Le naturalisme en réseaux

Les Soirées de Médan et le moment-Nana de 1880

Table des matières

NICHOLAS WHITE

Introduction

Un des plus importants accomplissements des recherches récentes sur le naturalisme est l’analyse de l’épanouissement international du naturalisme dans une multiplicité de contextes (linguistiques, génériques, et médiatiques) moins rapprochés et moins resserrés. Dans ce contexte, il est fascinant de voir dans quelle mesure la question ancienne et persistante de l’influence est redéfinie par des formes de libération que trouvent des auteurs qui opèrent à une certaine distance de Médan. Néanmoins, les six nouvelles des Soirées de Médan incarnent un moment fondamental dans la présentation en 1880 aux lecteurs et aux critiques d’un certain ethos d’écriture que nous associons – et pour cause – à ce lieu de pèlerinage, revitalisé récemment dans la forme double de Maison Zola et Musée Dreyfus comme point d’attraction ou point de convergence pour un réseau de visiteurs1

La notion de cercle dans le sous-titre du livre d’Alain Pagès, Zola et le groupe de Médan. Histoire d’un cercle littéraire, évoque une question de géométrie, discipline que les mathématiciens ont définie comme « l’étude des formes et des grandeurs de figures2 ». Les mathématiciens nous rappellent que ces figures sont l’objet de transformations géométriques comme les translations, rotations, symétries, homothéties et inversions locales. Au cœur de la géométrie de ce recueil se trouvent deux hexagones de grandeurs différentes : l’hexagone de la France métropolitaine dont les frontières sont menacées militairement en 1870 et franchies culturellement vers 1880 grâce à l’influence internationale de cet hexagone d’auteurs qui écrivent les Soirées de Médan. Pour comprendre l’histoire du naturalisme français, il faut commencer par poursuivre les translations, rotations, symétries, homothéties et inversions à l’intérieur de cet hexagone médanien. Le frontispice de l’édition de 1890 présente aux lecteurs un polygone littéraire qui privilégie Zola au centre de l’hexagone dont les six auteurs sont les sommets géométriques3. Si on ajoute les six segments de droite entre ces sommets, la particularité de Zola s’impose. Dans le langage mathématique de la géométrie, les cinq autres sommets sont des « oreilles », parce que (dans le cas d’Alexis, par exemple) la ligne droite entre Huysmans et Maupassant est entièrement à l’intérieur du polygone, ou (dans le cas de Céard), la ligne entre Zola et Maupassant est à l’intérieur aussi. Mais parce que la position centrale de Zola fait que la ligne droite entre Céard et Hennique est complètement à l’extérieur du polygone, un géomètre appellerait le sommet Zola une « bouche »…

La préparation et la publication des Soirées de Médan4 mettent en valeur une certaine réaction contre la littérature idéaliste. S’il est parfois difficile d’insister sur la cohérence du groupe naturaliste, surtout en suivant les parcours de Huysmans et de Maupassant dans les années 1880, il est possible d’y discerner une sorte d’anti-réseau, défini par ses ennemis et par ses batailles. Il est à noter donc que cette prise de position naturaliste dans la guerre culturelle des premières années de la Troisième République prend pour thème la guerre de 1870 dont la défaite à Sedan déclenche la transition douloureuse d’un empire à une république, toujours jeune en 1880, mais déjà plus âgée que la Deuxième République5.

Nombreux sont les historiens et historiennes français qui identifient dans la réponse à la défaite de 1870 le déclic pour une crise de la masculinité dans les décennies suivantes6. Intéressant donc de définir le naturalisme comme le point culminant d’un projet romanesque mimétique depuis Balzac et Stendhal dont les auteurs sont exclusivement mâles. En effet, l’étude moderne des romancières du XIXe siècle a tendance à situer ces écrivaines par rapport à leur exclusion de l’homosociabilité masculine du réalisme et du naturalisme, comme si – selon un certain stéréotype – les femmes respectables ne devaient pas salir leurs gants blancs dans la boue de la chaussée réaliste ou naturaliste, ou autrement dit « la fange des bourbiers de la route » stendhalienne7. Une analyste fine de Zola et de Sand, l’américaine Naomi Schor, trouve dans l’idéalisme de celle-ci un moyen politico-culturel de profiter de cette exclusion8. N’ayant pas le droit de mimer le réel, de décrire comment sont les choses, la romancière peut néanmoins critiquer le réel en imaginant comment les choses devraient être. 

Les auteurs des Soirées de Médan représentent l’exemple classique d’un tel réseau masculin, et il serait utile d’analyser comment ces nouvelles démontrent leur conscience de cette identité collective dans leur thématisation des groupes masculins et féminins, et de leur interaction. Cette identité genrée des auteurs naturalistes reflète un certain binarisme homosocial propre à la guerre au XIXe siècle. Malgré la tradition de la cantinière (chère à Stendhal), la guerre a eu tendance à cloisonner les expériences des hommes et des femmes. Une décennie plus tard, dans la préparation de La Débâcle, Zola rêve d’écrire un roman sans femmes, un fantasme apprécié par Henry James dans sa lecture homoérotique de l’amitié entre Jean et Maurice, quoiqu’en réalité la fiction exige la présence d’Henriette pour triangulariser les passions de la nation en 18709.

La prise de conscience tardive du projet collectif

La publication initiale de la moitié des six nouvelles des Soirées de Médan prédate l’organisation du recueil en 1880. Chronologiquement la première nouvelle à être publiée est la première dans l’ordre du recueil de 1880 : L’Attaque du Moulin de Zola avait paru initialement dans Le Messager de l’Europe en juillet 1877, puis dans La Réforme en août 1878. Une première version de Sac au dos de Huysmans avait paru en septembre et octobre 1877 dans la revue L’Artiste dirigée par Théodore Hannon. La Saignée de Henry Céard avait paru en septembre 1879 dans la Slovo de Saint-PétersbourgDonc, au lieu de voir Médan simplement comme le point d’origine d’un réseau naturaliste mondial, on pourrait trouver dans ce recueil non seulement un recyclage pragmatique de publications qu’à l’époque on ne pouvait pas rechercher sur Google, mais aussi une récupération géographique d’un naturalisme déjà paneuropéen. Les textes de Zola et de Céard reviennent non seulement de l’est à l’ouest, de la Russie à l’Hexagone, mais aussi à la géométrie hexagonale des six auteurs du recueil de Médan10. Rappelons-nous que c’est précisément dans les années qui suivent la guerre de 1870 qu’émerge le recours au terme « l’Hexagone » pour désigner la France métropolitaine, cet usage prenant sa source dans les réformes de l’enseignement de la géographie.  

Ceci veut dire que seulement l’autre moitié du recueil fut conçue et composée dans la conscience du projet collectif : c’est-à-dire Boule de Suif de Maupassant et L’Affaire du Grand 7 de Léon Hennique, ces deux nouvelles formant le noyau de l’argumentation de cet article ; et la dernière nouvelle à être composée, et la dernière dans l’ordre du recueil, donc après les cinq autres, qui s’intitule précisément Après la bataille par Paul Alexis, dont les luttes littéraires pour aboutir à une conclusion furent légendaires. 

Pour comprendre la géométrie complexe des amitiés dans le groupe de Médan, utilisons le jeu des poignées de main. Six personnes s’échangent des poignées de mains, chacun à chacun une seule fois. Combien y a-t-il de poignées de mains ? Pour deux auteurs, le nombre de poignées de mains est un. Pour trois auteurs, ce nombre est 1 + 2. Pour quatre auteurs, 1 + 2 + 3. Pour cinq auteurs, 1 + 2 + 3 + 4. Et pour les six auteurs du recueil, 1+2+3+4+5, c’est-à-dire quinze poignées de mains, ou quinze rapports réciproques (rapports entre individus mais aussi entre nouvelles dans ce réseau textuel qu’est le recueil). On procède ainsi par nombres triangulaires : 1, 3, 6, 10, 15, etc11

Les quatorze autres relations du réseau médanien sont pour ainsi dire encadrées par ces première et dernière nouvelles, et par l’amitié profonde et fondamentale entre Zola et le plus fidèle de ses compagnons de route, Paul Alexis. Dans l’ordre du recueil, les textes de Huysmans et Céard sont encadrés par ceux de Maupassant et Hennique, ces deux textes (Boule de Suif et L’Affaire du Grand 7) écrits en pleine conscience de cette identité collective. En publiant ensemble leurs récits de guerre, ces conscrits du naturalisme étalent leur volonté de se tenir côte à côte et de prendre les armes dans la bataille littéraire. En effet, pour comprendre les forces esthétique et politique du projet de Médan, soulignons la pertinence d’une compréhension pleinement étymologique de la con-scription au sens d’« écrire avec ». Les cinq de la génération de 1850 ont connu le service militaire en 1870 : Huysmans comme garde mobile, Maupassant dans l’Intendance à Rouen, Hennique dans l’armée de Faidherbe, Céard et Alexis dans la garde nationale à Paris ; mais pas le maître de Médan, celui de la génération de 1840, myope, et fils unique d’une veuve. Lui peut partager avec cette génération, qui a à peu près trente ans lors de la publication des Soirées de Médan, une autre forme de conscription, une conscription littéraire à un titre de recueil sous lequel tous les affiliés de ce réseau hexagonal peuvent signer en pointillé leur nom d’auteur.

1880 : un état du discours théorique

Si écrire sur la guerre de 1870 signifie aussi réfléchir sur les origines de la République, cette logique s’accentue dans le contexte des débats politiques de 1879-1880 où la République républicaine prend forme. Dans ce contexte, Zola continue à chorégraphier la présentation publique de la théorie naturaliste, dans une suite d’articles (surtout dans les pages du Voltaire), y compris sur les auteurs des Soirées, qui remontent à 1877, et qui paraîtront sous forme de livre dans Le Roman expérimental de 1880. Dans le nouveau catalogue de Médan, Alain Pagès appelle cette période-clé « le grand jaillissement intellectuel des années 1877-1880, autour de L’Assommoir, du Roman expérimental, des Soirées de Médanet de Nana12 ». Les axes politique et littéraire se rencontrent dans la notion de la république naturaliste évoquée par Zola dans son essai sur « La République et la littérature », qui parut dans Le Messager de l’Europe, Le Figaro et La Revue bleue en avril 1879, avant de paraître dans Le Roman expérimental. Donc, politique, esthétique, pratique.

Cette mise en scène de l’esthétique naturaliste accentue le potentiel réflexif de la fiction de l’époque. La coïncidence de la publication de Nana (en feuilleton à partir d'août 1879 et en volume en février 1880) avec la théorisation publique du naturalisme n’est pas sans conséquences pour les Soirées de Médan, surtout pour les contes de Maupassant et d’Hennique qui adoptent le thème de la prostitution. La question se pose : pourquoi est-ce que ces deux auteurs choisissent, parmi les multiples possibilités thématiques qui leur sont disponibles, le motif même de la prostitution dans leurs contes de guerre ? Je voudrais suggérer que ce choix représente un clin d’œil dans la direction de Nana, et ce faisant, ces auteurs contribuent à l’autoprésentation d’une certaine pulsion romanesque dans ce moment de cohérence naturaliste qui ne tiendra pas13. Mais la conscience de la presse à l’égard de l’importance de Nana pour les débats littéraires de 1879-1880 s’étale dans le langage caricatural du « nanaturalisme »14. Pour comprendre les implications de ce thème pour la montée du naturalisme, il faut voir dans ce fameux « poème du cul » le nec plus ultra d’une certaine littérature postromantique de la corpo-réalité. 

Pour définir le contexte plus large du rôle du motif de la prostitution dans l’auto-conscience du marché littéraire du XIXesiècle, tournons-nous vers l’ouvrage d’Éléonore Reverzy, Portrait de l’artiste en fille de joie, qui porte le sous-titre La littérature publique. Après le déplacement du mécénat d'Ancien Régime vers la concurrence commerciale de la littérature postrévolutionnaire, affirme Reverzy, ce nouveau régime démocratique de la littérature trouve sa métaphore majeure dans le concept de la prostitution littéraire. Ce « réseau sémantique, qui associe vénalité, insincérité, soumission, féminité, publicité » est omniprésent dans la critique de la monarchie de Juillet, avant d’être actualisé par les auteurs créatifs, du drame romantique aux romans naturalistes, « dans un marché hyper concurrentiel où [l’auteur] doit payer de sa personne pour vendre son ouvrage » ; ceci « avant de devenir un véritable cliché jusqu’aux années 192015 ». Ce que je voudrais appeler le moment-Nana de 1879-1880 se situe donc à mi-chemin du siècle de la littérature publique identifié par Éléonore Reverzy entre les années 1830 et les années 1920. La conscience zolienne des axes vente et achat dans sa théorisation du roman moderne s’articule distinctement dans son essai « L’Argent dans la littérature » qui parut dans Le Messager de l’Europe en mars 1880 et dans Le Voltaire en juillet de la même année, avant de paraître dans Le Roman expérimental16. Le corpus littéraire de Reverzy comprend bien entendu les œuvres de Huysmans (surtout Marthe), Maupassant et Zola, mais aussi la nouvelle composée par Paul Alexis, La Fin de Lucie Pellegrin. Reverzy compose de très belles pages sur Nana, et sur Maupassant (dans le contexte de Bel-Ami, L’Armoire, Odyssée d’une fille, La Maison Tellier, Les Tombales, Le Signe, Le Port, Le Lit 27, L’Ami Patience, ces contes déjà analysés comme un ensemble dans la thèse de Noëlle Benhamou). Notre but est tout simplement d’ajouter à ce corpus déjà riche et impressionnant ces deux nouvelles, Boule de suif et L’Affaire du Grand 7. Étant donné – selon la thèse d’Éléonore Reverzy – le pouvoir réflexif général du motif prostitutionnel et sa signifiance particulière pour le naturalisme, son usage dans les nouveaux textes écrits pour ce texte-réseau qu’est Les Soirées de Médan porte une importance à ne pas négliger.

La caserne et la maison close

S’il est facile de voir à l’œuvre le principe de l’offre et de la demande dans un certain stéréotype de la prostitution et de sa clientèle militaire, la représentation fictive de cette conjugaison non conjugale exhibe par ses références à la guerre et à l’amour (comme celles du premier chapitre de Nana à Mars et à Vénus) le désir réflexif du groupe naturaliste de se définir sur deux plans connexes : le plan historique, ancré dans la guerre franco-prussienne (ou comme on a de plus en plus l’habitude de l’appeler, la guerre franco-allemande) ; et le plan métalittéraire, mis en exergue – selon le schéma critique de Reverzy – par la métaphore prostitutionnelle du commerce littéraire.  

Dans le contexte de la question du réseau, il est intéressant d’observer comment l’armée et la prostitution s’organisent de façon institutionnelle (dans la caserne) ou quasi-institutionnelle (dans la maison close). Si Althusser inventait le terme « appareil idéologique d’État » pour décrire les institutions qui nous forment, Corbin serait tenté sans doute d’y inclure la maison close, la prostitution – comme l’éducation, la vie familiale, la santé et ainsi de suite – étant assujettie au XIXesiècle à la réglementation étatique depuis Parent-Duchâtelet. La nouvelle de Hennique démontre une conscience distincte de cette symbiose entre la caserne et la maison close.

Ces unités institutionnelles (la caserne et la maison close) furent genrées de manière distincte et essentialiste précisément à cause de la dépendance hétérosexuelle. Un schéma simpliste de la sexualité humaine dicta le fait supposé que les hommes de la caserne eurent besoin des femmes de la maison close, comme ils avaient besoin d’une variété de fournitures locales. Selon ce modèle hétérosexuel, Mars ne put prospérer sans Vénus.  

Comme les unités militaires traditionnelles, le réseau des auteurs de Médan fut exclusivement masculin. N’oublions pas pourtant que pour les auteurs eux-mêmes, la référence à Médan dans le titre du recueil évoquait aussi l’hospitalité d’Alexandrine Zola17. Si les cinq auteurs de la génération de 1850 trouvent à Médan leur chef renseigné et bienveillant, on comprend pourquoi Zola poursuit la figure de Jean Macquart de La Terre à La Débâcle, le caporal qui mène une escouade de précisément cinq hommes : Lapoulle, Pache, Loubet, Chouteau … et bien entendu, Maurice. Comme nous l’avons déjà vu, Zola rêve dans le dossier préparatoire d’exclure les femmes d’un roman dont le réseau de personnages serait fondé exclusivement sur l’amitié masculine. Mais les exigences sentimentales de la forme romanesque désarment cette pulsion initiale (surtout la figure d’Henriette, la sœur jumelle de Maurice, dont Jean tombe amoureux). Le cercle de Médan du début des années 1880 ne tient plus au début des années 1890, et après la parution d’A Rebours et les protestations du réseau œdipien du Manifeste des Cinq dans le contexte du premier roman de Jean Macquart, on peut discerner une certaine nostalgie dans l’écho numérologique de La Débâcle où cinq soldats suivent le caporal. Jean Kaempfer, lecteur perspicace de La Débâcle, trouve dans la notion de « caserne naturaliste » un point d’origine pour son modèle de lecture qu’il appelle « la dislocation de texte » : 

Lors de l’école de recrues, après une première phase de formation et de drill, les jeunes soldats sont arrachés au milieu tout à la fois carcéral et matriciel de la caserne pour être envoyés en dislocation, avec tentes et bagages ; là, en rase campagne, ils doivent réinventer ce qu’ils avaient appris, sur le mode de l’improvisation et de l’isolement. Par métaphore, cela désigne pour moi ce qui se passe dans le texte de Zola : on quitte la caserne naturaliste et l’on se perd dans l’incertain, l’inattendu18.

Pour Kaempfer, les lecteurs, comme les soldats, commencent leur carrière dans une caserne qu’ils vont forcément quitter. Lecteurs, mais aussi écrivains, pourrait-on dire.

Également, le serious game du service militaire précède le chaos du champ de bataille. Exemplaire à cet égard est l’ordre de la composition dans Le Rêve, le tableau célèbre de Detaille (1888), où les jeunes conscrits, endormis dans leur bivouac, partagent un fantasme de revanche. La conscription représente ici un désir de réécrire ensemble (con-scrire) le roman national. Le rêve n’est pas encore l’espace freudien de l’irrationnel individuel ; mais, au contraire, la géométrie de la ligne droite, symbolisée chez Detaille par l’ordre strict des fusils. L’ordre du rêve national précède « l’incertain, l’inattendu » de la bataille réelle. Ici, le réel, et pas le rêve, est le domaine de l’irrationnel.   

L’Affaire du Grand 7

Parce que Hennique a quasiment disparu derrière Maupassant dans l’histoire littéraire, considérons d’abord L’Affaire du Grand 7 qui raconte la destruction brutale des prostituées d’une maison close par les soldats de la caserne qu’elles servent, cette maison close du Second Empire composée de « maigres chambres où, sur des couchettes en sapin passé à l’acajou, depuis une dizaine d’années, plus d’un régiment avait déversé le trop-plein de ses amours et de ses soûlographies » (p. 248). Dans le langage d’Althusser, un appareil idéologique d’État en détruit un autre ; ou, selon les termes de Nana, Mars tue Vénus. Dans son article publicitaire pour Le Gaulois du 17 avril 1880, « Comment ce livre a été fait », Maupassant embellit la mythologie du réseau de Médan, surtout dans ses références à la barque qu’il procure pour Zola et que l’on nomme Nana. Mais il identifie dans le conte de Hennique le pouvoir déformant du collectif : « Hennique nous démontra encore une fois que les hommes, souvent intelligents et raisonnables, pris isolément, deviennent infailliblement des brutes quand ils sont en nombre » (p. 301). La première des trois parties du conte met en scène l’appel d’une chambrée de caserne qui identifie l’absence d’un certain Joliot qui, paraît-il, profite des services de la maison close, le Grand 7. La seconde partie présente le retour à la caserne par Joliot qui est affreusement blessé. Qui en est coupable ? Avant de mourir, Joliot prétend, parmi les multiples théories promulguées dans la chambrée (fut-ce les Prussiens ? ou les bourgeois ?), que ce fut le patron du Grand 7 qui infligea ses blessures. Le sens collectif de l’honneur promet la revanche, ce qui suscite l’intérêt des chambrées voisines.

L’ultime partie du conte (à peu près la seconde moitié du texte) raconte la comédie noire du siège de la maison close effectué à la place d’armes par ces soldats. Vu la défaite de 1870, il est difficile de ne pas trouver chez Hennique une ironie amère dans ce récit de manœuvre militaire. N’ayant pas vaincu les Allemands, les soldats se livrent « à des actes de vandalisme » (p. 248) et mènent une guerre civile contre leur propre population. En dehors de la maison close, parmi les artilleurs et les fantassins, « on fraternisait » sur la place, dans une scène qui concrétise notre concept du jeu des poignées de main : « Une salve de mousquetons […] fut tirée pour le plaisir, histoire de se serrer la main entre uniformes, de se réconcilier militairement » (p. 247). Cette réconciliation est strictement masculine, purement homosociale.  

La transposition du vocabulaire de la bataille dans le contexte du siège de la maison close réussit à ridiculiser les soldats qui arrivent mal à atteindre les prostituées barricadées derrière une porte. Dans cette scène de confrontation entre ces deux réseaux, l’un masculin, l’autre féminin, la farce et la tragédie s’imbriquent l’une dans l’autre. Lorsque le « grand soldat » (Hennique répète cette description) qui s’appelle Verdier entre dans la chambre, une « petite brune […] à genoux sur une commode, derrière la porte, lui ass[ène] un coup de chandelier » (pp. 250-251). Vu cette émasculation de l’armée décrite par Hennique dans cette scène d’apparent « danger hasardeux couru par le grand troupier », la parodie de la guerre s’inscrit dans le « costume fantaisiste de cantinière » que porte cette « vraie toupie à soldats » (p. 250). Tout ceci devant une image du réseau féminin : « sept femmes », avec un clin d’œil vers le titre du conte19, « rangées le long d’un canapé tendu de velours vert, serrées les unes contre les autres, épouvantées, dans le clinquant de leurs coiffures et de leurs sales oripeaux » (p. 250). Et elles ont raison d’avoir peur, la farce tournant à la tragédie dans le massacre qui s’ensuit, le désir qui a défini ce rapport de dépendance entre caserne et bordel perverti par « la passion cruelle du moment, […] cette envie qui force les gens armés à vouloir se servir de leurs armes » (p. 251). Mais ironiquement, les soldats n’attrapent pas le patron qui s’enfuit. 

Hennique comprend la logique du réseau en termes de cercles concentriques. Si les lecteurs des contes entourent le groupe de Médan, les amis de Joliot voient dans la cour « [u]ne centaine de camarades […] soûls comme des grives » qui ont trouvé la cave (p. 252). À ce moment, « [l]’énorme coulée du ciel », écrit Hennique, « s’était transformée en une nappe vaporeuse d’un rouge que des chauve-souris traversaient de leur vol effarouché » (p. 253). Avec le recul d’une décennie, la tragédie s’exprime dans un motif que l’on pourrait imaginer de manière anachronique tiré d’un film d’horreur kitsch. Pour que le pathos tienne, Hennique se sert du lieutenant qui avait fait l’appel au début du conte dans la chambrée de Joliot. Ici il se détache du groupe et invective ces buveurs en les traitant de « misérables » (p. 253).

La chute du conte provient des officiers qui avaient déjà décidé, sans une pensée pour les victimes de la maison close, de ne pas intervenir parce qu’ils ont « besoin du troupier » (p. 255). Dans un refrain typique du conte de guerre sceptique, la question de l’affiliation s’impose. On trouve dans L’Insurgé de Vallès, par exemple, une tension entre affiliations nationales et sociales au début de la guerre, mais dans un contexte plus explicitement politisé20. Cette question d’affiliation est aussi une question de réseaux. Autrement dit, à quel réseau est-ce qu’on appartient ultimement ? Ici l’intersectionnalité de classe et de sexe se concrétise chez les officiers dans un retour à un motif que nous reconnaissons sans doute, comme « on échangeait des poignées de main, au moment de se quitter (p. 255). La différence de classe se marque rhétoriquement par l’ironie, « un petit rire sarcastique » de la part du commandant de place dans son analyse du massacre. Et, dans les derniers mots du texte, il infantilise ces troupiers déjà émasculés : « Plus bêtes que des enfants tous ces clampins-là ! … Ils ont brisé leur joujou » (p.255).   

Boule de suif

Si on ne connaît pas très bien l’intrigue de L’Affaire du Grand 7, ceci n’est pas le cas pour Boule de Suif, dont l’héroïne, Élisabeth Rousset, « cette prostituée pleine de dignité » (p. 105), est sacrifiée par un microcosme de la société normande aux plaisirs de l’officier prussien à Tôtes qui a le pouvoir d’empêcher le progrès de leur « diligence à quatre chevaux [...] retenue pour ce voyage » (p. 91). Cette intrigue permet à Maupassant de présenter une satire des bourgeois de Rouen après le cantonnement des soldats prussiens sur la population locale. Maupassant explique ainsi les motifs des commerçants qui organisent l’exode : « Quelques-uns avaient de gros intérêts engagés au Havre que l’armée française occupait, et ils voulurent tenter de gagner ce port en allant par terre à Dieppe où ils s’embarqueraient » (p. 91). Dans ce récit archétypique de l’individu sacrifié comme bouc émissaire pour satisfaire les intérêts du groupe, la magie du chiffre six s’impose à plusieurs niveaux.  

Le départ est précédé par « la neige qui tomba sans interruption pendant toute la soirée et toute la nuit » (p. 91), ce décor présenté dans cette scène d’embarquement comme « ce froissement vague, innommable et flottant de la neige qui tombe, plutôt sensation que bruit, entremêlement d’atomes légers qui semblaient emplir l’espace, couvrir le monde » (p. 92). On dirait une fantaisie maupassantienne des « atomes » de neige comme réseau complet. Ces « atomes » sont en fait des cristaux de glace ayant comme base la symétrie hexagonale (comme on sait depuis le traité de Kepler sur L’étrenne ou la neige sexangulaire de 1611). Dans cette lecture numérologique qui rappelle le sextuor de Médan, ne poussons pas trop loin le symbolisme du cadre enneigé. Néanmoins, on remarque que la publication de ces six contes représente bien entendu la cristallisation21 dans le domaine public du groupe de Médan. Dans le contexte de Boule de Suif et des batailles de 1870, n’oublions pas que ceux qui aiment faire des batailles de boules de neige comprennent très bien que la formation de la neige dans l’atmosphère en réseau ramifié de particules solides distingue la neige d’autres précipitations relativement voisines comme la grêle ou le grésil. La cristallisation de la neige symbolise donc la solidité et la cohérence géométrique des réseaux de toutes sortes.

Les dix voyageurs sont présentés par paires, comme pour parodier l’arche de Noé. Après les deux religieuses, « un homme et une femme [qui] attiraient les regards de tous. […] Cornudet le démoc, la terreur des gens respectables [… et l]a femme, une de celles appelées galantes », Boule de Suif (p. 96-97). L’élitisme emblématisé par la population de la diligence privilégie six voyageurs sur dix : « Les trois hommes installèrent leurs femmes dans le fond, montèrent ensuite ; puis les autres formes indécises et voilées prirent à leur tour les dernières places » (p.93) : en paires conjugales, les Loiseau, marchands de vin en gros ; « appartenant à une caste supérieure », les Carré-Lamadon, lui un « homme considérable, posé dans les cotons, propriétaire de trois filatures, officier de la Légion d’honneur, et membre du Conseil général » (p. 95) ; et enfin « le comte et la comtesse Hubert de Bréville, portaient un des noms les plus anciens et les plus nobles de Normandie » (p. 95). Si on attend un Décaméron de cent contes partagés par dix personnages qui ne s’échappent ici pas de Florence mais de Rouen, on sera déçu, car ce sextuor supérieur fait tout ce qu’il peut pour éviter la conversation, sauf dans la scène où la courtisane bienveillante lui donne à manger et à boire 22. Pour souligner le pouvoir de ce sextuor, le narrateur insiste sur le fait que « [c]es six personnes formaient le fond de la voiture, le côté de la société rentée, sereine et forte, des honnêtes gens autorisés qui ont de la Religion et des Principes » (p. 96). À ces six personnes Maupassant semble opposer implicitement les six auteurs de Médan auxquels on serait tenté de prêter le surnom que Maupassant donne dans cette nouvelle aux francs-tireurs : les « Vengeurs de la Défaite » (p. 87). 

Précisément parce qu’il y a dix voyageurs, et pas seulement ces six « honnêtes gens », ce numéro-fétiche23 s’impose devant la diligence, « étant attelée avec six chevaux au lieu de quatre à cause du tirage plus pénible » (p. 93). On se souviendra des quatre chevaliers de l’Apocalypse, le cheval roux symbolisant la guerre24. Mais en 1870, semble-t-il, quatre chevaux ne suffisent plus. Après la cession de Boule de Suif et le départ de la diligence, l’hypocrisie du réseau de personnages s’accentue lorsque ceux-ci oublient la bienveillance de celle-là dans le voyage jusqu’à Tôtes, répudient la prostituée isolée (loin de la camaraderie de la maison close) et ne lui donnent pas à manger. Maupassant ne résiste pas au potentiel réflexif de ces provisions en faisant remarquer qu’« [u]n beau carré de gruyère, apporté dans un journal, gardait imprimé : “faits divers” sur sa pâte onctueuse » (p. 131). La consommation, paraît-il, est à lire25.  


Notes

1 Indispensable pour comprendre l’importance pratique et symbolique de Médan dans la définition du premier réseau naturaliste est le livre d’Alain Pagès, Zola et le groupe de Médan : Histoire d'un cercle littéraire, Paris, Perrin, 2014. Voir aussi Alain Pagès, « Les enfants de la défaite », in Marion Glaumaud-Carbonnier et Nicholas White (dir.), Lendemains de défaite : 1870-1871 dans l’imaginaire de la IIIe République, Collection Littérature & idéologies, Lyon, Presses universitaires de Lyon, 2024, p. 43-56 : https://books.openedition.org/pul/53217.

2  Fritz Reinhardt et Heinrich Soeder, Atlas des mathématiques, Paris, Librairie générale française, 1997, p. 13.

3 Émile Zola, Guy de Maupassant, J. K. Huysmans, Henry Céard, Léon Hennique, Paul Alexis, Les Soirées de Médan, Paris, Charpentier, 1890. Avec les portraits des six auteurs, eaux-fortes de F. Desmoulin et six compositions de Jeanniot gravées à l'eau-forte par L. Muller [voir]. En commençant en haut puis dans le sens des aiguilles d'une montre : Paul Alexis, Guy de Maupassant, Henry Céard, Léon Hennique, Joris-Karl Huysmans, et au centre Émile Zola.

4 On trouvera entre parenthèses dans le texte principal des références à Émile Zola et al., Les Soirées de Médan, éd. Alain Pagès et Jean-Michel Pottier, Paris, GF Flammarion, 2015.

5 Le pouvoir métaréflexif de ce thème belliqueux s’annonce dans le titre du livre d’Alain Pages, La Bataille littéraire, Paris, Librairie Séguier, 1989.

6 Voir par exemple Annelise Mangue, L’Identité masculine en crise au tournant du siècle, Paris, Payot, 2001 ; et Odile Roynette-Gland, « La construction du masculin. De la fin du 19e siècle aux années 1930 », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, vol. no 75, no. 3, 2002, p. 85-96.

7 Au premier chapitre du roman : « Elle [la comtesse de Muffat] regardait par moments dans la salle, levant un de ses bras ganté de blanc jusqu’au coude, s’éventant d’une main ralentie. » L’hypocrisie d’un tel raffinement trouve son miroitement inverti aux dernières pages du roman, lors de la visite chez Nana de Lucy, Caroline, Blanche, Gaga, Simonne, Clarisse et Léa de Horn : « Rose Mignon, posée au bord du coffre à bois, regardait fixement le corps perdu dans l’ombre des rideaux. Toutes avaient leurs chapeaux et leurs gants, comme des dames en visite ; et seule, les mains nues, décoiffée, pâlie par la fatigue de trois nuits de veille, elle restait stupide et gonflée de tristesse, en face de cette mort si brusque. » Ceci au moment où la guerre franco-allemande s’annonce dans le chapitre ultime de Nana dans une scène parisienne de division spatiale complète entre hommes et femmes, ceux-là dans la rue criant « À Berlin », celles-ci dans la chambre de la protagoniste (ce moment où la guerre commence déplacé géographiquement dans les dernières pages de La Terre et de La Bête humaine).

8 Naomi Schor, Zola’s Crowds, Baltimore, Johns Hopkins University Press, 1978 ; et George Sand and Idealism, New York, Columbia University Press, 1993.

9 Dans le dossier préparatoire de La Débâcle, Zola exprime ainsi ce désir : « Ne voulant pas mettre de femme dans La Débâcle ou plutôt ne voulant pas donner à une femme de rôle important » (voir). Pour une analyse de l’exemplaire du roman possédé par James, voir Adeline R. Tintner, « A Bibliographical and Biographical Note: Henry James’s Markings in Zola’s La Débâcle », The Henry James Review, vol. 17.2, 1996, p. 204-207.

10 On trouve cette conscience d’écrire à six dans les dédicaces de l’exemplaire offert à Georges Landry par Huysmans (« l’un des 6 ») et Hennique (« un autre des 6 ») [voir].

11 Donc pour les onze joueurs d’une équipe de football, cinquante-cinq rapports à gérer.

12 Alain Pagès, « Les Soirées de Médan » dans le catalogue Maison Zola-Musée Dreyfus, Médan, Maison Zola-Musée Dreyfus, 2023, p. 50.

13 On sait que Maupassant n’acceptera pas la circonscription de l’école zolienne dans les années à venir.

14 Catherine Dousteyssier-Khoze, « Robida et Nana ou Robida et le “nanaturalisme” », in Daniel Compère (dir.), Albert Robida : du passé au futur, Paris, Les Belles Lettres, 2006, p. 167-75.

15 Éléonore Reverzy, Portrait de l’artiste en fille de joie. La littérature publique, Paris, CNRS Éditions, 2016, p. 9.

16 Henri Mitterand explique dans son article « L’argent et la lettre » la transformation à cette époque de la situation économique de Zola : « Le passage d’une petite aisance durement acquise […] à la fortune se fera avec le double et prodigieux succès de L’Assommoir, qui explose à cinquante mille exemplaires en 1877, et de Nana, plus de cent mille exemplaires en 1880 », in Le Roman à l’œuvre. Genèse et valeurs, Paris, PUF, 1998, p. 171.

17 A. Pagès nous rappelle le fait que « [p]our Zola, Médan est [...] un sanctuaire, autant qu’un jardin ouvert sur l’amitié. En bonne fée, Alexandrine Zola veille sur le bien-être de ses hôtes ». Zola et le groupe de Médan, op. cit., p. 190.

18  « Rencontre avec Jean Kaempfer : Dislocation de texte », Séminaire de Transitions, Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3, 31 janvier 2011.

19 On se souvient du fait que les six auteurs des Soirées auraient pu être sept si Octave Mirbeau n’avait pas quitté le réseau zolien en 1877. Voir A. Pagès, Zola et le groupe de Médan, op. cit., p. 148. 

20 « On sera vainqueur ou vaincu, mais le courant populaire aura été déchiqueté par les baïonnettes en ligne, brisé par le zigzag des succès et des défaites ! Ainsi pensent les pasteurs de la bourgeoisie française ou allemande, qui voient de haut et de loin ». Jules Vallès, L’Insurgé, Paris, Charpentier, 1908, p. 161.

21 A. Pagès se sert de ce lexique pour décrire l’importance pour le groupe de la publication de L’Assommoir : « Pour qu’elle se mette à exister véritablement, cette communauté littéraire a besoin d’un événement qui soit en mesure de cristalliser les opinions autour d'un enjeu d'ordre esthétique et moral ». Zola et le groupe de Médan, op. cit., p. 108.

22 Maupassant reviendra au modèle de narration de Boccace dans les Contes de la bécasse (1883), dont le titre même joue sur le nom de l’auteur italien.

23 Dans ce conte, Maupassant exhibe un rapport ludique aux nombres. Les éditeurs de la belle édition GF Flammarion ont raison de faire observer qu’il fait une erreur de calcul en écrivant : « On avait marché onze heures, ce qui, avec les deux heures de repos laissées en quatre fois aux chevaux pour manger l’avoine et souffler, faisait quatorze » (p. 105). Mais il est difficile de résister au malin plaisir d’y trouver un évitement peut-êtreintentionnel du nombre le plus malchanceux. Les chambres dans l’auberge de Tôtes où les voyageurs sont hébergés « se trouvaient toutes dans un long couloir que terminait une porte vitrée marquée d’un numéro parlant » (p. 107), ceci dans un conte où les chiffres sont éloquents. Les éditeurs de notre édition observent qu’« il s'agit » en fait « des toilettes dont les portes étaient, en général, affectées du numéro 100 dans les hôtels ». Il est tentant de trouver dans « le gros numéro » (p. 111) une ironisation rabelaisienne de Boccace. Lorsque Boule de Suif résiste aux avances de Cornudet, nous apprenons qu’on a donné à la « galante » la chambre juste à côté. En attendant que Boule de Suif perde le jeu de résistance devant les avances du Prussien, Mme Loiseau propose une partie de trente-et-un ; et ironiquement, Boule de Suif gagne d’emblée.  

24 Pour comprendre l’importance de ce motif durant la IIIe République, voir Claire Aslangul, « La guerre comme Apocalypse ? Sens, fonctions et enjeux d’un motif pictural à la veille de la Première Guerre mondiale », in Fritz Taubert et al., Veilles de guerre : Précurseurs politiques et culturels de la Grande guerre, Villeneuve d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2018, p. 247-262.

25 Et comme Antonia Fonyi nous le rappelle, Les Soirées de Médan reste un livre à lire. « Les Soirées de Médan : un livre à lire », Romantisme, n°103, 1999, p. 97-111.

Pour citer ce document

Nicholas White, « Les Soirées de Médan et le moment-Nana de 1880», Le naturalisme en réseaux, sous la direction de Marie-Astrid Charlier Médias 19 [En ligne], Dossier publié en 2026, Mise à jour le : , URL: https://www.medias19.org/publications/le-naturalisme-en-reseaux/les-soirees-de-medan-et-le-moment-nana-de-1880