La fabrique des récits de vie. Circulation des biographèmes de Vapereau à Wikipédia

Portraits du mathématicien en « génie » : la fabrique médiatique d’Alexandre Grothendieck

Table des matières

ODILE CHATIRICHVILI

Résumer une vie ?

Alexandre Grothendieck, né en 1928 et décédé en 2014, est considéré comme l’un des mathématiciens les plus importants du XXe siècle du fait de l’ampleur et du retentissement de son travail mathématique. Au cours d’une vie sortant de l’ordinaire sur bien des aspects, il a développé une relation au monde de la recherche d’autant plus singulière qu’il y avait une place de choix ; dans les dernières années de sa vie, il a entretenu un rapport complexe à la mémoire et à l’oubli :

Résumons sa vie infiniment grande en 57 mots, un nombre qui l’a rendu célèbre. Son père se prénommait Alexandre, sa mère se nommait Grothendieck. Enfant délaissé puis retrouvé, il découvre à onze ans comment calculer la circonférence du cercle. Les maths seront son royaume, l’équilibre de notre planète son combat, les femmes sa passion intime, avant de partir remâcher sa rancœur contre les hommes. Claquemuré vingt-trois ans durant, il est mort entouré de ses enfants1.

Ce résumé-portrait, issu d’une biographie du mathématicien écrite par le journaliste Philippe Douroux, ne dit pas grand-chose de ce qui est sous-entendu par chacune de ces catégories qualificatives. Mais il dit déjà beaucoup, car il permet d’établir une liste presque chronologique de jalons biographiques devenus des biographèmes, que l’on retrouve – tout ou partie – dans les récits qui lui sont consacrés ; autant d’éléments constitutifs de la figure médiatique de Grothendieck ainsi construite.

Détaillons-les rapidement : fils de deux militants anarchistes, l’un ukrainien et l’autre allemande, Alexandre Grothendieck grandit dans les années 1930, entre une famille d’accueil en Allemagne et des camps d’internement dans le sud de la France avec sa mère. Scolarisé au collège Cévenol du Chambon-sur-Lignon (Haute-Loire), il obtient une licence de mathématiques à Montpellier, quand la plupart des mathématiciens de renom de cette époque passent par les bancs de l’École normale supérieure. C’est dans son coin qu’il « redécouvre » plusieurs concepts et théorèmes mathématiques très complexes, avant que sa grande puissance mathématique ne soit connue et reconnue. Car c’est un très grand mathématicien, extrêmement actif et productif dans les années 1950-1960, avec une puissance et une créativité mathématiques dont ses pairs affirment qu’elles sont inégalées ; à ce titre, il reçoit la médaille Fields en 1966 et travaille au sein de très prestigieuses institutions de recherche. Développant à partir des années 1970 un discours antimilitariste et écologiste, il s’investit dans des mouvements d’écologie radicale, et critique la recherche scientifique ; il s’intéresse également à la méditation, aux philosophies orientales, et plus tard à des réflexions mystiques sur le Mal. Il connaît au cours de sa vie plusieurs ruptures personnelles et professionnelles : à partir de 1971, il rompt progressivement avec les institutions de recherche les plus prestigieuses et finit sa carrière à l’université de Montpellier. Au milieu des années 1980, il écrit Récoltes et Semailles2, un texte de plusieurs milliers de pages où il entremêle au récit de sa vie des réflexions sur sa conception des mathématiques et une critique de la communauté mathématique qui s’apparente souvent à un règlement de comptes. Après sa retraite, à partir des années 1990, il se retire dans un petit village d’Ariège, une adresse restée longtemps inconnue de la plupart et qu’il refuse de diffuser ; il y meurt en 2014, laissant des milliers de pages de notes mathématiques et non mathématiques qu’il écrit jour et nuit – et dont le devenir n’est pas encore tout à fait fixé.

Dans ce portrait « en 57 mots » (il y en a, à vrai dire, 61), même cette précision chiffrée, curieuse au premier abord, est signifiante : c’est une référence à l’anecdote selon laquelle Grothendieck donna, comme exemple de nombre premier, le nombre 57… qui n’est pas premier. Cette histoire est utilisée par Philippe Douroux pour illustrer la perspective extrêmement généralisante recherchée et adoptée par le mathématicien, ainsi que l’importance du mathématicien dans son champ scientifique et professionnel, puisque l’on y parle désormais, en matière de plaisanterie, du « nombre premier de Grothendieck ».

Au sein des quantités importantes de discours écrits et audiovisuels produits sur Grothendieck3, nous nous intéressons plus spécifiquement au traitement médiatique de Grothendieck dans la presse écrite généraliste. Ces productions se font à destination de lecteurs qui ne sont pas des scientifiques, qui ne sont pas a priori intéressés par les sciences, qui ne vont pas nécessairement lire de la presse spécialisée – que ce soit sur la vulgarisation scientifique ou sur l’actualité des sciences comme, dans des perspectives variables, Science et Vie, La Recherche ou Pour la Science. Bref, un public de non spécialistes non-amateurs.

Qu’est-ce qui émerge de Grothendieck à destination du grand public ? Qu’est-ce que cela dit du traitement de la recherche mathématique contemporaine dans le champ médiatique ? « Élément central du récit médiatique4 », le personnage ainsi construit informe le discours portant sur la science, dans un espace communicationnel spécifique. À travers l’étude des articles citant le nom de Grothendieck, nous nous attachons à identifier les biographèmes liés à cette figure et justifiant son traitement par une presse non spécialisée. Le terme « génie », récurrent, fera l’objet d’une analyse approfondie afin de mettre en évidence sa dimension ambivalente dans l’information au grand public, concernant cette figure de mathématicien spécifique et les discours médiatiques plus larges sur les mathématiques.

Grothendieck dans la presse

Notre étude, effectuée au début de 2023, a été centrée sur la presse quotidienne nationale et régionale, à partir de recherches effectuées sur les plateformes Europresse et Factiva, complétées par des recherches dans les archives en ligne du Monde. Sans assurer une rigoureuse exhaustivité (limitée par l’empan des bases de données numériques), cette démarche nous a permis d’établir un corpus de 128 articles de presse quotidienne nationale (Le Monde, Libération, Le Figaro, La Croix, L’Humanité, Aujourd’hui en France)5 publiés entre 1958 et 2022. Parmi eux, la plupart des articles ne traitent pas spécifiquement et/ou longuement du mathématicien : son nom n’y est que mentionné. Mais, déjà, la variété des sujets qu’abordent ces articles est frappante.

Le nom de Grothendieck apparaît ainsi, sans détails biographiques, au sein d’une vingtaine d’articles consacrés à d’autres mathématiciens lorsqu’ils sont récipiendaires de prix mathématiques prestigieux, tels que la médaille Fields, le prix Abel ou le prix Crafoord (Alain Connes, Pierre Samuel, John Tate, Laurent Lafforgue, Pierre Deligne). Grothendieck figure dans des listes de mathématiciens français récipiendaires de la médaille Fields – alors même qu’il était apatride lorsqu’il en fut lui-même lauréat, ce qui n’est pas toujours précisé – et à l’inverse dans quelques articles à propos de chercheurs et chercheuses immigrées. Les articles sur le groupe Bourbaki, autre figure notoire – bien que fictive – des mathématiques françaises6, le nomment régulièrement.

Depuis 1958, une petite dizaine de sujets sur l’Institut de hautes études scientifiques (IHES), créé cette même année à Bures-sur-Yvette, ont été l’occasion de mentions du nom de Grothendieck, en tant qu’un des premiers scientifiques y ayant travaillé. L’approche journalistique porte sur le statut très prestigieux, et symbolique de la place de la recherche scientifique dans l’imaginaire médiatique en France, de cet établissement privé de recherche en mathématiques et physique théorique, fondé par l’homme d’affaires Léon Motchane sur le modèle de l’Institute for Advanced Study de Princeton.

L’écologie est un autre sujet qui, depuis 1971, suscite la citation du nom de Grothendieck dans des articles évoquant notamment le mouvement et la revue Survivre et vivre, dont il fut l’un des fondateurs avec les mathématiciens Claude Chevalley et Pierre Samuel7. La mention de son statut de mathématicien y fonctionne comme un vecteur de crédit intellectuel, y compris en tant que signataire de lettre ouverte8. Plus récemment, l’exposition « Mathématiques, un dépaysement soudain » qui s’est tenue du 21 octobre 2011 au 18 mars 2012 à la fondation Cartier a été l’occasion de trois mentions du nom de Grothendieck en tant qu’auteur de l’expression éponyme.

Si l’on s’intéresse à la quarantaine d’articles traitant spécifiquement de Grothendieck, de sa vie et/ou de son œuvre, on observe trois pics principaux (avec plus de dix articles sur une même année) de la présence du nom « Alexandre Grothendieck » dans la presse. Le premier, en 2014, correspond au moment de son décès et à la publication de plusieurs nécrologies9. Le deuxième, autour de 2016, correspond à la publication de trois biographies10 et à la parution de plusieurs articles couvrant le devenir des notes laissées par Grothendieck, lesquelles ont fait l’objet de tractations administratives et judiciaires entre les héritiers, l’université de Montpellier, un ancien élève de Grothendieck et la BnF. Le troisième, en 2022, correspond à la publication aux éditions Gallimard de Récoltes et Semailles, un texte en partie autobiographique écrit entre 1983 et 1986, connu des mathématiciens mais jusqu’alors non publié. L’essentiel du corpus de presse au sujet de Grothendieck est donc postérieur à son décès, a fortiori postérieur à sa carrière mathématique11.

Avant sa mort, les articles dont Alexandre Grothendieck est le sujet central portent d’une part sur le procès et la condamnation dont il fait l’objet en 1978-1979 pour avoir hébergé un moine japonais sans titre de séjour (deux articles dans Le Monde), et d’autre part sur son refus, en 1988, du prix Crafoord, qu’il explique dans une lettre publiée par Le Monde. Lorsqu’il reçoit la médaille Fields, en 1966, un article titré « La suprématie de l’école française de mathématiques est ébranlée12 » (Grothendieck n’a alors pas encore la nationalité française) explique que le mathématicien refuse de se rendre à Moscou pour recevoir son prix, en protestation contre la condamnation de deux écrivains par l’URSS. C’est donc à la fois par son association à des symboles scientifiques de prestige et par ses choix et positionnements politiques et militants que se construit sa figure médiatique ; mais certains épisodes biographiques considérés comme des coups d’éclat dans le monde mathématique, comme sa démission de l’IHES, ne semblent pas avoir eu de répercussions directes dans la presse écrite grand public13.

Il est notable par ailleurs que sa présence dans la presse quotidienne régionale (279 articles considérés) concerne de façon prépondérante la moitié sud de la France, notamment le Sud-Ouest, région où s’ancre une grande partie de la vie de Grothendieck. Il a passé une partie de son enfance en Haute-Loire, a fait des études à Montpellier, où il a également fini sa carrière (le laboratoire de mathématiques a depuis été rebaptisé « Institut montpelliérain Alexandre Grothendieck »), avant de passer sa retraite jusqu’à sa mort en Ariège. Plusieurs personnes liées à la région ont travaillé et enquêté sur Grothendieck, comme le professeur de lettres toulousain Yves Le Pestipon, réalisateur d’un documentaire14 dont de nombreuses projections ont eu lieu dans la région, et l’inspecteur de l’académie de Toulouse Georges Bringuier, auteur d’une des trois biographies mentionnées plus haut15 ; de nombreux articles annoncent leur intervention dans des rencontres culturelles locales. Le nom de Grothendieck survient aussi à propos de recherches ou d’actualités sur les lieux par lesquels sa vie est passée : le camp d’internement du Rieucros en Lozère, le collège Cévenol en Haute-Loire.

Certains aspects récurrents du traitement de Grothendieck dans la presse, correspondant aux éléments biographiques mentionnés en introduction de cette contribution, se retrouvent, tout ou partie, dans la plupart des articles qui lui sont consacrés16, qu’ils soient développés sous forme d’anecdotes, ou formulés à travers des mots-clefs.

Parler de mathématiques en contexte médiatique

Nous nous intéressons aux formes et enjeux du récit médiatique17 d’une vie mathématique, dans le cas d’une personne elle-même extraordinaire dans le monde mathématique. Comment cet aspect est-il signifié dans la presse ? Les mathématiques ont ceci de particulier qu’elles constituent une discipline à la fois prestigieuse et nimbée d’un certain mystère, voire objet d’une forme de rejet. L’enjeu pour le discours médiatique serait donc de susciter l’intérêt et de donner à percevoir et à comprendre des réalités difficiles d’accès.

Les prix, sanctions institutionnelles de la qualité du travail scientifique, sont l’une des manières frappantes et fréquentes de parler de l’actualité des sciences dans la presse : la médaille Fields est ainsi souvent désignée comme « l’équivalent du Nobel de mathématiques » en guise d’explicitation (approximative)18 pour le grand public de son importance dans le monde des mathématiciens.

Sur le plan stylistique, il est frappant de constater l’emploi, pour parler de Grothendieck, d’expressions hyperboliques telles que « l’un des plus grands mathématiciens du XXe siècle », « mythe / mythique », « hors-norme », « prodigieux », « un géant ». Ces termes sont utilisés parfois sans médiation syntaxique, parfois entre guillemets ou précédés d’un « considéré comme », à la manière d’une citation : le ou la journaliste pose alors un ou une scientifique comme garant⋅e du propos. Citer des témoignages d’autres mathématiciens et scientifiques fonctionne comme un argument d’autorité pour affirmer la qualité du travail accompli. Même les qualificatifs moins évidemment mélioratifs, employés plutôt par d’autres mathématiciens, relèvent bien souvent du vocabulaire de l’exceptionnalité : « réacteur nucléaire19 », « extraterrestre20 ».

Lorsque le sujet des mathématiques de Grothendieck est évoqué, l’évidence de l’incompréhension revient comme un trait discursif récurrent (« Évidemment, on n’y comprend rien21 », « Comprendre les mathématiques d’Alexandre Grothendieck est évidemment hors de portée quand on n’a pour tout bagage que la maîtrise des quatre opérations et que l’on applique les axiomes d’Euclide22 »), parfois renforcée, comme justifiée, par la citation de termes techniques, mathématiques : « Les “espaces stratifiés” ou les “voisinages coniques” ne parleront à presque personne. Pas plus que les “catégories tensorielles “ou le “système de pseudo-droite23”. »

La rhétorique joue ici de la spécificité du langage mathématique, qui constitue une « extension […] de la langue commune24 », utilisant dans un sens purement mathématique des termes tout à fait familiers de la langue quotidienne, lesquels deviennent alors inaccessibles et presque poétiques pour les profanes. Les formules d’esquive et d’évitement sont alors récurrentes : « Les travaux [de] A. Grothendieck, ne sont guère susceptibles d’être vulgarisés25 », « Impossible de décrire les maths de Grothendieck26 », « deux concepts clés, les schémas et les topos, qu’on me remerciera de ne pas développer27 », « Inutile de songer à détailler ses travaux. Trop complexes28 ». Ce silence est justifié de plusieurs manières : d’une part, ces mathématiques sont trop complexes pour être vulgarisées – seules une poignée de personnes dans le monde sont capables de les comprendre, les journalistes et scientifiques auteurs des articles que nous citons n’en font de loin pas partie. D’autre part, le grand public n’a pas nécessairement d’intérêt particulier pour les mathématiques – mais sans doute bien davantage pour le personnage qui les fait.

Dans certains articles sont également mises en œuvre des tentatives de contournement consistant à ne pas parler du contenu mathématique du travail de Grothendieck mais de ce qui motive et informe la pensée du mathématicien, à travers des métaphores (« quelques images permettent d’entrevoir une question centrale dans son raisonnement : le point de vue29 ») ou des effets stylistiques (ainsi la paronymie « réconcilier la puissance à démontrer de l’algèbre et la capacité à montrer de la géométrie30 »).

Il semble ainsi que les mathématiques ont un statut à part dans les discours grand public, du fait même qu’elles sont difficiles à vulgariser, et que leurs enjeux propres sont difficiles à exprimer. Pour autant, les mathématiques servent d’outils stylistiques et rhétoriques dans l’écriture journalistique elle-même. L’attrait pour les valeurs chiffrées se manifeste ici ou là, notamment chez Philippe Douroux, pour marquer l’énormité du talent et du travail de Grothendieck, auteur de « l’équivalent de six thèses de doctorat31 », « [t]ravailleur infatigable, principalement la nuit entre 22 heures et 6 heures32 », ayant « laissé derrière lui 100 000 pages de notes » dont « déjà […] 28 000 pages à Montpellier33 », « chaque page manuscrite nécessit[ant] une dizaine d’heures de travail pour un spécialiste rompu à la “géométrie algébrique”34 ». On trouve également des jeux de mots mathématiques, faisant appel à une connivence avec le lectorat tout en soulignant la complexité des questions en jeu, ici à propos de l’« héritage » de Grothendieck : « Avant de poser l’opération x (l’argent liquide) + y (la maison) + z (les archives) = 100, […] », « Quand vous posez la question à un mathématicien x, y ou z dans un espace à trois dimensions », « il faut résoudre l’opération de l’héritage et dire combien cela vaut, entre epsilon et l’infini35 ».

Demeure l’usage d’un vocabulaire hyperbolique relatif au colossal, avec les champs lexicaux de la montagne (« Himalaya des mathématiques36 », « les cimes grothendieckiennes ne peuvent s’atteindre qu’en cordée37 », « impression vertigineuse38 ») et de l’architecture (« cathédrale conceptuelle […] monument39 »), tous deux utilisés par Grothendieck dans Récoltes et Semailles pour évoquer le rapport au travail mathématique comme exploration et comme construction. On retrouve des éléments topiques de l’expression du sublime romantique, entre fascination et terreur, à la fois pour l’œuvre et pour la figure qui crée l’œuvre. L’idée répandue d’une réaction ambivalente à l’égard des mathématiques et des mathématiciens est un trope : dans certains articles, Grothendieck incarne le mathématicien exceptionnel auquel il est impossible de s’identifier40.

Le « génie mathématique » : contenu d’un biographème

Dans le corpus de 128 articles de presse quotidienne nationale considéré pour cette étude, on relève depuis 1998 plus de cinquante occurrences du substantif « génie » ou de l’adjectif « génial » pour parler de Grothendieck, dont une dizaine en titre d’article41. Par ailleurs, ce terme figure en Une de revues sur l’actualité scientifique42 ainsi que dans les titres de la biographie écrite par Philippe Douroux43, d’un documentaire44, d’un dossier de Médiapart publié en e-book45, et du coffret contenant l’autobiographie de Grothendieck, publiée en janvier 2022 en deux volumes chez Gallimard. L’inscription « Alexandre Grothendieck. Un mathématicien de génie » qui orne ce coffret correspond, selon les mots de l’éditrice, à « une démarche marketing et commerciale » visant les personnes « qui ne sauraient pas qui est Grothendieck mais sont intéressées par les mathématiques46 ». Le terme est utilisé aussi bien comme locution prépositionnelle dans l’expression « le mathématicien de génie » que comme cœur d’un groupe nominal, souvent accompagné de compléments qui qualifient et spécifient la figure. Parfois, il s’agit de termes dénotant les mathématiques seulement : « mathématicien de génie », « mathématicien génial », « le génie des maths »…

Le physicien Étienne Ghys s’agace de cet usage dans un article intitulé « Vice et vertu de l’incompréhensible47 ». Sa critique porte à la fois sur l’usage du terme et sur le principe plus général de concentrer sur quelques figures exceptionnelles les discours médiatiques consacrés aux sciences. Réagissant au traitement médiatique de la mise en ligne d’une partie des notes manuscrites, jusqu’alors inédites, laissées par Grothendieck à Montpellier lorsqu’il prend sa retraite, Ghys souligne deux problèmes à la diffusion de ce biographème : il donne une image de la science qui est inexacte et démotivante, mais qui correspond, admet-il, au « prototype du savant tel qu’on aime l’imaginer » : « la presse – et peut-être le public – raffole du mythe du mathématicien incompréhensible, si possible un peu fou. […] Il faut s'y résigner : les journaux ignorent les gens normaux et préfèrent forcer le trait en parlant des génies48 ». Dans un autre article est soulignée la tendance à « refuse[r] parfois [l’humanité] à ce genre de génies49 ».

Depuis son origine latine où il désigne « un dieu qui accompagnait l’individu tout au long de sa vie et le reliait au divin50 », l’acception du terme a évolué pour se rapporter de manière courante à partir du XVIIIe siècle à un « individu doué d’une vision et d’une créativité hors du commun51 ». Ces deux composantes sont caractéristiques des traits prêtés à Grothendieck, et se retrouvent également dans son propre discours. Le mathématicien utilise en effet le champ sémantique de la vision pour décrire la spécificité de son intelligence mathématique : il explique que son but, plutôt que de chercher à trouver des théorèmes ou à résoudre des conjectures, est de trouver les bons « points de vue52 ».

Au XXe siècle, le terme « génie » est à la fois riche et chargé sémantiquement et conceptuellement, et dans une certaine mesure galvaudé par les innombrables usages médiatiques qui en sont faits. L’utilisation du terme, souligne McMahon, « est considérée comme un faux pas, aussi bien social que professionnel53 » parmi les scientifiques dans le domaine anglo-saxon, car il renforce la « mythologie du génie individuel » alors que le travail scientifique est massif et collectif. Judith Schlanger développe cette idée à partir du « refus de Kant de reconnaître un génie scientifique » :  

si le travail de la science est essentiellement transitif, communicable, impersonnel, comme le veut l’idéal positiviste, comment y aurait-il place, dans cette perspective, pour la personnalité unique et la puissance imprévisible du génie ? Les deux notions, science et génie, de la façon dont elles sont chargées, semblent mal s’accorder54.

Les références à Grothendieck dans la presse quotidienne nationale des années 1970-1980 n’utilisent pas ce mot. La première occurrence dans la presse nationale date du milieu des années 1990 : Dominique Leglu parle en 1996 « d’un homme considéré comme génial par ses pairs55 ». L’article cite un article antérieur paru dans Science et vie, intitulé « Mais où est passé le génie des maths56 ? ». À cette époque, Grothendieck a pris sa retraite et a disparu sans laisser d’adresse depuis quelques années déjà. Suit une occurrence en 2012, puis toutes les suivantes surgissent à partir des articles nécrologiques en novembre 2014, premier « pic » observé précédemment. Le terme « génie » se multiplie dans la presse alors que se multiplient les articles parlant de Grothendieck. Le mathématicien entre dans le discours médiatique une fois disparu, et y acquiert le qualificatif de « génie » une fois décédé, dans une forme de patrimonialisation qui concerne aussi bien le personnage que l’œuvre qu’il laisse derrière lui.

Philippe Douroux joue un rôle certain dans cette patrimonialisation : journaliste, il est l’auteur d’une des trois biographies de Grothendieck publiées en 2016, et publie entre 2012 et 2022 dans Libération une dizaine d’articles sur Grothendieck, dont la moitié avant la sortie de son livre57. Il explique dans la biographie que son intérêt pour Grothendieck est né en 2012, un peu par hasard, au détour d’une enquête sur les Français ayant obtenu la médaille Fields. Il raconte qu’il est parvenu à obtenir l’adresse du mathématicien, l’a observé sans jamais lui parler, et s’est fixé pour mission d’« arracher Grothendieck à sa disparition programmée », car si « les mathématiciens savent ce qu’ils doivent à ce génie sorti de nulle part […] le commun des mortels ne soupçonne même pas son existence58 ». L’angle du journaliste devient rapidement le devenir des notes laissées par Grothendieck au moment de son départ à la retraite, et après sa mort. Le discours journalistique de Douroux s’appuie sur les tropes du trésor et du mystère, avec un héritage d’une valeur intellectuelle et marchande à déterminer, des démêlés judiciaires, et l’éventualité d’une hypothétique découverte mathématique d’ampleur. Par sa production journalistique, Douroux participe largement à la médiatisation de Grothendieck auprès du grand public et à la diffusion des biographèmes et des anecdotes : dès son premier article en 2012, il utilise systématiquement le terme « génie ».

Un biographème pivot

Si le terme a souvent rapport avec les mathématiques, il supporte dans nombre de ses occurrences une série d’autres biographèmes sans rapport direct avec les mathématiques, mais participant à l’élaboration narrative de la figure médiatique de Grothendieck. La vie du mathématicien est propice à la narration : elle est comparée à un « roman59 » voire qualifiée de « diablement romanesque60 », et le génie fait bel et bien partie de cette mise en récit, voire en devient le support. On le trouve ainsi comme paramètre de l’autodidaxie : le génie est un donné, une qualité innée, dont les récits rétrospectifs soulignent la prise en compte retardée dans le champ institutionnel : « pas encore été identifié par ses professeurs comme le génie qu’il est61 », « se faire remarquer comme un génie presque par hasard62 ».

Le terme « génie » est également associé à une dimension subversive qui prend diverses formes, comme l’adjectif « iconoclaste63 » ou des éléments pouvant paraître paradoxaux et contraires à une certaine image des mathématiciens et de leur ethos professionnel64 : Grothendieck est qualifié de « génie sans concession65 » et de « génie intransigeant et solitaire66 », tant sur le plan scientifique que dans ses relations avec la communauté, en rupture avec la société et les normes dominantes de son milieu socio-professionnel. L’iconoclasme se traduit aussi, dans un sens plus contemporain, par des caractéristiques inattendues contrastant avec les traits du génie. Ainsi, dans « le génie retourne à Montpellier67 », il est sous-entendu une forme de dévaluation professionnelle, de même que l’expression « des “gribouillis” de génie », reprenant un terme employé par Grothendieck68, joue sur l’écart entre un terme réducteur et l’importance qui est accordée à ce qu’il recouvre.

Un troisième ensemble de biographèmes associés à celui du génie est le militantisme, à travers des adjectifs qualifiant différents aspects de son engagement politique : « le génie anarchiste », « le génie antimilitariste », « pur génie des mathématiques, apatride et antimilitariste militant ».

Enfin, l’ermitage est une part importante du traitement médiatique que traduit le corpus : « la mort d’un génie qui voulait se faire oublier », « le génie avait rejeté le monde », « génie des maths et misanthrope », « la mise sur la touche d’un génie de son vivant ». Selon les articles, ces associations renforcent un aspect connotatif préexistant du terme « génie » (comme le don naturel ou le trope du mathématicien doux dingue, dans son monde, ou encore totalement fou), ou bien enrichissent le biographème d’autres traits spécifiques à Grothendieck.

Le biographème du génie se construit fréquemment à travers la référence récurrente à d’autres figures connues du grand public agissant comme un point de comparaison, une mesure de l’extraordinaire. De nombreux articles disent de Grothendieck qu’il est « [l]e Einstein des mathématiques » : Einstein est l’archétype du « génie scientifique », « la quintessence du génie moderne69 », à qui l’on prête, « outre l’intelligence créatrice, […] une certaine excentricité ludique, une sorte d’“insouciance enfantine” […], soit deux traits que l’on rencontrerait fréquemment chez les esprits vraiment doués70 ». On rappellera que le « cerveau d’Einstein » constitue l’une des « mythologies » contemporaines listées par Barthes71, dans une analyse articulant la représentation socio-culturelle du cerveau du scientifique comme « mythe » et la relation formalisée par Albert Einstein entre l’énergie et la masse, E = mc². Du côté de Grothendieck, point de formule marquante susceptible d’entrer dans les mémoires, si ce n’est le « nombre premier de Grothendieck » que nous avons évoqué plus tôt : les mathématiques de Grothendieck, et plus largement les mathématiques contemporaines, se laissent mal symboliser par de courtes et frappantes formules que le grand public serait susceptible de retenir.

Il est notable que Grothendieck, tout en recourant dans Récoltes et Semailles à la figure de l’enfant comme caractérisant sa pratique des mathématiques72, évoque par ailleurs Einstein pour montrer les similitudes dans la forme que prend leur apport à leur discipline respective, traduisant une conscience très aiguë – et ne s’embarrassant pas de fausse modestie – de cet apport :

La comparaison entre ma contribution à la mathématique de mon temps, et celle d’Einstein à la physique, s’est imposée à moi pour deux raisons : l’une et l’autre œuvre s’accomplit à la faveur d’une mutation de la conception que nous avons de « l’espace » (au sens mathématique dans un cas, au sens physique dans l’autre) ; et l’une et l’autre prend la forme d’une vision unificatrice, embrassant une vaste multitude de phénomènes et de situations qui jusque-là apparaissaient comme séparés les uns des autres. Je vois là une parenté d’esprit évidente entre son œuvre et la mienne73.

Changement de paradigme conceptuel et « vision unificatrice » : on retrouve les éléments de définition du génie formulés par McMahon que sont la « vision et [la] créativité hors du commun ». Le génie est créateur voire démiurge ; dans notre corpus médiatique sont à relever quelques rapprochements avec des figures non scientifiques, principalement d’artistes : « poète maudit des mathématiques74 », « poète de la géométrie algébrique75 », une comparaison à Picasso76, une analogie avec Monet77, et, dans un autre registre, une référence à Attila78. De tels procédés provoquent un effet de reconnaissance : ils supposent que le lecteur connaît ces personnages et peut transférer les aspects et qualités qui leur sont associées, comme la créativité, la puissance ou l’importance historique, à la figure moins connue qu’est Grothendieck, pour donner une idée de son ampleur.

In fine, et à l’inverse, il peut arriver que le nom de Grothendieck soit utilisé comme une quasi‑antonomase dans des références surprenantes qui témoignent de la présence de cette figure et de certains biographèmes dans les imaginaires collectifs. Un premier exemple du côté de la complexité mathématique dans Ouest France : « Il n’est pas nécessaire de se revendiquer comme un disciple d’Alexandre Grothendieck pour comprendre l’importance de la soirée. Si le HBC Nantes l’emporte par plus d’un but d'écart, il aura effectué un grand pas vers le Final Four, organisé à la Trocardière, les 14 et 15 mai79 ». Ici, la périphrase « disciple d’Alexandre Grothendieck » signifie peu ou prou « fort en maths », le nom du mathématicien permettant de construire un archétype. Une deuxième occurrence de ce procédé d’antonomase concerne des éléments plus spécifiques à Grothendieck : dans un entretien publié dans Libération, le sociologue Bernard Lahire dit de son propre livre que « [c]et ouvrage a une conception grothendieckienne80 », avec une note expliquant que Grothendieck cherchait toujours la généralisation pour résoudre des cas particuliers. La référence est pour le moins inattendue (mais il n’est pas anodin que l’entretien soit cosigné par Philippe Douroux), et si cette occurrence reste un hapax, il serait intéressant d’étudier s’il existe d’autres usages adjectivaux et décontextualisés du nom de Grothendieck.

La complexité attribuée au travail mathématique de Grothendieck se déploie au-delà des seules mathématiques, en une superposition entre l’homme et son œuvre. Les tournures comparatives abondent, qui mettent en relation la vie et l’œuvre, les mathématiques et le personnage : « Comment approcher une personnalité aussi complexe que les motifs mathématiques qu’il a dessinés81 ? », « Si les arcanes de la géométrie algébrique révolutionnée par Alexandre Grothendieck restent inaccessibles au commun des mortels, les mystères de la psyché semblent parfois bien plus impénétrables82 », « La vie et l’œuvre d'Alexandre Grothendieck sont comme de paradoxales poupées gigognes, dont chacune serait plus grande que celle qui la contient83 ». Il est écrit de Récoltes et Semailles qu’il s’agit d’« un livre hors norme, à l’image de son génie et de sa vie84 ».

Peut-être cette superposition, en retour, peut-elle conférer aux mathématiques le caractère romanesque et excitant de la vie anecdotisée du mathématicien. Toujours à propos du génie selon Kant, Schlanger écrit :

La narration épique contourne cet obstacle [de l’incompatibilité entre génie et science]. Pour que la vie des génies de la science soit aussi extraordinaire que leur œuvre, c’est-à-dire pour qu’ils soient des génies, il suffit de mettre en évidence des anecdotes singulières. […] La problématique du génie n’est pas appliquée au travail lui-même85.

Au-delà d’un tic de langage ou d’une facilité de présentation, le terme « génie » constitue dans le cas de Grothendieck un biographème-pivot multifonctionnel. Il exprime l’idée d’une qualité exceptionnelle qui dépasse les seules mathématiques, mais aussi une forme d’écart avec le commun voire le réel, une anormalité, une monstruosité. Pour le grand public, il rattache la figure à un trope biographique connu, afin de donner la mesure de l’incommensurable et de dire quelque chose de la complexité mathématique sans nécessairement parler de contenus mathématiques, ce que même des articles spécialisés auraient bien du mal à faire. Les récits médiatiques font de Grothendieck un « personnage » (au sens que lui donne Marc Lits) ambivalent : à la fois conforme avec de nombreux aspects de la représentation stéréotypée des mathématiciens et présenté comme un contre-modèle, une figure hors des clous de l’ethos mathématique.

Notes

1 Philippe Douroux, Alexandre Grothendieck. Sur les traces du dernier génie des mathématiques, Paris, Éditions Allary, 2016, p. 17.

2 Alexandre Grothendieck, Récoltes et Semailles. Réflexions et témoignage sur un passé de mathématicien, Paris, Gallimard, 2022 (première édition papier 35 ans après une diffusion dans un cercle restreint de collègues et de proches).

3 Au sujet de Grothendieck, de son travail mathématique et du reste de sa vie, on peut trouver des biographies, des articles de presse généraliste, des articles de publications spécialisées, des textes qui le mentionnent à propos de l’éthique en science, de la bifurcation académique ou de l’écologie. Certains sont recensés sur le site Grothendieck Circle, « dédié à la vie et aux travaux d’Alexandre Grothendieck » et tenu par un groupe de mathématiciens [en ligne : https://www.grothendieckcircle.org/ (dernière consultation le 14 mars 2025)]. Il existe également de nombreux podcasts, vidéos et films documentaires produits aussi bien par des scientifiques que par des non scientifiques, journalistes ou non. Il nous a été également signalé, sans que nous puissions consulter ces documents, des mentions du mathématicien datant des années 1960-1970 dans le magazine de contre-culture Actuel, ainsi que dans un dossier de Paris Match consacré aux « génies », avec Euclide, Archimède, ou encore Descartes.

4 Marc Lits, « La construction du personnage dans la presse people », Communication, vol. 27(1), 2009, p. 124-138 [En ligne : http://journals.openedition.org/communication/1292 (dernière consultation le 14 mars 2025)]. Voir aussi du même auteur, « Personne privée, personnage public. Médiatisation et éthique », Communication, vol. 20(2), 2001, p. 9-24 [En ligne : https://journals.openedition.org/communication/6497 (dernière consultation le 14 mars 2025)].

5 Notre recherche a également fait sortir trois articles du quotidien d’information économique et financière Les Échos, qu’il peut être pertinent de considérer à part en raison de la familiarité potentielle de son lectorat avec les mathématiques.

6 Maurice Mashaal, Bourbaki : une société secrète de mathématiciens, Paris, Belin, 2002. Voir également les travaux de Liliane Beaulieu et de Gatien Ricotier.

7 Voir l’anthologie coordonnée par Céline Pessis, Survivre et vivre. Critique de la science, naissance de l’écologie, Paris, L’échappée, 2014.

8 « Des savants tirent la sonnette d’alarme », Le Monde, 16/06/1971.

9 Au sujet de la construction par les nécrologies d’une figure médiatique issue d’un « petit sport » (en l’occurrence le grimpeur Patrick Edlinger), voir l’article de Valérie Bonnet, « Vertige des hauteurs, économie de la grandeur. Les rubriques nécrologiques consacrées à P. Edlinger », Recherches en communication, n° 50 « Vedettes du sport », 2019, p. 19-33.

10 Yan Pradeau, Algèbre, Paris, Éditions Allia, 2016 ; Philippe Douroux, Alexandre Grothendieck, op. cit. ; Georges Bringuier, Alexandre Grothendieck, Itinéraire d’un mathématicien hors normes, Toulouse, Éditions Privat, 2016.

11 Il est cependant à noter qu’à l’exception des archives du Monde, les bases de données consultées ne remontent pas jusqu’aux années 1950-1960.

12 André Warusfel, « La suprématie de l’école française de mathématiques est ébranlée », Le Monde, 15/09/1966.

13 Avec toutes les précautions qu’impose le caractère non exhaustif de notre corpus de travail.

14 Catherine Aïra et Yves Le Pestipon (réal.), Alexander Grothendieck, sur les routes d’un génie, Documentaire, 1h46, 2013.

15 Georges Bringuier, Alexandre Grothendieck, Itinéraire d’un mathématicien hors normes, op. cit.

16 À l’exception de sa « passion pour les femmes », qui n’est que très peu abordée dans les articles de presse que nous avons pu lire mais qui est tout à fait revendiquée par lui-même, dans ses propres écrits : « Trois grandes passions ont dominé ma vie d’adulte, à côté d’autres forces de nature différente. […] La première à se manifester dans ma vie a été ma passion pour les mathématiques. […] La deuxième passion dans ma vie a été la quête de la femme. » (Alexandre Grothendieck, Récoltes et Semailles…, op. cit., p. 87).

17 Marc Lits, « Focus 2. Récits médiatiques », dans Benoît Lafon (dir.), Médias et médiatisation Analyser les médias imprimés, audiovisuels, numériques, Presses universitaires de Grenoble, 2019. p. 137-144.

18 Voir Michael J. Barany, « The Myth and the Medal », Notices of the AMS, vol. 62, n° 1, janvier 2015, p. 15-20.

19 Sabine Gignoux, « Alexandre Grothendieck, l’énigme irrésolue », La Croix, 26/07/2016, citant des propos du mathématicien Jean-Pierre Serre.

20 Aline Gérard, « Un trésor mathématique à la portée de tous », Aujourd’hui en France, 10/05/2017, citant des propos du mathématicien Cédric Villani.

21 Laurent Mouloud, « Mais à quoi pensait Grothendieck ? », L’Humanité, 12/05/2017.

22 Philippe Douroux, « Une œuvre cathédrale », Le Monde, 09/05/2019.

23 Laurent Mouloud, « Mais à quoi pensait Grothendieck ? », artcit.

24 Olivier Rey, « Mathématiques et langue commune », Images des mathématiques [En ligne : https://images.math.cnrs.fr/Mathematiques-et-langue-commune.html].

25 André Warusfel, « La suprématie de l’école française de mathématiques est ébranlée », Le Monde, 15/09/1966.

26 Philippe Douroux, « Alexandre Grothendieck, maths et mythique », Libération, 15/11/2014.

27 Étienne Klein, « Le cercle du génie disparu », La Croix, 24/03/2016.

28 Soline Roy, « Grothendieck, les mathématiques sauvages », Le Figaro, 15/11/2014.

29 Philippe Douroux, « Alexandre Grothendieck, maths et mythique », artcit.

30 Philippe Douroux, « Inestimables mathématiques, avez-vous donc un prix ? », Libération, 16/12/2016.

31 Id., « La chasse aux manuscrits de Grothendieck a commencé », Libération, 06/07/2015.

32 Id., « Les archives insaisissables d’Alexandre Grothendieck », Le Monde, 09/05/2019.

33 Ibid.

34 Laurent Mouloud, « Mais à quoi pensait Grothendieck ? », artcit.

35 Philippe Douroux, « Les archives insaisissables d’Alexandre Grothendieck », artcit.

36 « Les notes d’Alexandre Grothendieck sur le Net », Libération, 11/05/2017.

37 Aline Gérard, « Un trésor mathématique à la portée de tous », artcit.

38 Laurent Mouloud, « Mais à quoi pensait Grothendieck ? », artcit.

39 Étienne Klein, « Le cercle du génie disparu », artcit.

40 « Mais pourquoi donc cette vision des mathématiques persiste-t-elle autant ? Si on vous demande de penser à une personne qui, à vos yeux, incarne les mathématiques, vous penserez soit à des mathématiciens connus comme Cédric Villani ou Alexandre Grothendieck, soit à un ancien camarade qui avait des moyennes en mathématiques qui faisaient l’admiration ou le désespoir de toutes les classes dans lequel il se trouvait. Ces personnes sont, presque toujours, des personnes dans une situation un peu exceptionnelle, auxquelles vous ne pouvez vous identifier facilement, et généralement de sexe masculin. » (Nathalie Sayac, « Maths à l’école : d’où vient le problème ? », La Tribune, 22/11/2022).

41 « Depuis 40 ans, l’Institut des hautes études scientifiques recrute parmi les meilleurs mathématiciens et physiciens du monde. Une théorie de génies. » (Sylvestre Huet, Libération, 13/10/98) ; « Le trésor oublié du génie des maths » (Philippe Douroux, Libération, 02/07/12) ; « Alexandre Grothendieck : mort d'un génie des maths » (Stéphane Foucart et Philippe Pajot, Le Monde, 15/11/2014) ; « Grothendieck, ce génie » (Michel Broué, Les Échos, 12/01/2015) ; « Une deuxième vie pour un génie des maths » (Stéphane Foucart, Le Monde, 19/06/2015) ; « Des “gribouillis” de génie en héritage » (Philippe Douroux, Libération, 15/01/2016) ; « L’héritage convoité du génie des maths » (Jean-Marc Ducos, Aujourd’hui en France, 31/01/2016) ; « L’existence complexe d’un génie des mathématiques » (N.M., L’Humanité, 12/02/2016) ; « Le cercle du génie disparu » (Étienne Klein, La Croix, 24/03/2016) ; « Le père de la bombe atomique et le génie antimilitariste » (Cyrille Vanlerberghe, Le Figaro, 23/07/2016) ; « Dans la tête du génie Alexandre Grothendieck » (David Larousserie, Le Monde, 16/03/2022).

42 Dossier « Le génie d’Alexandre Grothendieck », La Recherche, n° 486, avril 2014 ; dossier « Les maths de Grothendieck. L’héritage fertile d’un génie », Pour la Science, n° 467, septembre 2016.

43 Philippe Douroux, Alexandre Grothendieck…, op. cit.

44 Catherine Aïra, Yves Le Pestipon (réal.), Alexandre Grothendieck, sur les routes d’un génie, France, K Production, 2013, 106 minutes.

45 Michel de Pracontal, Les Énigmes de Grothendieck. Enquête sur un génie mathématique, 2015, ebook de Mediapart.

46 Extrait d’un entretien mené le 11 février 2022 avec Sophie Kucoyanis, éditrice de Récoltes et Semailles chez Gallimard. La transcription de cet entretien figure en annexe de notre thèse (Odile Chatirichvili, Récits de science, récits de soi – Étude comparée de cinq autobiographies de mathématiciens du XXe siècle à nos jours (Frenkel, Grothendieck, Halmos, Roubaud, Schwartz), Université Grenoble Alpes, 2022).

47 Étienne Ghys, « Vice et vertu de l’incompréhensible », Le Monde, 24/05/2017.

48 Ibid.

49 David Carzon, « Vient de paraître », Libération, 20/02/2016 : il s’agit d’une recension de Philippe Douroux, Alexandre Grothendiecks…, op. cit., la biographie étant présentée comme une manière de rendre à Grothendieck son humanité.

50 « Le mot lui-même vient du latin, et pour les Romains de l’Antiquité, qui ont été les premiers à l’employer, le genius était un gardien spirituel, un dieu qui accompagnait l’individu tout au long de sa vie et le reliait au divin. » (Darrin McMahon, Fureur divine. Histoire du génie, trad. Christophe Jaquet, Paris, Fayard, 2016, p. 17).

51 Ibid.

52 Alexandre Grothendieck, Récoltes et Semailles…, op. cit., p. P15-P17.

53 Darrin McMahon, Fureur divine. Histoire du génie, op. cit., p. 316.

54 Judith Schlanger, L’Invention intellectuelle, Paris, Fayard, 1983, p. 19.

55 Dominique Leglu, « Au royaume des maths », Libération, 16/01/201996.

56 Il s’agit d’un article de Roman Ikonikoff dans un numéro de Science et vie datant d’août 1995, p. 53-57, dont une version non mise en page est en ligne sur le site internet Grothendieck Circle avec le titre « Mais où est le génie des maths ? » : https://webusers.imj-prg.fr/~leila.schneps/grothendieckcircle/ikonikoff.pdf (dernière consultation le 14 mars 2025).

57 Le premier, « Le trésor oublié du génie des maths », Libération, 02/07/2012, est le seul publié avant la mort de Grothendieck. Viennent ensuite dans Libération : « Alexandre Grothendieck, maths et mythique » (15/11/2014), « Alexandre Grothendieck : des gribouillis aux bits » (18/06/2015), « La chasse aux manuscrits de Grothendieck a commencé » (06/07/2015), « Des “gribouillis” de génie en héritage » (15/01/2016). Puis, après la publication de la biographie en février 2016 : « Les inestimés “Grothendieck Papers" » (09/06/2016), « Inestimables mathématiques, avez-vous donc un prix ? » (16/12/2016), et dans Le Monde un dossier sur « Les archives insaisissables d’Alexandre Grothendieck » (09/05/2019).

58 Philippe Douroux, Alexandre Grothendieck…, op. cit., p. 14.

59 Soline Roy, « Grothendieck, les mathématiques sauvages », artcit. et David Carzon, « Vient de paraître », artcit.

60 Claire Devarrieux,« Goncourt de la fusée éditoriale », Libération, 02/01/2021, article à propos du roman L’Anomalie d’Hervé Le Tellier.

61 Stéphane Foucart et Philippe Pajot, « Alexandre Grothendieck : mort d'un génie des maths », artcit.

62 Philippe Douroux, « La chasse aux manuscrits de Grothendieck a commencé », artcit.

63 Rafaële Brillaud, « Roman noir maths », Libération, 02/06/09, dans une recension du livre Nicolas Bourbaki d’Amir Aczel s’ouvrant sur la disparition de Grothendieck.

64 Voir à ce sujet l’ouvrage de Bernard Zarca, L’Univers des mathématiciens : l'ethos professionnel des plus rigoureux des scientifiques, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2012.

65 Tristan Vey, « 18 000 pages de notes de Grothendieck en libre accès », Le Figaro, 11/05/2017.

66 Stéphane Foucart, « Une deuxième vie pour un génie des maths », artcit.

67 Soline Roy, « Grothendieck, les mathématiques sauvages », artcit.

68 Alexandre Grothendieck, Récoltes et Semailles…, op. cit., p. L3.

69 Darrin McMahon, Fureur divine. Histoire du génie, op. cit., p. 14.

70 Ibid.

71 Roland Barthes, « Le cerveau d’Einstein », Mythologies, Paris, Le Seuil, 1970, p. 85.

72 « La découverte est le privilège de l’enfant. C’est du petit enfant que je veux parler, l’enfant qui n’a pas peur encore de se tromper, d’avoir l’air idiot, de ne pas faire sérieux, de ne pas faire comme tout le monde. » (Grothendieck, Récoltes et Semailles…, op. cit., p. 1).

73 Ibid., p. 59. Grothendieck souligne.

74 Stéphane Foucart, « Une deuxième vie pour un génie des maths », artcit.

75 David Carzon, « Vient de paraître », artcit.

76 Philippe Douroux, « La chasse aux manuscrits de Grothendieck a commencé », artcit.

77 Philippe Douroux, « Alexandre Grothendieck, maths et mythique », artcit.

78 Sophie Joubert, L’Humanité, 11/02/2016, dans une recension du livre de Yan Pradeau, Algèbre, op. cit., qui utilise l’expression.

79 « Une victoire et le Final Four ne sera plus très loin… », Ouest-France, 06/03/2016.

80 Sonya Faure, Philippe Douroux, « Bernard Lahire : “La toile jugée médiocre se mue en chef-d'œuvre" », Libération, 16/05/2015.

81 David Carzon, « Vient de paraître », artcit.

82 Sabine Gignoux, « Alexandre Grothendieck, l’énigme irrésolue », artcit.

83 Stéphane Foucart, « Une deuxième vie pour un génie des maths », artcit.

84 « Le manuscrit fou de l'écrivain mathématicien Alexandre Grothendieck enfin publié », Le Figaro, 07/02/2022.

85 Judith Schlanger, L’Invention intellectuelleop. cit., p. 19.

Pour citer ce document

Odile Chatirichvili, « Portraits du mathématicien en « génie » : la fabrique médiatique d’Alexandre Grothendieck», La fabrique des récits de vie. Circulation des biographèmes de Vapereau à Wikipédia, sous la direction d'Olivier Bara, Marceau Levin et Marie-Ève Thérenty Médias 19 [En ligne], Dossier publié en 2025, Mise à jour le : , URL: https://www.medias19.org/publications/la-fabrique-des-recits-de-vie-circulation-des-biographemes-de-vapereau-wikipedia/portraits-du-mathematicien-en-genie-la-fabrique-mediatique-dalexandre-grothendieck