Médias 19 http://www.medias19.org Médias 19 est un site web consacré au journalisme du 19e siècle et à l’histoire médiatique. Il propose des éditions critiques de textes du 19e siècle médiatique, des dossiers thématiques composés d’articles scientifiques et des notices biographiques de journalistes. fr L’Imaginaire nord-américain de Jules Verne : savoirs, représentations, imaginaire social http://www.medias19.org/index.php?id=24330 Vous êtes la plupart d’entre vous au courant du projet de recherche que Maxime et moi menons depuis quelques temps autour de Jules Verne et de l’Amérique, et tout particulièrement du Canada, projet qui a mené à l’organisation de ce colloque. Quelques mots pour le rappeler. Notre objectif est double : saisir comment la France de la seconde moitié du XIXe siècle a imaginé ce pays neuf que constituait le Canada à l’ère de la « civilisation du journal1 » ; et quel rôle peut avoir joué un écrivain majeur comme Jules Verne dans cette invention d’un pays vu de loin, façonné par l’imaginaire et par les médias de son temps. La chose intrigue : à partir de quelles explorations du discours social un lecteur compulsif et éclairé comme Jules Verne parvient-il à fixer des représentations précises et informées d’un pays étranger ? Comment, à partir de quelles lectures, arrive-t-on à « recréer » un pays à distance ? Comment parler d’un pays, d’un continent, que l’on n’a jamais, ou si peu, visité ?Notre projet doit beaucoup au travail pionnier de Sylvain Simard, Mythe et reflet de la France. L’image du Canada en France 1850-1914 (Ottawa, 1987), qui a relevé un grand nombre de sources pour étudier les représentations du Canada en France. Si les analyses de ce travail demeurent assez sommaires, l’approche bibliométrique révèle des éléments intéressants : le Canada gagne nettement en popularité en France à partir des années 1870, ce qui nous permet d’inscrire sur cette toile de fond le premier r ven., 05 avril 2019 00:00:00 -0400 http://www.medias19.org/index.php?id=24330 La construction de l’imaginaire vernien dans le Québec du XIXe siècle http://www.medias19.org/index.php?id=24342 Si le Canada occupe une place importante dans l’œuvre de Jules Verne, Verne se classe, lui, parmi les auteurs les plus en vue dans la culture littéraire du Canada francophone au XIXe siècle1.  La démonstration de cette seconde affirmation permettra d’explorer l’intégration de Verne à l’imaginaire du Québec de l’époque.Il importe de poser d’emblée que le « Verne québécois » n’est pas et ne peut pas être le même que le « Verne français » ; il n’est pas connu de la même façon et il n’est donc pas imaginé de la même façon par ses lecteurs et ses contemporains.   Le contexte influe aussi sur sa réception.  En France, il est l’auteur qui raconte le reste du monde aux Français.  Au Québec, il convie ses lecteurs à participer par procuration à l’occupation européennes de la planète, mais il est aussi un auteur qui décrit des paysages nord-américains familiers.  Dans la mesure où son œuvre permet à ses lecteurs québécois d’être partie prenante de ce grand récit progressiste, ils accèdent au rang de sujets qui retirent de leurs lectures le sentiment de mieux connaître le monde.  Quand ses romans se projettent en Amérique du Nord, ils deviennent des objets, pas nécessairement consentants, qui se reconnaissent plus ou moins dans les fictions verniennes.L’importance de Verne au CanadaLa connaissance de Verne au Canada passe d’abord par sa production.  La plupart de ses titres sont offerts en librairie ou en bibliothèque.  En outre, près de la moitié de ses romans et nouvelles connaissent ven., 05 avril 2019 00:00:00 -0400 http://www.medias19.org/index.php?id=24342 L’Amérique ou la fêlure. Aspects de l’imaginaire étasunien dans deux romans tardifs de Jules Verne (Le testament d’un excentrique, Maître du monde) http://www.medias19.org/index.php?id=24332 Je n’ai plus de sujets dont l’intérêt soit dans l’extraordinaire, ballon, capitaine Némo, etc. Il me faut donc chercher à intéresser par la combinaison.— Jules Verne, lettre à Pierre-Jules Hetzel (1883)Au commencement, dit-il, Dieu créa l’Amérique en six jours et se reposa le septième.— Jules Verne, Une ville flottanteLe dernier Verne : jouer à l’AmériqueLa première des deux citations placées en exergue permet d’identifier un des mouvements dominants qui commandent l’évolution interne de l’œuvre de Jules Verne : la désillusion1. Celle, d’abord, d’un vaste monde qui, après la publication d’une vingtaine de romans, semble de moins en moins nouveau au romancier qui s’est donné comme tâche de l’arpenter. Verne, dans la même lettre, voit toutefois à rassurer aussitôt son éditeur : « Évidemment, je me tiendrai toujours le plus possible dans le géographique et le scientifique, puisque c’est le but de l’œuvre entière2. » La révolution n’est donc pas totale. En principe, l’essentiel de la formule des Voyages extraordinaires sera conservé, malgré l’aveu patent de la perte de l’extraordinaire et de l’émerveillement qui en découle3. Au fils de Pierre-Jules Hetzel, Louis-Jules, son nouvel éditeur depuis une douzaine d’années, il réitère et accentue son désir de renouveau en 1898 : « Vous pensez bien, […] j’en ai absolument fini avec les enfants qui cherchent leur père, les pères qui cherchent leurs enfants, les femmes qui cherchent leurs maris, etc. L’Onéroque aura été le dernier de ce ge jeu., 04 avril 2019 00:00:00 -0400 http://www.medias19.org/index.php?id=24332 La spatialité nord-américaine dans Le Tour du monde en 80 jours et dans Le Pays des fourrures http://www.medias19.org/index.php?id=24318 À la lecture des « Voyages extraordinaires » de Jules Verne, le lecteur est littéralement emporté vers des contrées situées en de nombreux points du globe. Tous les éléments qui font une géographie sont convoqués par le texte ; éléments physiques, d’abord : topographie, flore, faune, géologie, hydrographie, météorologie ; mais aussi les éléments culturels qui accompagnent cette géographie : paysage, abstractions, ethnographie, impressions et appréciations des protagonistes, etc.; les détails ne marquent pas et permettent ainsi à Verne de reconstruire un monde fictionnel lié à son référent réel et de véhiculer un savoir sur celui-ci. L’étude de la spatialité chez Verne, attentive à l’espace dans toutes ses dimensions, semble en particulier être cruciale pour la compréhension de certains romans en particulier et de l’œuvre en général. Chez Verne, la temporalité ne prend pas le pas sur l’expression de l’espace. En effet, ces deux éléments, espace et temporalité, sont le plus souvent intimement liés comme c’est le cas avec le chronotope bakhtinien. Les intrigues même, comme c’est le cas du Tour du monde en 80 jours, tournent autour d’enjeux spatio-temporels. Mais les romans de Verne comportent des mises en scène de la spatialité particulièrement suggestives, qui s’éloignent du simple décor de l’aventure, pour se trouver à être chargés de sens et de connaissances et qui sont appelés à jouer un rôle dans le cours du récit. Reposant sur l’hypothèse d’un espace omniprésent, presque é ven., 29 mars 2019 00:00:00 -0400 http://www.medias19.org/index.php?id=24318 Albert Londres, voyage au cœur de la détresse humaine http://www.medias19.org/index.php?id=24337 Lorsque, le 8 août 1923, Le Petit parisien publie le premier volet d’une longue enquête en Guyane consacré au bagne colonial, Albert Londres est déjà un reporter célèbre. On le connaît surtout pour ses reportages de guerre publiés dans Le Matin en 1914 et dans le Petit Journal en 1915, mais également pour ses reportages percutants sur la Russie bolchévique et ses périples en Chine, au Japon, en Inde, en Syrie et en Arabie, publiés pour la plupart entre 1920 et 1922 dans le journal illustré Excelsior. Toutefois, la publication d’Au bagne marque un véritable tournant dans la carrière du journaliste. Jusqu’en 1923, Albert Londres pratique un style de reportage plutôt conventionnel, c’est-à-dire axé principalement sur les crises internationales, et mise sur l’exotisme, le lointain et certains imaginaires de l’aventure pour satisfaire la curiosité de lecteurs qui raffolent de ces récits leur provenant de l’autre bout du monde. Le genre du grand reportage connaît son âge d’or en cette première moitié de XXe siècle et doit une bonne partie de son succès à la fibre aventurière des reporters qui, en véritables héros de la modernité, profitent de l’accélération des déplacements et de l’amélioration des techniques de communication pour parcourir le monde à la recherche d’aventures et d’histoires nouvelles à raconter.« En voguant vers a Guyane », Le Petit Parisien, 8 août 1923.Pour Londres, les choses changent à partir de la publication d’Au bagne. Plutôt que de rendre compte des grandes mer., 27 mars 2019 00:00:00 -0400 http://www.medias19.org/index.php?id=24337 Séverine et le reportage social http://www.medias19.org/index.php?id=24350 Née sous le nom de Caroline Rémy (1855-1929), Séverine se forme en journalisme sous la tutelle de Jules Vallès (l’auteur du reportage « Au fond d’une mine », que nous rééditons dans la présente anthologie) et collabore à plusieurs grands journaux de l’époque, comme Le Gaulois, Le journal et L’écho de Paris, et dirige Le cri du peuple de 1885 à 1888. Par la suite, elle collabore à La Fronde, un journal quotidien dirigé et administré uniquement par des femmes. Ne cachant pas son engagement dans des causes sociales et féministes, Séverine publie de nombreux articles qui visent à défendre le droit des ouvriers et des femmes. Dans la lignée du journalisme de terrain inauguré par son mentor, elle se déplace sur les lieux et se pose en témoin des événements au sein de ses reportages. Selon elle, faire un reportage fiable et véridique exige une immersion dans le réel et un « sensualisme » actif, la clé pour s’approcher au plus près de la vérité. Le corps lui-même, un corps de femme présenté comme sensible, est un véritable outil de travail et d’enregistrement, selon Sévérine. Séverine n’hésite pas prendre le couvert de l’anonymat pour éviter la « besogne officielle [des reporters] ; ce qui, sans diminuer son intérêt, la frappe souvent de stérilité1. » Ainsi, elle préfère ne pas être étiquetée par sa profession, mais plonger dans les événements pour montrer à ses lecteurs ce que la version officielle laisse parfois de côté, comme elle l’écrit dans « Les casseuses de sucre » : « l’id mer., 27 mars 2019 00:00:00 -0400 http://www.medias19.org/index.php?id=24350 La chronique judiciaire selon Colette : déchiffrer l’homme du monstre http://www.medias19.org/index.php?id=24346 Croquis d’Eugen Weidmann, Paris-Soir, 19 mars 1939Le 17 juin 1939, Eugen Weidmann passe à l’histoire : il est le dernier condamné à subir la peine capitale sur la place publique en France. Accusé de kidnappings, puis d’avoir commis six meurtres dans la villa « La Voulzie » en banlieue de Paris et à la « Caverne des Brigands » dans la forêt de Fontainebleau, Weidmann s’inscrit en filiation avec d’autres célèbres tueurs en série tels que Patrick Herbert Mahon et Henri Désiré Landru. C’est bien ce que Colette relate, d’abord, dans un résumé de l’affaire Weidmann publié dans Le Journal du 19 décembre 1937. Elle assiste ensuite à son procès et livre ses impressions des audiences dans Paris-Soir du 11 mars 1939 jusqu’au 2 avril 1939. Après avoir couvert l’affaire Guillotin, le procès de la bande à Bonnot et celui de Landru, Colette a su développer sa notoriété en matière d’affaires judiciaires, son nom inscrit en Une des journaux sait attirer les lecteurs. Dès la première livraison du 11 mars 1939, Paris-Soir use d’un dispositif graphique qui retient l’attention : les photographies des complices et des victimes de l’affaire « Weidmann et Cie » figurent en Une du journal et un plan de la villa « La Voulzie » reconstruit la scène des crimes. Les livraisons suivantes sont illustrées par des croquis de Weidmann, mais aussi de ses complices, des jurés et autres intervenants durant le procès. Les comptes rendus de Colette cohabitent, pour la plupart, avec ceux de son collègue Roger Vaill jeu., 21 mars 2019 00:00:00 -0400 http://www.medias19.org/index.php?id=24346 Les « Esquimaux » du Pays des fourrures : reconfiguration vernienne d’un modèle figé http://www.medias19.org/index.php?id=24341 En novembre 1877, il est inutile pour les Parisiens d’effectuer un long périple dans les contrées arctiques pour voir de leurs yeux des « Esquimaux » : se rendre au Jardin zoologique d’acclimatation, tout près du Bois de Boulogne, est alors suffisant. En effet, six « Esquimaux » y sont « exposés », succédant à un groupe de Nubiens et d’animaux du Soudan, arrivés en août de la même année. Ces initiatives se révèlent extrêmement populaires : Pascal Blanchard, Nicolas Bancel et Sandrine Lemaire évoquent un « succès foudroyant [et indiquent que la] fréquentation du Jardin double et atteint cette année-là le million d’entrées payantes1 ». Ils ajoutent que les zoos humains, dont participent ces expositions, permettent d’identifier « le passage d’un racisme exclusivement scientifique à sa popularisation rapide en à peine un demi-siècle, à travers tout l’Occident2 ». En ce qui concerne spécifiquement les « Esquimaux », on constate ainsi que la présence de ce groupe de six individus s’inscrit dans une modification profonde de leur présence dans l’imaginaire français durant les dernières décennies du XIXe siècle. Un véritable modèle, à plusieurs égards problématique, se met en place, nourri par une visibilité accrue dans la sphère littéraire. Parmi les divers auteurs qui contribuent à ce mouvement, on trouve Jules Verne, qui apporte toutefois une contribution plutôt originale.En effet, durant l’automne 1872, à l’ombre du si célèbre Tour du monde en 80 jours (Le Temps, 6 novembre au 22 jeu., 14 mars 2019 00:00:00 -0400 http://www.medias19.org/index.php?id=24341 La déroute du Gun-Club, l’eschatologie maistrienne et le matérialisme américain dans Sans dessus dessous de Jules Verne. http://www.medias19.org/index.php?id=24327 « Il semble donc que les habitants du globe peuvent dormir en paix. Modifier les conditions dans lesquelles se meut la Terre, cela est au-dessus des efforts permis à l’humanité. Il n’appartient pas aux hommes de rien changer à l’ordre établi par le Créateur dans le système de l’Univers1. » C’est par ces mots teintés d’un fort pessimisme, si ce n’est par la négation radicale de la croyance que la science est omnipuissante, que ses réalisations sont souhaitables, que tout, dans ce siècle où triomphent la pensée saint-simonienne et le pouvoir de la vapeur, est possible et à la portée de l’homme, que ce termine Sans dessus dessous, dernier tome de la trilogie du Gun-Club qui avait commencé 23 ans auparavant, soit en 1865 avec De la Terre à la Lune suivi, en 1869, par Autour de la Lune. Il semble que presque un quart de siècle après les débuts des péripéties des artilleurs de Baltimore, Jules Verne ne soit plus aussi à l’aise de chanter les prouesses sans égales d’Impey Barbicane et de J. T. Matson de sorte que leurs dernières aventures ne soient plus aussi teintées d’optimisme que les précédentes. « Redresser l’axe de la terre de manière à faire fondre les glaces du Pôle Nord afin de rendre possible l’exploitation des richesses minières que la calotte glaciaire est supposée recouvrir2 » n’apparaît pas comme un exploit aussi désirable que la mise au point d’une force balistique capable de quitter l’atmosphère terrestre ou, encore, l’exploration de la Lune. Pour tous ceux qui conna sam., 09 mars 2019 00:00:00 -0500 http://www.medias19.org/index.php?id=24327 Entre francité et américanité : l’horizon annexionniste de Famille-Sans-Nom http://www.medias19.org/index.php?id=24321 IntroductionÉcrit en 1889, trois décennies environ après une reprise marquée des liens diplomatiques entre la France et son ancienne colonie canadienne1, Famille-Sans-Nom est imprégné d’un certain patriotisme français en même temps que d’une vive fascination pour les États-Unis et l’Amérique ; fascination que Verne relaie avec enthousiasme, après Tocqueville et plusieurs autres observateurs français, en investissant de plain-pied « ce continent de l’imaginaire2 » où prendront place les affrontements patriotes canadiens de 1837. Dans ce contexte, le récit insurrectionnel vernien porte la marque d’une double représentation du Canada, placée à la fois sous le signe d’une « francité » conservatrice reposant sur d’imprescriptibles liens de « sang », et d’une « américanité » libérale et civique. C’est ce brouillage identitaire sis au cœur de l’imaginaire canadien de Verne que nous nous proposons d’explorer ici en émettant l’hypothèse que le « continentalisme » et sa traduction politique, l’« annexionnisme » (c’est-à-dire, l’entrée du Canada dans la Confédération américaine), constituent l’horizon politique du récit. Multipliant les sympathies canado-américaines – justifiées par le contexte insurrectionnel dans lequel se situe le récit –, le regard européen de Verne semble aplanir l’ambivalence historique du Québec quant à sa continentalité3 et faire des Canadiens et des Américains, plus que des alliés naturels, des frères dont l’appartenance commune au Nouveau-Monde importerait, to jeu., 28 févr. 2019 00:00:00 -0500 http://www.medias19.org/index.php?id=24321