=23825 « Illustre-nous tout, Darley » Cadre médiatique et idéologie raciale dans La Ville Quaker de George Lippard http://www.medias19.org/index.php?id=23823 [également disponible en anglais]Le 27 mars 1845, après une interruption de près de quatre mois, le prolifique George Lippard publie le cinquième des dix épisodes de son roman-feuilleton, The Quaker City; or, The Monks of Monk Hall [La Ville Quaker, ou les Moines de Monk-Hall]. L’épisode se conclut par un paragraphe d’une soixantaine de lignes dans lequel Lippard s’attaque à l’un des illustrateurs du livre, F.O.C. Darley, qui est en passe de devenir l’illustrateur vedette de l’Amérique. « Illustre-nous la scène, Darley », raille le narrateur : « taille ton crayon et choisis la plus belle feuille de bristol que tu aies. Voilà une étude digne de ton génie »1. Le narrateur veut que soient dessinés Punaise-du-Diable (Devil-Bug), le gardien de cet antre du vice et du péché qu’est Monk-Hall, aux côtés de ses deux sbires, Mustique et Vers-Luisant. La scène regorge de précisions concernant l’origine raciale des personnages, du « profile hideux [de Mustique], avec son front dégarni, son nez plat, sa bouche grande ouverte, les lèvres jointes en un point près du nez, bifurquant vers un menton aiguisé proéminent » aux « sourcils touffus, […] nez plat aux larges narines, […] menton pointu, couvert d’une barbe broussailleuse aux poils raides » d’un Bête-du-Diable « basané » (Quaker City, no 5, p. 253, 248). Assistant Darley dans sa tâche, le narrateur de Lippard fournit un certain nombre d’indications relatives au point de vue, à la source de la lumière, à l’orientation des corps et au pla lun., 08 janv. 2018 00:00:00 -0500 http://www.medias19.org/index.php?id=23823