Les réseaux littéraires et queer de Georges Eekhoud
Table des matières
MICHAEL ROSENFELD
Introduction
De son vivant1, le romancier belge Georges Eekhoud (1854-1927) a connu le succès et la reconnaissance de ses pairs2 : en 1894, il est le lauréat du Prix quinquennal de littérature française de Belgique pour son roman La Nouvelle Carthage (publié en 1888 dans une première version et ensuite adapté et réédité en 1893) et est nommé enseignant à l’Université nouvelle. Entre 1897 et 1914, il tient une chronique mensuelle pour Le Mercure de France3 ; en 1920, il est nommé par le roi Albert Ier parmi les premiers membres de la toute récente Académie royale de Langue et de Littérature françaises de Belgique et en 1927, peu de temps avant sa mort, il est élevé au grade de commandeur de l’ordre de la Couronne4. Cette ascension est le fruit d’un travail assidu comme romancier, nouvelliste, journaliste et critique d’art et de théâtre. Dans cet article, nous étudions le rôle de deux réseaux qu’Eekhoud tisse dès le tout début de sa carrière ainsi que leur contribution à ses succès littéraires. Le premier se constitue dans les milieux littéraires naturalistes, symbolistes, décadents et autres en France, en Belgique et à travers l’Europe. Le deuxième réseau est celui des milieux queer5, où il se lie d’amitié avec des intellectuel·les qui sont écrivains, médecins, sexologues, militants, artistes et qui collaborent pour défendre leur droit à aimer librement6. Eekhoud est très conscient, semble-t-il, de l’apport de ces réseaux à sa carrière : en témoignent ses archives7 dans lesquelles sont conservées correspondances, envois d’ouvrages et notes préparatoires pour ses mémoires (restés inachevées) qui permettent de les retracer8.

Fig. 1 : « Liste des membres du Comité international Georges Eekhoud (1928). Collectie Stad Antwerpen, Letterenhuis »
La liste des membres du Comité international Georges Eekhoud9, constitué un an après le décès du romancier survenu le 29 mai 1927, révèle l’étendue des liens du romancier. Le comité organise une commémoration annuelle du décès d’Eekhoud et a également organisé en 1953 l’inauguration d’une statue représentant « deux hommes fraternellement unis dans un geste sobre et supportant le buste de Georges Eekhoud10 » par Henry van de Velde et Dolf Ledl11. La composition du comité témoigne de l’éclectisme des réseaux d’Eekhoud, que ce soit sur le niveau national, professionnel ou encore idéologique, comme l’illustrent les noms suivants : les poètes André Fontainas et Jac van Looy ; les romanciers Lucien Descaves, Jehan Rictus, Romain Rolland, Henri Barbusse, Stijn Streuvels, Jean Tousseul, Georges Duhamel, Paul Fort, André-Ferdinand Hérold et J. H. Rosny (aîné) ; les peintres James Ensor et Philibert Cockx ; les éditeurs Isidore Querido et Alfred Vallette ; les sculpteurs Henry Van De Velde et Dolf Ledel ; le politicien socialiste Camille Huysmans ; les écrivains néerlandais Pieter Cornelis Boutens et Willem Kloos, le russe Maxime Gorki ; ou encore le magistrat colonial au Congo Olivier de Bouveignes. Sur la liste figurent également plusieurs femmes : l’écrivaine May de Rudder ; la poétesse hollandaise Henriette Roland-Holst ; Octavie Goethals, la nièce et fille adoptive d’Eekhoud, la cantatrice Jacqueline de Kesel et Valérie Deny12. Parmi les membres du comité exécutif se trouve Sander Pierron, qui fut l’amant d’Eekhoud entre 1892 et 1900 et ami proche jusqu’à son décès13. Cette diversité est une preuve tangible des talents réticulaires d’Eekhoud et de ses occupations au sein de milieux divers que nous proposons d’étayer dans cet article.
Les débuts
Les trois premiers recueils de poésie d’Eekhoud, Myrtes et cyprès (1877), Zigzags poétiques (1878) et Les Pittoresques(1879) ont probablement été publiés à frais d’auteur14. Ces œuvres sont passées largement inaperçues15 ; le seul compte rendu que nous avons trouvé et qui porte sur les Pittoresques est peu flatteur :
Évidemment il retarde, M. Georges Eekhoud : son cadran poétique marque invariablement mil huit cent trente. Je ne sais s’il a la chevelure mérovingienne et le pourpoint rouge de Th. Gautier, mais, sans contredit, il était de la bataille d’Hernani ; il en flamboie et ruisselle encore […]. [Q]u’il abandonne la fantaisie qu’il manie gauchement, les coquetteries prosodiques où il se montre gêné et surtout cette prétentieuse et vaine aspiration vers le bizarre et l’original quand même16.
Un autre facteur qui a contribué à l’insuccès de ses recueils de poésie est sans doute l’absence de relations dans le monde littéraire : de telles amitiés auraient menées à des recensions favorables et réciproques. Par la suite, Eekhoud acquiert les relations nécessaires pour s’assurer des comptes rendus approbateurs : il publie des recensions flatteuses sur les œuvres de Jean Lorrain, Théodore Hannon, André Gide et d’autres écrivain·e·s, qui lui rendent cette faveur.
Ses débuts réticulaires se constituent lors du Congrès littéraire d’Anvers en août 1877 lorsqu’Eekhoud est nommé secrétaire de la Société des littérateurs belges, qui est ensuite rebaptisée l’Union Littéraire Belge17. Il se lie d’amitié avec la jeune génération des écrivains belges : Georges Rodenbach, Camille Lemonnier et Théo Hannon, premiers maillons de son réseau littéraire. Ces liens lui donnent alors l’opportunité de publier des contributions dans des revues comme L’Artiste et La Revue artistique.
À la même époque, il quitte Anvers et s’installe vers 1880 dans la banlieue bruxelloise, où il est plus proche des centres intellectuels francophones belges. Eekhoud devient rédacteur et journaliste au quotidien bruxellois L’Étoile belge et sa position sur la scène littéraire et culturelle belge s’affirme lentement. Il est l’un des membres fondateurs, avec Max Waller, Iwan Gilkin, Georges Rodenbach, Albert Giraud et Camille Lemonnier, de la revue d’avant-garde La Jeune Belgique, publiée entre 1881 et 1897. Cette nouvelle génération d’écrivains belges désire se faire remarquer en créant cette revue qui accorde une place prépondérante aux nouveaux auteurs et en faisant découvrir des œuvres oubliées, par exemple les Chants de Maldoror de Lautréamont dont elle publie des extraits en 1885.
Réseau littéraire franco-belge et naturaliste
Rodé dans son « terroir naturel », Eekhoud apprend comment s’intégrer également dans les réseaux littéraires parisiens en publiant dans La Revue artistique une série d’études sur Émile Zola en 1879 et 1880. Ces études indiquent qu’il comprend l’importance des réseaux discursifs en parallèle aux réseaux sociaux : il espère qu’en parlant des œuvres de ses confrères, ceux-là feront de même pour les siennes. Il publie son premier roman, Kees Doorik en 1883 chez l’éditeur Lucien Hochsteyn à Bruxelles, réédité chez Kistemaeckers en 1886, et prend l’initiative d’envoyer un exemplaire à ses confrères parisiens. Eekhoud conserve soigneusement les remerciements que certains parmi eux prennent la peine de lui envoyer, par exemple celle d’Edmond de Goncourt du 27 mars 1883 :
Monsieur et cher confrère.
Une grasse peinture que celle de Kees Doorik et encore la dedans [sic] une puissante et sensuelle humanité, de plantureux paysages et de beaux morceaux passionnés sur le labour et les rudes travaux nourriciers. Je ne reproche au livre qu’une chose, c’est une langue trop spéciale, trop éprise de la technicité et des curiosités du style, pas assez générale. Ceci est peut-être un peu mon défaut, mais ce n’est pas une raison pour que je l’encourage chez les autres. Puis ce n’est pas tout à fait vous prêcher de revenir à la langue de Voltaire, n’est-ce pas ?
Encore une fois, monsieur et cher confrère, mes remerciements et mes très sincères félicitations18.
Bien que ce petit mot mélange éloges et reproches, Eekhoud a sans doute été flatté de se voir qualifié de « confrère » par un romancier de grande renommée. Le mot que lui envoie Alphonse Daudet, non daté mais encarté avec la lettre de Goncourt dans l’exemplaire de Kees Doorik de 1886, est plus chaleureux : « Merci pour la très vive et très rare joie que m’a causée votre Kees Doorik. Vous savez voir, et l’expression ne vous manque jamais. Quel beau bestiau que cette Annemie ! et cet effort là vous classe tout près de Lemonnier. À vous19 ».

Fig. 2 : « Lettre d’Alphonse Daudet (s.d.). Archives et Musée de la littérature, Bruxelles »
Joris-Karl Huysmans lui écrit une longue lettre le 20 mars 1883 :
Mon cher confrère,
Je vous connaissais déjà et par Hannon et par vos poésies qui ont paru, si j’ai bonne mémoire, chez Jouast à Paris.
Il y a trois ou quatre mille écrivains qui font, chaque jour, paraître des livres mais il n’y en a pas [beaucoup] sur le nombre qui aient le [ill.] ou la langue, une palette quelconque, une vague idée ce qui peut-être l’orchestration d’une phrase. Seulement, ceux-là, on les connaît et on les a tant aussitôt démêlés dans le tas, et ce n’est point vous flatter que de vous dire que vous étiez depuis longtemps de ceux-là.
Je viens de lire Kees Doorik, et point n’était besoin de me dire que cette vie flamande était exacte car le livre sue et sent la vérité du détail et ayant moi-même un jour séjourné dans ce coin hollando-belge alors que j’allais voir un cousin qui habite à Thurnout [Turnhout] et un oncle qui demeure à Tilburg, j’ai pu savourer un peu avec plus de plaisir encore l’odeur si véhémente et si rude de votre livre.
C’est là surtout la qualité qui s’en dégage : ça sent un terroir, et il y a des éclats de couleurs vraiment prodigieux, entr’autres dans une certaine page 86 qui a fait mes délices avec son brouhaha de kermesse et la délicieuse phrase finale qui dessine si simplement les tireurs.
Maintenant mon cher confrère, j’ai bien envie de crier un peu. Il y a ça et là des adjectifs substantivés qui me rappellent les mauvaises inventions de Cladel, le juste, le probe, etc, etc. Cela m’épouvante ; car voici quelques livres qui me viennent de chez Hochsteyn et je retrouve dans tous l’empreinte de Cladel – et non du Cladel du Bouscassié, qui eut du talent mais du Cladel actuel dont l’affreux jargon n’a plus rien à voir avec la langue.
Il y a là un vrai péril – vous êtes, Dieu merci, vous, peu atteint et il fallait vraiment que j’eusse été mis en éveil par mes lectures précédentes pour découvrir ce petit ver qui a rongé jusqu’à Lemonnier lui-même.
Tout cela n’empêche pas que Doorik regorge de pages enlevées à grands coups. L’atroce agonie de l’oie m’a aussi beaucoup frappé ; c’est solidement exécuté, à grands coups et les couleurs sont posées avec une fermeté vraiment singulière.
J’espère mon cher confrère, que vous n’allez point demeurer là et nous donner bientôt un nouveau livre de prose. Vous êtes bien arrivé, vous n’avez plus qu’à frapper et j’attends vos grands coups.
Si, par hasard, vous apercevez le silencieux Hannon, dites lui donc qu’il m’écrive, car voici longtemps que je n’ai eu sous les yeux sa calligraphie tarabiscotée et bizarre.
Merci pour votre envoi et laissez moi vous donner une fraternelle poignée de main. Bien à vous20.
Cette lettre encourageante et flatteuse de Huysmans mène à une correspondance plus suivie avec Eekhoud et indique que le réseau littéraire belge d’Eekhoud porte ses premiers fruits : Huysmans a entendu parler d’Eekhoud par le biais de leur ami commun, le poète et illustrateur Théodore Hannon. Dans une lettre de mars-avril 1883 à Hannon, Huysmans déclare avoir reçu plusieurs ouvrages d’auteurs belges publiés chez Lucien Hochsteyn, parmi lesquels se trouve sans doute celui d’Eekhoud21. Dans cette lettre à Hannon, Huysmans évoque aussi une œuvre en cours de rédaction qu’il qualifie de « roman très estrange [sic], clérical vaguement, pédéraste un peu ; le roman de la fin d’une race mangée [sic] par les souvenirs d’une enfance religieuse et la maladie des nerfs ». Nous émettons ici l’hypothèse qu’Hannon a informé Eekhoud des intentions de Huysmans de parler des amours entre hommes dans À rebours22, car dans une lettre du 25 juin 1884 à Huysmans, Eekhoud exprime son admiration pour le roman « stupéfiant, unique, phénoménal ». Il félicite le romancier d’avoir « doubl[é] avec de sataniques coquetteries et d’irritantes réticences le cap du Scabreux23 », clin d’œil vers les amours hétérodoxes du duc des Esseintes. Dans ses notes de lecture sur À rebours – sans doute faites pour préparer un article ou l’un de ses cours sur la littérature – Eekhoud indique la présence du « Petit Jésus » que des Esseintes rencontre dans la rue et avec qui il a une liaison24. L’évocation des amours entre hommes dans ce roman et dans plusieurs poèmes des recueils Treize sonnets du doigt dedans (1880) et Le Mirliton priapique (1883) de Théodore Hannon25 a sans doute indiqué à Eekhoud que le sujet est légitime. Ces sentiments deviennent de plus en plus évidents dans ses œuvres dès 1884, sujet qui mènera à la formation de son réseau d’intellectuels queer auquel nous reviendrons par la suite.
En 1884, Eekhoud publie à Bruxelles chez Kistemaeckers, l’éditeur des naturalistes, son premier recueil de nouvelles, Kermesses. Il envoie des exemplaires à ses confrères parisiens et plusieurs l’en remerciement : Edmond de Goncourt, Henry Céard, Joris-Karl Huysmans26. La lettre la plus importante pour Eekhoud est celle d’Émile Zola qui lui écrit le 1er août 1884 :
Merci mille fois de vos Kermesses, mon cher confrère. J’ai voulu les lire avant de vous répondre, et j’ai si peu de temps, que j’ai eu le regret de vous faire attendre.
Votre livre m’intéressait car mon prochain roman se passe dans le nord de la France, et j’ai là des ducasses qui m’inquiètent. Vous êtes du sol, vous, et vos pages sentent bien l’odeur de la terre où elles ont poussé. C’est là une vie que l’art ne remplace jamais.
Vous vous doutez de l’unique querelle que je ferai à votre livre. Certes, vous avez eu raison de donner leur langue à vos personnages. Mais pourquoi vous-même torturer le pauvre français dans des phrases d’un maniérisme outré ? Cela jure avec vos sujets.
Toute votre jeune école de Belgique tombe dans le galimatias que nous avons inventé. C’est notre punition de voir ces fils monstrueux. Vous qui êtes jeune débarrassez-vous donc de nous, parlez donc de la simple nature comme on doit parler, simplement.
Je ne vous dirais pas ces choses, si je ne vous trouvais pas beaucoup de talent.
Cordiale poignée de mains27.


Fig. 3 et 4 : « Lettre d’Émile Zola du 1er août 1884. Archives et Musée de la littérature, Bruxelles »
Eekhoud exprime son admiration pour les romans de Zola dans ses premiers articles de critique littéraire dans La Revue artistique en 1879 et 1880 et il donne un cours sur le romancier28. Vers 1915, en préparant ses mémoires, il raconte certains événements majeurs de sa vie parmi lesquels sa seule rencontre avec le romancier : « Je dîne avec Zola (Charpentier, Fernand Xau, Bruneau) chez Stoumon après la première de Messidor29 ». La rencontre avec Zola a lieu autour du 29 janvier 1894, chez Oscar Stoumon, directeur du théâtre de la Monnaie à Bruxelles, il s’agit en fait de la première de L’Attaque au moulin, à laquelle assistent les Zola, accompagnés d’Alfred Bruneau et des autres convives indiqués ci-dessus30. Eekhoud soutient par la suite Zola lors de l’affaire Dreyfus31 et celui-ci soutiendra son confrère belge lors de son procès pour Escal-Vigor en 1900, affaire sur laquelle nous reviendrons.
Les premiers maillons du réseau littéraire franco-belge et naturaliste de Georges Eekhoud semblent porter leurs fruits. Les démarches publicitaires de Georges Eekhoud et de l’éditeur Kistemaeckers mènent aux premières évocations des Kermesses dans les notices bibliographiques de revues et quotidiens parisiens parmi lesquels Le Chat noir (5 juillet 1884), La Justice (25 juin 1884), La Lanterne (2 juillet 1884), La Presse (5 juillet 1884), Gil Blas (8 juillet 1884) et Le Livre : revue mensuelle (1884), ainsi que des articles plus fournis dans L’Intransigeant (24 juin 1884) et La Marseillaise (24 juin 1884). Il continue à tisser par la suite des liens avec des écrivains naturalistes, symbolistes, décadents et étend également son réseau littéraire à l’étranger.
Réseau queer et littéraire
En parallèle aux liens que tisse Eekhoud avec des écrivains, il développe des amitiés avec des intellectuel·les queer à travers l’Europe qui découvrent les amours entre hommes dans ses nouvelles. On trouve des allusions discrètes à ces sentiments dans ses recueils Kermesses (1884) et Nouvelles Kermesses32 (1887) et dans son roman La Nouvelle Carthage (1888/1893), et plus directement dans sa nouvelle « Le quadrille du lancier », publiée dans Le Cycle patibulaire33 (1892). Ce sujet est au centre de plusieurs nouvelles de Mes communions (1895/1897) et de la deuxième édition du Cycle Patibulaire, publiée au Mercure de France en 189634. Eekhoud prépublie une partie des nouvelles sur l’amour entre hommes dans la revue La Société nouvelle, élargissant ainsi son lectorat. Les amours entre hommes sont aussi centrales dans ses romans Escal-Vigor (1899) et L’Autre vue de 190435.
Le militantisme avec lequel Eehkoud défend les amours entre hommes dès 1892 s’explique par une prise de conscience de sa part de la nécessité de légitimer ses sentiments et par sa rencontre en mars de cette année avec Alexandre Pierron, dit Sander, qui sera son compagnon jusqu’en 190036.

Fig. 5 : « Sander Pierron peint par Eugène Laermans en 1896. CC-BY KIK-IRPA, Bruxelles, cliché X009350 »
Eekhoud lui dédie les deux éditions de Mes communions : « À mon ami Sander Pierron pour exalter toutes les Amours et confesser toutes les Fois ». Le mot « fois » permet deux interprétations : la foi dans le sens de serment ou d’engagement et les fois qu’ils ont eu des rapports intimes. Eekhoud donne les manuscrits des nouvelles « Une mauvaise rencontre » et « Appol et Brouscard » à son compagnon37. La première page de cette dernière porte une inscription révélatrice qui s’inspire de leur liaison : « À mon Sander, en attendant tout le livre qui lui est dédié, qui est [illisible] écrit pour lui38 ».
La réputation d’Eekhoud comme défenseur des amours entre hommes dans ses nouvelles s’établit à cette époque à travers l’Europe, comme en témoignent plusieurs lettres d’écrivains queer. Le poète, romancier et chroniqueur queer Jean Lorrain écrit à Marcel Schwob le 8 janvier 1895 : « Je vais dimanche soir au Sabbat… qui se tient pour moi à la Villette, j’y ai fait connaissance d’Apol et Brusquand [sic], les deux amis de Georges Eckoud [sic] et j’y dirige d’une main lente et sûre une idylle passionnelle qui, je l’espère, sera tragique39 ». Lorrain n’a pas besoin expliquer qui sont « Appol et Brouscard » de la nouvelle éponyme d’Eekhoud, ni quelle est la nature de leur liaison. Lorrain est un des premiers à évoquer son admiration pour Eekhoud dans un « Pall-Mall Semaine » (Le Journal du 16 mars 1896) où il le félicite pour sa nouvelle « Le Tatouage », qui raconte l’amour entre deux hommes40. Quelques mois plus tard, Lorrain fait l’éloge d’Eekhoud, déclare que c’est un « inconnu » qui « sera connu demain » et félicite également les éditions du Mercure de France d’avoir publié son Cycle patibulaire (Le Journal, 16 octobre 1896).
Le 19 mars 1899, Lorrain écrit à Eekhoud au sujet d’Escal-Vigor41 :
Mon cher Eekhoud, j’ai parlé de votre Escal-Vigor dans mon avant-dernier Restif42 – entre mon étude sur les aquarelles de Bottini et une autre sur les songes de Vallgren, c’était mon point de départ et [ill.] la nomenclature des livres que j’espérais, je [ill.] entre la Force de Paul Adam et la Débandade de Marcel Lami, Escal-Vigor, de Eckhoud [sic], un mauvais livre qui sent l’ozone et le soufre d’un soir d’orage et l’haleine dangereuse du Berger de feu, mais l’artiste nous aura échappé – Je suis un fidèle, mais que ne venez vous dans ce pays, Escal-Vigor y fleurit vigoureusement et personne n’y attribue une idée de crime. Votre ami, Jean Lorrain43.
Lorrain a bien saisi combien Escal-Vigor est subversif et semble prédire le procès qui sera intenté contre Eekhoud début 1900, nous y reviendrons par la suite.
André Gide évoque Eekhoud dans une lettre à Eugène Rouart du 28 septembre 1896 et admire « ce qu’il ose dire44 », tout en critiquant le style de son confrère belge. Le 8 janvier 1897, Gide voyage à Bruxelles et rencontre Eekhoud pour la première fois. Il évoque lors de ce déjeuner son amitié avec Oscar Wilde, espérant sans doute faire comprendre à son confrère qu’ils partagent les amours queer45. Les deux hommes entament par la suite une correspondance suivie et s’entraident mutuellement en publiant des comptes rendus favorables réciproques. Gide essaie de faire entrer Eekhoud à La Revue Blanche ; Eekhoud parle de Gide dans ses chroniques du Mercure de France et dans la presse belge. Dans ses notes, Eekhoud écrit : « Gide vint plusieurs fois me voir à Bruxelles. Il m’invita à déjeuner au Grand Monarque46. Il assiste à Philaster47 ». Ils s’envoient jusqu’en 1914 leurs œuvres avec des dédicaces chaleureuses, mais ils ne deviennent jamais des amis proches.
Les notes d’Eekhoud montrent son désir de se frayer un chemin dans le monde du théâtre en essayant de faire monter ses pièces queer sur les scènes parisiennes : « Lugné-Poe qui voulut monter Édouard II qu’aurait créé de Max ; il me parla de Tremeloo48 chez Henry Bauer49, (rue de Progny50 [sic.]) près du Parc Monceaux51 [sic] ». Aurélien Lugné-Poe dirige le théâtre de l’Œuvre à Paris entre 1893 et 1899 et aime la provocation. En février 1896, il fait représenter Salomé d’Oscar Wilde dans son théâtre et joue le rôle du roi Hérode52. Monter la pièce à peine quelques mois après la condamnation de Wilde est un acte de soutien manifeste pour le poète et en faveur des amours pour lesquelles il est puni. Ce geste a été remarqué : dans Le Journal du 11 février 1896, Jean Lorrain exprime en grand détail son admiration pour la pièce de Wilde et la représentation au théâtre de l’Œuvre. Dans une lettre du 10 mars 1896, écrite pendant qu’il est en prison, Oscar Wilde demande à son ami Robert Ross de remercier Lugné-Poe53.
Édouard De Max est un acteur queer de grande renommée à la fin XIXe siècle54. André Gide lui dédie sa pièce Saül, dans laquelle les amours entre hommes sont centrales, et l’envisage dans le rôle du roi55. Gide et son ami Henri Ghéon fréquentent les mêmes lieux de rencontre entre hommes parisiens que De Max et partagent souvent des anecdotes sur leurs amis queer, parmi lesquels Jean Lorrain. Selon Eekhoud, Lugné-Poe se montre intéressé à monter Édouard II, l’une de ses pièces queer, avec l’acteur Édouard De Max dans l’un des rôles principaux, le roi anglais Édouard II ou encore celui son amant Piers Gaveston. Dans une lettre à Eekhoud du 25 mars 1897, De Max exprime son enthousiasme pour entamer une collaboration :
Merci de tout mon cœur mon cher M. Eekhoud pour le bel envoi. Votre Cycle Patibulaire m’avait rendu fou de douce impression. Encore merci et à bientôt à Philaster56 si vous venez nous causerons long. Croyez moi, en attendant, votre très mais très admiratif de Max57.
À notre connaissance, Édouard De Max ne jouera pas dans une pièce d’Eekhoud, mais le soutien que reçoit celui-ci d’un directeur de théâtre important et d’un acteur queer de grande renommée l’a sans doute encouragé à rédiger Escal-Vigor.
Réseau queer international
Ce n’est pas par hasard que Gide parle à Eekhoud de Wilde quand ils se rencontrent pour la première fois en 1897, car la condamnation de ce dernier a fait de lui un martyr. En septembre 1895, Eekhoud dédie à Wilde la nouvelle « Le tribunal au chauffoir », publiée dans L’Art Jeune. Cette défense de Wilde, à peine quelques mois après sa condamnation en mai 1895 à deux ans de travaux forcés, n’est pas passée inaperçue : Edmond Pilon en parle dans sa rubrique « Journaux et revues » dans le Mercure de France de novembre 189558 et Jean Ajalbert l’évoque dans une chronique dans La Lanterne du 5 décembre 1895, sous le titre « Mœurs littéraires » au sujet de la pétition en faveur de Wilde qui s’organise alors dans La Plume. Par le biais d’André Gide59, Eekhoud envoie au compagnon de Wilde, Alfred Douglas, un exemplaire de son recueil Cycle Patibulaire (1896) qui contient « Le tribunal au chauffoir ». Ce dernier lui répond par une lettre enthousiaste, et lui envoie un exemplaire de l’édition bilingue de son recueil Poems / Poèmes (1897) avec un envoi chaleureux : « À Georges Eeckhoud [sic]. Hommage très profond et haute sympathie. Alfred Douglas. Rome, février 189760 ».
Après sa libération de prison le 18 mai 1897, Wilde s’exile en France. André Gide lui rend visite et lui montre « Le tribunal au chauffoir ». Le poète se montre très reconnaissant, et envoie à Eekhoud un exemplaire de l’édition bilingue anglaise-française de la Ballade de la geôle de Reading avec un envoi cordial61. Dans une lettre à Sander Pierron du 14 novembre 1898, Eekhoud exprime l’« extrême plaisir62 » qu’il éprouve en échangeant avec Wilde, qui, de son côté, apprécie Eekhoud comme en témoigne une lettre du 12 février 1900 à Louis Wilkinson. Il écrit à ce dernier : « If you have not read Georges Eekhoud’s books – he is a Flamand – order them at once : Mes Communions and Le Cycle Patibulaire. The last has a wonderful story dedicated to me63 ». Eekhoud note dans ses mémoires combien il fut heureux d’avoir échangé avec Wilde64 :
Et puisque je nomme Wilde, combien je fus fier et heureux de voir mon nom au dessus de sa signature sur l’exemplaire de la Geôle de Reading ! ah ! Gide lui avait fait lire mon Tribunal au chauffoir, le martyr de la pudibonderie protestante me remerciait. Mais avait-il aimé le conte ? M’appréciait-il65 ?
Défendre Wilde et s’associer à lui – comme le fait André Gide en publiant un article à sa mémoire dans la revue L’Ermitage en 1902 et un article sur son De Profundis en 190566 – est un acte courageux de soutien que certains intellectuels queer reprochent à Eekhoud. Le sexologue franco-britannique Marc-André Raffalovich consacre une longue partie de ses « Annales de l’Unisexualité », publiées dans la revue scientifique d’Alexandre Lacassagne, les Archives d’anthropologie criminelle en 1897, à son recueil de nouvelles le Cycle patibulaire (1896). Il déclare que: « [l]e livre […] est encore autre chose et les hommes graves qui désirent connaître la pire psychologie de l’inverti ou du perverti en apprendront un peu par les citations qui vont suivre67 ». Il se montre particulièrement virulent au sujet de la nouvelle « Le Tribunal au Chauffoir », dédiée à Oscar Wilde : « M. Eckhood [sic] décrit un uraniste passionné, poursuivant lui-même, sans doute, l’erreur que j’ai tant signalée, celle de croire Oscar Wilde un platonique sensuel, un grand amoureux, et non pas un périlleux agent de corruption68 ». Raffalovich conclut sur une attaque directe des tentations « dangereuses et douteuses » qu’engendre le livre. Malgré les critiques du sexologue, l’évocation des œuvres d’Eekhoud dans une revue scientifique qui se penche souvent sur l’« inversion sexuelle » et qui publie des témoignages de personnes queer69, est une forme de reconnaissance de sa position au sein du champ littéraire. La revue est lue par des médecins et des chercheurs, mais également par celles et ceux qui s’intéressent à ces amours pour des raisons personnelles et qui découvrent ainsi le romancier belge.
Eekhoud construit soigneusement sa réputation de défenseur des amours entre hommes en collaborant aussi au Jahrbuch für sexuelle Zwischenstufen, du médecin berlinois Magnus Hirschfeld. Il publie en 1900 un article en français intitulé : « Un illustre uraniste du XVIIe siècle. Jérôme Duquesnoy70 » dans lequel il présente l’œuvre du sculpteur Jérôme Duquesnoy et s’étend sur sa condamnation injuste pour sodomie et son exécution en 1654 à Gand. Le réseau autour de Magnus Hirschfeld est d’une grande importance en Europe à cette époque et Eekhoud note à ce sujet : « [m]es rapports avec le comité scientifique humanitaire de Berlin : Hirschfeld, Lewetzov71 [sic], Wilhelm, Meienreiz72 [sic]73 ». Le Comité scientifique humanitaire de Hirschfeld milite pour l’abrogation du paragraphe 175 du code pénal allemand interdisant les rapports sexuels entre hommes ; Eekhoud a été l’un des premiers présidents régionaux du comité en Belgique74. Hirschfeld rend visite à Eekhoud à Bruxelles en juillet 1904 et en 1912 : les deux hommes notent dans leurs journaux intimes qu’ils visitent les lieux de rencontres entre hommes de la capitale75.
Sur cette même page, il note dans une couleur différente le nom du sexologue et sociologue Edward Carpenter. L’ouvrage L’Amour homogénique de ce dernier est connu en France et en Belgique par une traduction publiée dans la revue La Société Nouvelle en 1896, où il côtoie deux textes d’Eekhoud : la nouvelle « Le Sublime Escarpe » d’Eekhoud et son adaptation de la pièce de Christophe Marlowe Édouard II, des textes qui évoquent tous les amours entre hommes76. Eekhoud mentionne sa « Correspondance avec Carpenter77 » sur une feuille volante et nous avons retrouvé quatre lettres de 1901 échangées entre eux78. Carpenter le félicite pour Escal-Vigor et Mes Communions, indiquant que les œuvres d’Eekhoud sont connues en Angleterre. Eekhoud loue son confrère britannique pour ses « Essais sur l’amour » parus jadis dans La Société Nouvelle, qui sont ses « ouvrages de chevet » et ses « évangiles » et également pour le pamphlet An Unknown People sur les amours entre hommes qu’il lui a envoyé79. Ils sollicitent mutuellement l’aide de l’autre pour trouver, dans le cas de Carpenter, un éditeur en France et, dans le cas d’Eekhoud, une revue anglaise dans laquelle il pourrait publier des textes. Nous n’avons pas retrouvé de documents dans les archives qui indiquent une suite à ces échanges.
Le réseau queer d’Eekhoud s’étend également à d’autres intellectuel·les qu’il consigne dans ses notes80 : le romancier Robert Scheffer ; la romancière Rachilde ; Jacques d’Adelswärd-Fersen81 ; le juriste et essayiste strasbourgeois Wilhelm Eugen, qui vient également lui rendre visite à Bruxelles82 ; ou encore le romancier néerlandais Jacob Israël de Haan, qui publie en 1904 Pijpelijntjes, premier roman sur les amours entre hommes aux Pays-Bas83.Eekhoud écrit une recension de ce roman et exprime son soutien à son confrère néerlandais, qui lui écrit pour le remercier. Une forte amitié lie les deux hommes et De Haan vient plusieurs fois rendre visite à Eekhoud à Bruxelles où ils fréquentent les lieux de rencontre entre hommes. Ils collaborent tous les deux à la revue anarchiste flamande Ontwaking84 et à d’autres projets littéraires queer : Eekhoud fournit une préface au roman Pathologieën. De ondergang van Johan van Vere de With (1908) ; De Haan adapte et traduit en néerlandais plusieurs œuvres d’Eekhoud: La Nouvelle Carthage, Escal-Vigor et Les Libertins d’Anvers85.
Conclusion : Engagement et mixité des réseaux
Les réseaux littéraires, idéologiques et queer de Georges Eekhoud ont largement contribué à ses succès. Au tournant du XIXe siècle et du XXe siècle, il a acquis une position importante au sein du champ intellectuel belgo-français : le Mercure de France est son éditeur et il tient une chronique belge dans la revue homonyme. Il est reconnu comme défenseur des amours entre hommes à travers l’Europe : ses nouvelles et romans sont traduits en allemand, anglais, néerlandais, russe, roumain, polonais, yiddish et esperanto86. Habituellement, les écrivains gardent leurs différents réseaux sociaux et discursifs séparés, plus particulièrement ceux qui se trouvent dans des registres différents. Dans le cas d’Eekhoud, une telle approche semble indiquée, il ne désire pas mélanger ses amis queer et ses confrères littéraires qui ignorent peut-être ce côté-là de sa vie et qui pourraient le juger. Le procès qui lui est intenté début 1900 pour Escal-Vigor mène à la mixité de ses réseaux par une campagne de soutien public87. La presse belge et française ébruite l’affaire dès mars 1900, quand le parquet de Gand accuse Georges Eekhoud d’avoir enfreint l’article 384 du Code pénal belge sur la « distribution d’écrits contraires aux bonnes mœurs » dans Escal-Vigor88.
Dès juin 1900, Sander Pierron et le romancier belge Eugène Demolder organisent une lettre-pétition pour le soutenir, celle-ci circule librement avant d’être publiée dans le Mercure de France :
Georges Eekhoud, dont toute l’œuvre est consciencieuse et grave, vient de publier une étude empreinte, comme les autres, du seul souci philosophique et artistique : Escal-Vigor. Ce livre, néanmoins, se trouve poursuivi comme contraire aux bonnes mœurs. En cette circonstance, les littérateurs français soussignés tiennent à exprimer à leur confrère Georges Eekhoud l’assurance de leur haute estime et regrettent l’atteinte portée en sa personne à la liberté de l’Art et de l’Idée89.
C’est un soutien public sans précédent qui s’explique en partie par le fait qu’aucune allusion n’est faite, même pas le moindre indice, à la thématique de l’amour entre hommes dans le texte de la pétition. Il s’agit sans doute d’une décision stratégique de la part d’Eekhoud et de son avocat et d’une tactique qui permet aux confrères de signer en masse leur soutien sans se compromettre. Ne soyons cependant pas dupes, aucun des signataires ne peut ignorer le thème du roman qui est largement étayé dans la presse. La pétition est suivie de la liste de ceux qui ont signé, mise à jour le mois suivant et en novembre. Plus de 136 écrivains français et étrangers soutiennent publiquement Eekhoud90.

Fig. 6 : « Collage des signatures de soutien à Georges Eekhoud. Archives et Musée de la littérature, Bruxelles, ML 2967 »
On note parmi eux des intellectuel·les queer (par ordre alphabétique) : André Gide, Henri Ghéon, Alfred Jarry, Jean Lorrain, Rachilde, Robert Scheffer, ainsi que les écrivains belges et français : Paul Adam, Maurice Barrès, Léon Bazalgette, Nonce Casanova, Abraham Catulle-Mendès, Georges d’Esparbes, Anatole France, José-Marie de Heredia, Francis Jammes, Gustave Kahn, Ernest Lajeunesse, Bernard Lazare, Pierre Louÿs, Aurélien Lugné-Poe, René Maizeroy, Albert Mockel, Octave Mirbeau, Jean Moréas, Henri de Régnier, Paul Valéry et Émile Zola. Des signataires étrangers envoient également leur soutien : Filippo Tommaso Marinetti, Wladimir Bienstock, Félix Stevens, Vittorio Pica et Giuseppe Vorluni. Eekhoud reçoit des lettres de soutien de ses amis et confrères Eugène Demolder, Cyriel Buysse, Théodore Hannon, Henry de Groux et Eugène de Roberty. Dans ses notes, Eekhoud souligne son appréciation pour le soutien reçu : « La manifestation des écrivains français lors du procès d’Escal-Vigor91 ». Sur le verso de cette feuille il note une autre conséquence du bruit autour de son procès : « Parler des lettres de gratitude et d’admiration que m’écrivirent des “invertis” du monde entier après la publication d’Escal Vigor – visites que je reçus92 ». On trouve parmi les lettres reçues celles de lecteurs qui le remercient de parler de leurs sentiments ainsi que celles des intellectuel·les queer qui sollicitent sa collaboration.
Le scandale autour de son procès mène à la convergence des différents réseaux qu’Eekhoud a soigneusement cultivés pendant plus de vingt ans. Il a tissé des liens avec ceux qui expriment leur soutien, et ceux-ci défendent à leur tour son droit de parler des amours entre hommes et de les légitimer dans ses œuvres. Intellectuel·les belges, français et étrangers, naturalistes et symbolistes, queer et hétéronormatifs, anarchistes et conservateurs, tous se réunissent pour soutenir leur ami et confrère pour un bref moment dans l’histoire.
Notes
1 Michael Rosenfeld est chercheur postdoctoral de la Research Foundation – Flanders (projet 12C2323N). Son projet de recherche actuel porte sur les collaborations entre intellectuel·les queer en France, en Belgique et aux Pays-Bas de 1885 à 1910.
2 Informations recueillies dans la notice : Robert van Nuffel, « Georges Eekhoud », Biographie nationale, Bruxelles, Académie royale de Belgique, 1969, t. 35, 208-222.
3 On lira à ce sujet : Clara Sadoun-Édouard, « Les “Chroniques de Bruxelles” de Georges Eekhoud (1897-1914) », Textyles, no 58-59, 2020, URL : https://doi.org/10.4000/textyles.3897 (consulté le 3 août 2025).
4 Mirande Lucien, Eekhoud le rauque, Villeneuve d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 1999, p. 193, URL : https://doi.org/10.4000/books.septentrion.95633 (consulté le 3 août 2025).
5 Nous utilisons le terme queer dans cet article pour désigner tout désir, comportement et identité de genre non-hétéronormatif.
6 On lira à ce sujet le dossier « Intellectuel·les queer. Collaborations (1880-1920) » dans Sextant, no 40, 2023, URL : https://doi.org/10.4000/sextant.1838 (consulté le 3 août 2025).
7 Les archives de Georges Eekhoud sont conservées dans trois fonds sur trois sites : la Letterenhuis (Maison des lettres) à Anvers (ci-après LH) ; la Bibliothèque du patrimoine Henri Conscience à Anvers (ci-après EHC) et les Archives et Musée de la littérature à la Bibliothèque Royale à Bruxelles (ci-après AML).
8 Ses notes sont consignées sur des feuilles volantes, conservées dans un dossier intitulé « Souvenirs et témoignages. Notes. Ma vie à Bruxelles depuis le 1er mai 1881 jusqu’à … » aux AML, cote ML 2766. Les feuilles ne sont pas foliotées et nous renvoyons aux titres des différents feuillets quand nous les citons ; tous les soulignements se trouvent dans le texte original.
9 Document conservé à la LH, E147/D, cote 122113/45.
10 Bulletin de l’Académie Royale de Langue & de Littérature Françaises, Bruxelles, tome XXXI, no 3, Septembre 1983, p. 127-129.
11 La statue se trouve à la place McLeod à Anvers, plus d’informations ainsi qu’une photo dans l’inventaire du patrimoine immobilier : « Standbeeld voor Georges Eekhoud », URL : https://inventaris.onroerenderfgoed.be/erfgoedobjecten/215812 (consulté le 3 août 2025).
12 Personne non identifiée.
13 Leur correspondance permet de suivre l’évolution de leur liaison et amitié : Mon bien aimé petit Sander. Lettres de Georges Eekhoud à Sander Pierron (1892-1927), Mirande Lucien (éd.), Lille, GKC, 1993.
14 On lira sur cette poésie de jeunesse : Antoine Piantoni, « L’adolescence poétique de Georges Eekhoud », Textyles, no 58-59, 2020, URL : https://doi.org/10.4000/textyles.3877 (consulté le 3 août 2025).
15 Nous avons trouvé pour la plupart que des annonces de parution, par exemple des Zigzags poétiques dans Le Rappel (7 mars 1878).
16 [Anonyme], « Littérature. Georges Eekhoud. Les Pittoresques […] », L’Art moderne, no 8, 24 avril 1881, p. 59-61.
17 Mirande Lucien, Eekhoud le rauque, op. cit., p. 40-41.
18 Lettre encartée dans un exemplaire de Kees Doorik de 1886, conservé aux AML dans le Fonds Eekhoud, cote MLA 01142. Lettre partiellement citée dans Mirande Lucien, Eekhoud le rauque, op. cit., p. 62-63.
19 Lettre encartée dans un exemplaire de Kees Doorik de 1886, conservé aux AML dans le Fonds Eekhoud, cote MLA 01142.
20 Lettre et enveloppe conservées aux AML dans le fonds Eekhoud, cote ML 2970/60. Lettre partiellement citée dans Mirande Lucien, Eekhoud le rauque, op. cit., p. 63.
21 Joris-Karl Huysmans, Lettres à Théodore Hannon : 1876-1886, Pierre Cogny (éd.), Saint-Cyr-sur-Loire, C. Pirot, 1985, p. 271-272.
22 On lira à ce sujet : Romain Courapied, « L’homosexualité dans À rebours de J.-K. Huysmans. Synthèse et perspectives », À rebours, attraction-désastre, Paris, Classiques Garnier, 2017, t. I « Attraction », p. 151-170 et Michael Rosenfeld, Formes et figures de l’amour entre hommes dans le discours social, les écrits personnels et la littérature en France et en Belgique de 1870 à 1905, thèse de doctorat en lettres, Paris-Louvain, Université Sorbonne nouvelle-Université catholique de Louvain, 2020, p. 979-989.
23 Lettre encartée dans l’exemplaire sur papier Hollande d’À rebours de Célestin Borely, vendu en vente publique chez Sotheby’s le 9 octobre 2018 : Bibliothèque R. et B.L., éditions originales et autographes du XIXe siècle (1870-1898), Vente à Paris, Sotheby’s, 9 octobre 2018, Binoche et Giquello, 2018, p. 101, URL : https://www.bibliorare.com/lot/272511/ (consulté le 3 août 2025)
24 Notes conservées aux AML dans le fonds Eekhoud, cote ML 2970/325, fo 3.
25 Monsieur de la Braguette [Théodore Hannon], Les Treize sonnets du doigt dedans, Domrémy-la-Pucelle (Vosges), Au Couvent des Puces Travailleuses, [Bruxelles, 1880] et Frère Culpidon [Théodore Hannon], Le Mirliton priapique. 69 quatrains contre le spleen avec un culispice folâtre, Bruxelles, Kistemaeckers, 1883. On lira à ce sujet : Michael Rosenfeld, Formes et figures de l’amour entre hommes dans le discours social, les écrits personnels et la littérature en France et en Belgique de 1870 à 1905, op. cit., p. 878-880.
26 Lettres citées partiellement dans Mirande Lucien, Eekhoud le rauque, op. cit., p. 64-66.
27 Lettre et enveloppe encartées dans un exemplaire de Germinal (121e mille, 1904), conservé aux AML dans le Fonds Eekhoud, cote MLA 1754.
28 Notes de cours conservées au LH, Fonds Eekhoud, cote 147547/a fos 1-6.
29 AML, cote ML 2766, document intitulé « Souvenirs et témoignages Notes Ma vie à Bruxelles depuis le 1er mai 1881 jusqu’à … ».
30 Mirande Lucien, Eekhoud le rauque, op. cit., p. 75-76.
31 Michael Rosenfeld, Émile Van Balberghe, Jacques Detemmerman, « Le J’accuse…! d’Émile Zola imprimé en caractères plantiniens », De Gulden Passer, no 101, vol. 2, 2023, p. 192-193 et 198-199.
32 Michael Rosenfeld, Formes et figures de l’amour entre hommes dans le discours social, les écrits personnels et la littérature en France et en Belgique de 1870 à 1905, op. cit., p. 1003-1005 et 1111-1113.
33 Ibid., p. 1124-1128. La première édition du Cycle patibulaire est publiée chez Kistemaeckers à Bruxelles le 30 mars 1892.
34 L’édition de 1895 de Mes communions, publiée chez Kistemaeckers, contient trois nouvelles sur les amours entre hommes : « Climatérie », « Appol et Brouscard » et « Une mauvaise rencontre » ; l’édition de 1897 publiée au Mercure de France contient ces trois nouvelles et deux autres : « Une partie sur l’eau » et « Le sublime escarpe ». On lira au sujet de l’amour entre hommes dans les nouvelles d’Eekhoud : Michael Rosenfeld, « Subversion politique et sexuelle dans Appol et Brouscard et Une Mauvaise rencontre », Textyles, no 58-59, 2020, p. 213-227, URL : https://doi.org/10.4000/textyles.3936 (consulté le 3 août 2024).
35 Ce roman est réédité en 1926 sous le titre Voyous de Velours ou L’Autre vue.
36 Leur correspondance témoigne de la nature de leur liaison : Mon bien aimé petit Sander. Lettres de Georges Eekhoud à Sander Pierron (1892-1927), Mirande Lucien (éd.), Lille, GKC, 1993.
37 Manuscrits conservés au LH, Fonds Eekhoud, cote E147/14 et cote E147/16.
38 Ibid., cote E147/16, f°1.
39 Mot souligné dans le texte, cité dans : Thibaut d’Anthonay, Jean Lorrain, Paris, Fayard, 2005, p. 540. Nous ne savons pas si les erreurs dans la lettre sont celles de Thibaut d’Anthonay ou de Lorrain.
40 La nouvelle est dédiée à Sander Pierron et est prépubliée dans Le Coq rouge, décembre 1895 – janvier 1896, p. 363-368. La nouvelle est ensuite ajoutée dans la réédition du Cycle patibulaire (1896), p. 247-259. « Le Tatouage » est la seule nouvelle queer d’Eekhoud qui est traduite en néerlandais (par Lode Baekelmans) de son vivant : Georges Eekhoud, « In de danskrot », De Vrije Tribune, 1905, p. 341-350.
41 Une seule lettre de Jean Lorrain à Georges Eekhoud a été conservée, bien que le ton et l’intimité qu’on y lit laissent supposer qu’elle fasse partie d’échanges plus fournis.
42 Raitif de la Bretonne [Jean Lorrain], « Pall-Mall Semaine », Le Journal, 27 février 1899.
43 Lettre encartée dans un exemplaire des Contes pour lire à la chandelle (1897) de Lorrain, avec un envoi chaleureux : « À Georges Eckhoud [sic.] son ami Jean Lorrain », conservé aux AML, MLA 1524. Eekhoud a également conservé l’enveloppe et a noté au crayon rouge « Jean Lorrain ». Lorrain superpose la fin de la lettre verticalement sur le texte horizontal, rendant cette partie difficile à lire.
44 Correspondance Gide-Rouart, David H. Walker (éd.), Lyon, Presses universitaires de Lyon, t. 1 1893-1901, 2006, p. 362-364.
45 Mirande Lucien, « Georges Eekhoud », Bulletin des amis d’André Gide, dossier « Gide et ses amis belges », Vol. XXI, no 97, janvier 1993, p. 65-78.
46 Le restaurant Au Grand Monarque se situait à l’avenue Marnix à Bruxelles.
47 Eekhoud traduit et adapte la pièce Philaster, or Love Lies a-Bleeding (1609) des dramaturges Francis Beaumont and John Fletcher qu’il publie en 1895 sous le titre Philaster ou l’amour qui saigne. La pièce est jouée à l’Odéon à Paris début avril 1897. AML, cote ML 2766 ; non folioté, intitulé« Vie littéraire. Amitiés et camaraderies parisiennes ».
48 Nouvelle dédiée à Sander Pierron, prépublié dans le Mercure de France, t. XXIII, no 92, août 1897, p. 203-217 et ensuite repris comme chapitre dans son roman Voyous de Velours (1904).
49 Henry Bauër (1851-1915) était un écrivain et journaliste français, fils naturel d’Alexandre Dumas et d’Anna Bauër. Officier communard, il est condamné à l’exil dans la colonie pénitentiaire en Nouvelle-Calédonie, où il reste sept ans. Gracié par Jules Grévy en 1879, il rentre à Paris et entame une carrière de journaliste, de critique littéraire et de romancier. Il est parmi les défenseurs les plus ardents de Wilde lors de son procès et après sa condamnation ; on lira à ce sujet : Nancy Erber, « The French Trials of Oscar Wilde », Journal of the History of Sexuality, Vol. 6, no 4, April 1996, p. 570.
50 Rue de Prony, dans le dix-septième arrondissement
51 AML, ML 2766 « Mémoires de Bruxelles de 1881 à ».
52 Oscar Wilde, Œuvres, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1996, p. 1838.
53 Oscar Wilde, The Complete Letters of Oscar Wilde, op. cit, p. 652-3.
54 On lira sur De Max : Chantal Meyer-Plantureux, Antisémitisme et homophobie : clichés en scène et à l’écran, Paris, CNRS Éditions, 2019, p. 45-49.
55 André Gide, « Saül », Romans et récits, t. I, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 2009, p. 1390-1397 et 1400-1401. Notons que Saül sera représenté seulement en 1922 au théâtre du Vieux-Colombier.
56 Comme nous l’avons indiqué ci-dessus, la pièce est jouée à l’Odéon à Paris le début avril 1897 : nous ne savons pas si Édouard De Max a assisté aux représentations.
57 Lettre et enveloppe conservées à la LH, E147/B2 - Personen zonder Dossier II / L-W, cote 147277 / 56 -56a. Nous datons la lettre par le cachet de poste.
58 Edmond Pilon, « Journaux et revues », Mercure de France, t. XVI, novembre 1895, p. 269.
59 François J.-L. Mouret, « Quatorze lettres et billets inédits de lord Alfred Douglas à André Gide, 1895-1929 », Revue de littérature comparée, 49eannée, no 3, juillet-septembre 1975, p. 497.
60 La lettre d’Alfred Douglas est encartée dans cet exemplaire, qui est superbement relié et conservé aux AML, AML 1338.
61 L’exemplaire superbement relié d’Eekhoud est conservé aux AML, MLA 1749.
62 Mon bien aimé petit Sander. Lettres de Georges Eekhoud à Sander Pierron (1892-1927), op. cit., p. 166-167.
63 « Si tu n’as pas encore lu les livres de Georges Eekhoud – il est flamand – commande-les de suite : Mes Communions et Le Cycle Patibulaire. Ce dernier a une histoire merveilleuse qui m’est dédiée » [notre traduction]. Oscar Wilde, The Complete Letters of Oscar Wilde, Rupert Hart-Davis et Merlin Holland (éd.), Londres, Fourth Estate, 2000, p.1171.
64 Autre signe de sa passion pour Wilde : Eekhoud a conservé des dizaines de coupures de la presse belge, française, américaine et britannique sur le procès et le décès de Wilde. AML, cote ML 2970, fos 516-532 et un article, encarté dans MLA 1747.
65 AML dans le Fonds Eekhoud, cote ML 2766 ; non folioté, intitulé « Vie littéraire, Lettres, dédicaces, amis que je n’ai jamais vus ! ».
66 André Gide, « Oscar Wilde », L’Ermitage, no 6, juin 1902, p. 401-429 et « Le De profundis d’Oscar Wilde », L’Ermitage, 15 août 1905, p. 65-73 et repris ensuite dans Oscar Wilde (1910).
67 Marc-André Raffalovich, « Annales de l’Unisexualité », Archives d’anthropologie criminelle, 1897, p. 68.
68 Ibid., p. 76.
69 On lira à ce sujet : Confessions d’un homosexuel à Émile Zola, Michael Rosenfeld (éd.), Paris, Nouvelles éditions Place, 2017.
70 Georges Eekhoud, « Un illustre uraniste du XVIIe siècle. Jérôme Duquesnoy. Sculpteur flamand », Jahrbuch für sexuelle Zwischenstufen, 2eannée, 1900, Leipzig, Max Spohr, p. 277-287. Le texte est repris dans : Georges Eekhoud. Un Illustre Uraniste 1854-1927, Mirande Lucien et Patrick Cardon (éds.), Montpellier, GayKitschCamp, 2012, p. 25-32.
71 Karl Michael von Levetzow (1871-1945) était un librettiste autrichien. On retrouve des lettres à Eekhoud conservées à la LH : Cote E147/B2 - Personen zonder Dossier II L-W / 147343/54a-b et E147 343/55a-c, ainsi que trois de ses ouvrages avec un envoi à Eekhoud, conservés à l’EHC, cotes e 785, e 1352 et e 1353.
72 Richard Meienreis (1865-1925) était un compositeur et traducteur allemand, Florence Tamagne, Histoire de l’homosexualité en Europe – Berlin, Londres, Paris 1919-1939, Paris, Seuil, 2000, p. 109. Il a traduit plusieurs œuvres d’Eekhoud en allemand dont Escal-Vigor en 1903, et deux nouvelles queer d’Eekhoud : « Une Mauvaise Rencontre », issue de Mes Communions (1895) et publiée dans la revue berlinoise Der Eigene en 1906 et « Le Suicide par amour », issue de Cycle Patibulaire (1897) et publiée dans Der Eigene en 1907. Une lettre de Meienreis est encartée dans l’exemplaire de la traduction allemande d’Escal Vigor qu’Eekhoud a fait reliée luxueusement et conservée à l’EHC, cote C 238687. On lira au sujet de leur correspondance : Wolfram, Setz, « “Teurer Meister!” Ein Brief von Richard Meienreis an Georges Eekhoud (1913) », Mitteilungen der Magnus-Hirschfeld-Gesellschaft, no 54, juin 2016, Berlin, Magnus-Hirschfeld-Gesellschaft, p. 42-46.
73 AML, ML 2766, pages non numérotées, « Enquêtes et manifestations auxquelles je pris part ».
74 Mirande Lucien, Eekhoud le rauque, op. cit., p. 146-147.
75 Eekhoud le 18 juillet 1904, document conservé aux AML, cote ML 2954 / 3, p. 64 ; Hirschfeld en 1912, cité par Mirande Lucien, Eekhoud le rauque, op. cit., p. 148.
76 Edward Carpenter, « L’Amour homogénique et sa place dans une société libre », La Société nouvelle, 12e année, tome II, 1896, p. 297-308 et 433-447 ; Georges Eekhoud, « Le Sublime escarpe », ibid., p. 480-499 et Édouard II, ibid., p. 619-640 et 786-813. Nous n’avons pas retrouvé la troisième partie de la pièce dans la revue.
77 AML, ML 2766 ; non folioté, intitulé « Varia ».
78 Deux lettres de Carpenter sont conservées, l’une aux AML, ML 3623/II/3 et la deuxième est encartée, avec l’enveloppe, dans un exemplaire de l’ouvrage Homogenic Love and its place in a free society (1894) de Carpenter, conservé à l’EHC, cote e 566. Les deux réponses d’Eekhoud sont conservées dans la Collection Carpenter, Sheffield City Archives, Ref : Carpenter/Mss/377/63-64.
79 Livre conservé à l’EHC, cote e567, avec envoi : « Georges Eekhoud, with good wishes from Ed. Carpenter, mar 1901 ».
80 AML, ML 2766 « Mémoires de Bruxelles de 1881 à ».
81 On lira au sujet de Jacques d’Adelswärd-Fersen, ses liens avec Eekhoud et sa revue Akademos : Patrick Cardon et Michael Rosenfeld, « Échanges épistolaires autour d’Akademos », Akademos, mode d’emploi, Nicole G. Albert et Patrick Cardon (éds), Montpellier, GayKitschCamp, 2022, p. 23-69 et Michael Rosenfeld, « Les réseaux queer d’Akademos », Sextant, no 40, 2023, URL : https://doi.org/10.4000/sextant.2379 (consulté le 3 août 2025).
82 Schlagdenhauffen, Régis, « À propos d’une rencontre… Numa Praetorius et Georges Eekhoud », Georges Eekhoud. Un Illustre Uraniste, Montpellier, GayKitschCamp, 2012, pp. 77-81.
83 Michael Rosenfeld, « “Je suis profondément heureux que vous soyez mon ami”. L’amitié homo-littéraire de Georges Eekhoud et de Jacob Israël de Haan », dans « Amitiés vives » : littérature et amitié dans les correspondances d’écrivains, Régine Battiston, Nikol Dziub et Augustin Voegele (éds.), ÉPURE - Éditions et presses universitaires de Reims, 2022, p. 141-154, URL : https://library.oapen.org/handle/20.500.12657/75846(consulté le 3 août 2025).
84 On lira à ce sujet: Michael Rosenfeld, « Spreken over mannenliefde in Ontwaking tussen 1904 en 1910. Sociale en discursieve netwerken rond Georges Eekhoud en Jacob Israël De Haan », Vernieuwing in verstrengeling Dynamische netwerken van tijdschriften, Jan Lampaert et Maxime Van Steen (éds.), « SEL-reeks 18 », Gand, Academia Press, 2025, p. 33-58.
85 Jacob Israël De Haan, « Antwerpsche Libertijnen », « Escal-Vigor », Libertijnsche Liederen, Amsterdam, P. N. Van Kampen & Zoon, 1914, p. 1-58 et 65-76; Een Nieuw Carthago, ’s-Gravenhage, J’ Van Krimpen, 1919.
86 Mirande Lucien, Eekhoud le rauque, op. cit., p. 288-190.
87 On lira au sujet du procès Eekhoud et la couverture dans la presse de l’époque : Jacques Detemmerman, « Le procès d’Escal-Vigor », Le naturalisme et les lettres françaises de Belgique, Paul Delsemme et Raymond Trousson (éd.), Revue de l’Université de Bruxelles, 1984, 4-5, p. 141-169 ; Michael Rosenfeld, « Gay taboos in 1900 Brussels: The literary, journalistic and private debate surrounding Georges Eekhoudʼs novel Escal-Vigor », Dix-Neuf, vol. 22, no 1-2, juin 2018, p. 98-114, URL : https://doi.org/10.1080/14787318.2018.1478480 (consulté le 3 août 2025) et Michael Rosenfeld, Formes et figures de l’amour entre hommes dans le discours social, les écrits personnels et la littérature en France et en Belgique de 1870 à 1905, op. cit., p. 350-396.
88 Le roman est prépublié dans trois feuilletons dans Le Mercure de France d’octobre à novembre 1898 et en volume début 1899. L’œuvre raconte les amours du comte de Kehlmark et du jeune berger – qui devient son secrétaire – Guidon Govaertz sur l’île fictive de Smaragdis, ainsi que la réaction de la population conservatrice à leur liaison.
89 « Une protestation », Mercure de France, t. XXXV, no 129, septembre 1900, p. 848-9.
90 On compte 81 signataires en septembre 1900, ibid., 25 signataires supplémentaires en octobre, « Contre le procès Georges Eekhoud », Mercure de France, t. XXXVI, no 130, octobre 1900, p. 287-8, et 30 signataires supplémentaires en novembre, « Les procès Georges Eekhoud et Camille Lemonnier », Mercure de France, t. XXXVI, no 130, novembre 1900, p. 573-5. Eekhoud a conservé et fait relier les lettres de soutien et les pétitions manuscrites, AML, cote ML 2967.
91 AML, cote ML 2766 ; non folioté, intitulé « Vie littéraire. Amitiés et camaraderies parisiennes ».
92 Ibid.