Le naturalisme en réseaux

« Marchez tout seul » ! Zola préfacier d’autrui

Table des matières

CHRISTOPHE REFFAIT

Il semble que la préface allographe, consentie par un auteur en vue à un auteur ami, avec le léger surplomb qu’elle suppose, soit de nature à rejoindre l’arsenal des productions textuelles qui mettent « le cénacle en représentation », pour reprendre l’expression d’Anthony Glinoer et de Vincent Laisney1. Il est loisible d’imaginer qu’à la pratique de la dédicace – Huysmans dédiant par exemple Les Sœurs Vatard (1880) à Zola en se déclarant « son fervent admirateur et dévoué ami2 » – devrait répondre une pratique symétrique de la préface allographe – Zola accordant une préface à son disciple tout comme il le défend dans les colonnes du Figaro (11 avril 1881). On imaginerait ainsi qu’à la préface autographe, lieu saillant d’auto-légitimation face à la critique adverse, haut lieu de la « dénomination collective », de l’affichage de la « nébuleuse groupale » et de la conjugaison du « nous »3, répond naturellement la pratique de la préface allographe, lieu possible d’adoubement des compagnons d’armes en même temps que de prolongement du manifeste personnel. Or il semble que ce ne soit pas le cas. Ces symétries sont peut-être une vue de l’esprit. Tout porte à croire que le paratexte et le métatexte qui donnent sa cohésion au groupe n’incluent guère la préface allographe. Tout porte à croire que cette dernière en serait même le négatif. C’est peut-être la raison pour laquelle Anthony Glinoer et Vincent Laisney n’abordent guère ce type de texte dans leur étude des préfaces et manifestes romantiques, réalistes ou naturalistes4. Et l’exemple d’Émile Zola suffit en effet à montrer les limites de cet exercice d’admiration. 

Dénis de paternité

L’exhortation « Marchez tout seul ! » se trouve dans une lettre de Zola dont Henri Mitterand a fait l’article « Préface » de l’Autodictionnaire Zola5. Il s’agit d’une lettre du 18 avril 1884 au poète Auguste Barrau, qui venait de demander au romancier une préface pour son recueil Fleurs d’enfer. Zola lui répond par la négative, non pour des raisons esthétiques ou morales (car ce recueil au titre baudelairien n’a rien de très audacieux), mais pour une raison de principe :

Vous me demandez une préface, et le pis est que j’ai fait le serment de n’en écrire aucune, après certaines grosses contrariétés. Soyez donc plus fier ! comme le disait le grand Flaubert. Marchez tout seul, au lieu de vous appuyer à l’épaule d’un aîné. Cela n’avance à rien, croyez-moi, d’être présenté au public le plus souvent en phrases menteuses. Ayez le courage de ne rien devoir qu’à vous-même, dans votre début6.

On voit pointer dans ces lignes un peu de ce virilisme et de ce darwinisme littéraires dont Zola est coutumier7 et qu’il partageait avec Flaubert, de même qu’il le rejoignait dans sa grande méfiance envers l’exercice de la préface allographe. Dans la courte section que Gérard Genette consacre, dans Seuils, à ces préfaces et à leur double fonction d’information et de recommandation8, il n’est pas fait mention de Zola mais plusieurs fois de Flaubert. Genette cite en particulier la lettre de septembre 1877 dans laquelle l’auteur de Bouvard et Pécuchet déclare que « ces procédés de grand homme, cette manière de recommander un livre au public, ce genre Dumas, enfin, [l]’exaspère, [le] dégoûte », et dans laquelle il ajoute que « le bon lecteur [sait] exactement à quoi s’en tenir sur ces actes de complaisance qui, d’avance, déprécient un livre9 ». En somme, Zola et Flaubert tombent d’accord sur le paradoxe (Genette parle d’« aporie10 ») qui veut qu’un livre recommandable et talentueux n’ait précisément pas besoin de recommandation ni de préface, et Maupassant les rejoint en 1882 quand il dit sa « haine des préfaces11 ».

La correspondance de Zola est donc parcourue de refus et de dérobades devant les solliciteurs de préfaces. Dès août 1879, cinq ans avant la lettre à Auguste Barrau, il décline la demande d’un autre poète : « Je me suis juré de me tenir à l’écart, et c’est là une règle générale qui n’a rien de chagrinant pour vous12. » Et même lorsqu’il se plie à l’exercice de la préface allographe, puisqu’il en écrira malgré tout une dizaine au fil des années 188013, c’est en soulignant qu’il déroge à sa règle : « D’ordinaire, je me défends énergiquement contre toutes les demandes de préfaces qui me sont faites », écrit-il à un correspondant en 188914. Aussi les préfaces allographes consenties par Zola sont-elles souvent parcourues de ce « malaise préfaciel » dont parle Genette15, et ce même lorsque le romancier pourrait se féliciter de la mondialisation du naturalisme. La lettre à l’éditeur Albert Savine, qui va devenir la préface au roman de Narcis Oller Le Papillon, est une lettre dans laquelle Zola prévient « qu’il est radicalement impossible de juger un roman sur sa traduction16 ». La lettre à August Strindberg qui va devenir la préface de Père est avant tout une lettre de réserves devant les « raccourcis d’analyse » ou « l’abstraction » du Suédois17. Et dans la lettre à Halpérine Kaminsky qui deviendra la préface de la traduction française de L’Argent et le Travail de Tolstoï, Zola s’empresse de dire qu’il n’a « aucune autorité pour aborder un si gros sujet18 ». L’exemple zolien tend à suggérer que ce n’est pas vraiment avec des préfaces allographes qu’on établit un réseau international et qu’on œuvre à la diffusion du naturalisme – mais bien plutôt en écrivant par exemple pour Le Messager de l’Europe. Si le Maître reste prudent à l’égard de Strindberg ou de Narcis Oller, de même qu’il restera mesuré dans la lettre qu’Emmy de Nemethy utilisera en guise de préface de sa traduction de Nouvelles scandinaves19, il l’est encore plus nettement à l’égard des romanciers contemporains français.

Une « forme latérale de la critique » ?

Parmi l’arsenal textuel susceptible de contribuer à l’effet-cénacle, la critique de complaisance20 fournit peut-être le texte le plus naturellement proche de la préface allographe, à cela près – mais ce n’est pas un détail – que l’autonomie du destinateur est sauve dans les colonnes d’un journal, tandis que la préface allographe répond de toute évidence à une sollicitation et comporte les inconvénients premièrement de suggérer l’obligeance du préfacier, deuxièmement de créer un précédent aux yeux des aspirants destinataires. À l’inverse, la critique de complaisance revêt dans la presse un caractère de partialité déplacée que la préface allographe tend à atténuer en affichant l’alliance des auteurs : Henri Mitterand détaille combien la campagne d’Émile Zola en faveur de Céard et de Huysmans, puis de Maupassant et Alexis, dans les colonnes du Figaro, a pu indisposer Francis Magnard en avril 188121 ; une préface comme celle des Soirées de Médan (qu’on ne peut, certes, tout à fait assimiler à une préface allographe) s’auréole au contraire de la franchise du manifeste.

L’une des meilleures preuves de la porosité entre le compte rendu favorable et la préface allographe est l’affaire à laquelle pense vraisemblablement Zola en évoquant d’anciennes « grosses contrariétés » dans sa lettre de 1884 au poète Auguste Barreau. Il s’agit de la mésaventure bien connue qui lui est survenue en janvier 1879, au moment de la réédition chez Dentu du roman d’Adolphe Belot Mademoiselle Giraud, ma femme, écrit dix ans auparavant. Émile Zola avait proposé en février 1870 sous le pseudonyme Thérèse Raquin une critique élogieuse de ce roman qui venait de paraître. Il avait soumis son article à Belot en lui suggérant de le faire publier dans le journal Le Siècle22Il y défendait la moralité du roman de Belot, qui raconte les amours de deux anciennes pensionnaires désormais mariées : « C’est le procès-verbal d’un crime, c’est une audience de cour d’assises23 », écrivait-il, après avoir pointé au contraire l’hypocrisie de bien des romans contemporains, selon l’argumentaire qui était le sien depuis 1868. Rappelant le dénouement punitif du roman de Belot, sacrifiant donc pour les besoins de la cause à une morale rétributive un peu sommaire, Zola concluait : « la morale du livre est aveuglante24. » Cet éloge était peut-être, comme le suspecte Henri Mitterand, une « reconnaissance de dette25 », dans la mesure où Zola avait repris pour Thérèse Raquin la trame du roman-feuilleton La Vénus de Gordes qu’Adolphe Belot et Ernest Daudet avaient donné au Figaro en 1866. De fait, il s’agit d’un éloge un peu décalé, dans la mesure où le roman d’Adolphe Belot est loin de constituer une analyse chirurgicale des amours lesbiennes et participe plutôt de l’érotique voilée et du roman à sous-entendus que fustige Zola, comme le remarque Sophie Ménard dans son édition récente du texte26. Mais c’est un article dans lequel Zola tend bel et bien à amalgamer Belot à la campagne ouverte contre l’accusation de « littérature putride » lancée par Louis Ulbach dans les colonnes du Figaro le 23 janvier 1868, et à associer son confrère27 au groupe des réformateurs modernes du roman, puisque le compte rendu par Zola de Mademoiselle Giraud, ma femme, même s’il ne brandit pas l’étendard tout neuf du naturalisme, recourt ponctuellement à la première personne du pluriel (nous soulignons) : « quand le public daigne lire une de nos œuvres, il semble nous dire : “Nous vous lisons, mais c’est parce que vous êtes profondément obscènes et que nous aimons les récits épicés28” ». Quoi qu’il en soit, Le Siècle refuse en février 1870 la publication de ce compte rendu par crainte du scandale, de même que le feuilleton de Belot dans Le Figaro a été interrompu le 22 décembre 1869.

La « grosse contrariété » consiste pour Zola à voir son texte réapparaître comme préface de l’édition Dentu de janvier 1879 : « Nous le publions intégralement, sans y changer un mot », dit malicieusement une Note de l’Éditeur, « persuadé que M. Émile Zola, qui l’a sans doute oublié, sera enchanté de se relire et d’être surpris en flagrant délit de louanges29 ». Belot a prévenu Zola du procédé par une lettre du 12 janvier, la veille de la parution du roman. Zola répond le 15 par une lettre conciliante pour faire bonne figure30. Mais les chroniqueurs cités par Sophie Ménard ne s’y trompent pas : « M. Adolphe Belot vient de jouer un méchant tour à M. Émile Zola31 », écrit-on dans Le Gaulois dès le 16 janvier, en soupçonnant que Belot se venge de ne pas avoir été cité dans l’article et la polémique de décembre 1878 sur « les romanciers contemporains »32. Même commentaire de Pierre Véron dans Le Monde illustré33. Enfin Lussac conclut dans Le Tintamarre que « Belot est malin », parce qu’il va toucher de « jolis bénéfices » « en mettant Mademoiselle Giraud sous la protection de Zola » et « en profitant du bruit de grosse caisse qui se fait autour de ce nom34 ». Cette réutilisation de l’article de 1870 comme préface, lorsqu’on met à part son caractère délibérément intempestif, dit la proximité formelle entre critique de complaisance et préface allographe.

Il ne faut sans doute pas ériger ce détournement de texte en traumatisme pour Zola. Entre la campagne des « romanciers contemporains » de fin 1878 et la joute de 1881 contre les journalistes du Voltaire ou de L’Événement à propos du groupe de Médan, Zola sera bien autrement secoué35. En outre, les commentaires des chroniqueurs de 1879 contribuent somme toute à mettre en doute la fonction de recommandation de cette préface allographe, et donc à libérer en partie Zola de cette compromission. Cependant, la filouterie de Belot a pu nourrir chez Zola une vraie défiance envers l’exercice de la préface allographe. L’aventure suggère que cet exercice confronte en effet le préfacier à un double régime de relativité : d’une part son propre discours critique peut évoluer, d’autre part le destinataire peut suivre une trajectoire littéraire que n’agréerait plus le destinateur. Sur ce dernier point, Henri Mitterrand précise bien que dès 1873, Zola ne rend plus compte des œuvres de Belot qu’avec réserve. Que celui-ci ne soit cité dans aucune section de l’étude « Les romanciers contemporains » suggère combien le parrainage dont il se réclame en 1879 est déplacé. Il faut préciser que le caractère intempestif de la manœuvre de Belot a son volet éditorial : on exhume un texte dans lequel Zola défend un volume Dentu au moment même où il vient de fustiger les auteurs du rival de Charpentier36. Zola semble avoir tiré de cette mésaventure une double leçon : il vaut mieux, pour maîtriser la temporalité de son propre manifeste, privilégier les campagnes de presse, les préfaces autographes et autres textes manifestaires ; et il vaut peut-être mieux, lorsque l’on cède à l’exercice de la préface allographe, se contenter de prôner ses propres principes à travers les ouvrages d’autrui.

C’est exactement ce que fait le romancier en acceptant de préfacer le roman d’Alfred Hamm Un grand banquier, paru en 188337. Alfred Hamm est un journaliste financier qui a suscité les remerciements de Zola, en juillet 1881, puis en février et en octobre 188238. En effet, en ces temps où la presse financière, ou bien les rubriques financières de la presse généraliste, ne sont pas encore spécialisées et accueillent divers littérateurs39, Alfred Hamm prend dans son journal Le Bonhomme finance la défense de l’esthétique naturaliste. Son roman Un grand banquier raconte la faillite financière et morale du baron Sevens, qui après avoir lancé une banque et fait un beau mariage, se trouve ruiné par sa maîtresse, compromis par un complice, finalement convaincu de chantage et emprisonné. Il ne sort de Mazas cinq ans plus tard que pour végéter dans de petits trafics et retrouver son épouse devenue entre-temps prostituée. Tout le monde meurt in fine sauf Stevens qui devient fou. Zola a sinon lu du moins feuilleté ce roman, qui comporte des détails sur la faconde des faiseurs, sur la bohème et la presse financières ou encore sur la géographie intérieure de la Bourse qui sont susceptibles d’avoir informé L’Argent. Le roman de Hamm, récit entropique, roman du « guignon », est en outre un exemple caricatural de la langue littéraire naturaliste repérée par Brunetière en 1879 et analysée par Gilles Philippe40. Aussitôt après avoir reçu la première lettre de remerciements de Zola pour sa campagne naturaliste, Alfred Hamm demande une préface au Maître, qui lui répond le 6 août 1881 dans les termes suivants : 

J’ai juré de ne jamais faire de préface. Mais je ne puis refuser de mettre en tête de votre livre un de mes articles, à la condition toutefois que cet article sera daté, et que vous indiquerez le journal où vous l’avez pris41.

Alfred Hamm choisira en l’occurrence la quatrième partie de l’article « De la moralité dans la littérature », qui est sur le point de paraître dans Le Figaro le 21 août après être paru dans Le Messager de l’Europe en octobre 1880. Il s’agit d’un article assez difficile à assumer pour un novice car, loin d’installer le « nous » groupal, ces pages interrogent la détermination des apprentis naturalistes. Zola y insiste « sur [la] nécessité absolue du talent, quand on s’attaque aux terribles réalités humaines42 ». Il formule des avertissements vibrants : « Réfléchissez donc, jeunes gens, et si vous vous sentez médiocres, n’écoutez pas la presse qui prétend qu’on fait fortune rapidement dans le naturalisme43. » Et il conclut qu’« un véritable écrivain, un grand romancier comme Balzac, bâtit son œuvre à l’image de l’humanité, aussi haute et aussi vraie qu’elle doit être, même dans l’atroce44 ». Si Hamm est à l’origine du choix de cet article, il joue gros jeu. Si c’est Zola qui lui a suggéré cette partie de son texte, il est difficile de ne pas voir dans ces exhortations un moyen d’anéantir toute fonction de recommandation dans la préface allographe. Dans les deux cas, ces pages grincent, en face de la caricature de récit entropique et de langue naturaliste que publie Alfred Hamm. Le geste même de Zola, qui consiste à écrire qu’il abandonne au destinataire le choix d’une préface purement citationnelle parmi son corpus critique, traduit premièrement le refus par le destinateur de toute individualisation de son geste, deuxièmement l’assurance que jamais la préface allographe n’entrera en contradiction avec le manifeste. Genette cite Borges qui écrit qu’« une préface, quand elle est réussie […], est une forme latérale de la critique45 ». Mais chez Zola, ce n’est pas vraiment le paratexte qui se tourne en métatexte : c’est plutôt le manifeste qui se trouve débité en tranches pour servir de préface. Les exemples de Belot et de Hamm montrent que tout texte critique est susceptible de devenir une préface par destination (comme on parle d’arme par destination), de même que toute citation peut être enrôlée comme épigraphe. L’une des préoccupations de Zola aura été en somme de maîtriser cette volatilité.

Du bout des lèvres

On ne laisse pas de s’étonner que les solliciteurs de préfaces soient aussi satisfaits des aumônes qu’ils recueillent. Philippe Baron a montré comment la jeune romancière et traductrice hongroise Emmy de Nemethy a durant cinq ans poursuivi Edmond de Goncourt de demandes humblement élégantes dans l’espoir d’obtenir de lui une préface au roman Dilettantes, dont elle lui avait donné lecture le 15 juin 188946. Elle n’a pas été exaucée, mais elle a reçu de Zola une lettre à propos du recueil de Nouvelles scandinaves qu’elle publiait parallèlement en 1894, et dont elle lui avait envoyé les épreuves47. Cette lettre est brève : « Je me suis mis un peu à l’écart, j’ai grand’peine déjà à trouver le temps d’écrire mes livres », s’excuse le romancier qui entame le cycle des Trois villes. Le propos touche cependant à une forme de comparatisme naturaliste :

Mon avis n’en est pas moins que vous avez apporté là une contribution heureuse, quand il s’agira de juger le mouvement qui porte notre jeune littérature à s’inquiéter des poètes et des romanciers du Nord. Votre volume permettra des jugements et des comparaisons du plus vif intérêt48.

Après cette amorce centripète, le propos aborde plutôt la question de l’exportation culturelle française. C’est à une traductrice que s’adresse Zola (derrière le pseudonyme masculin Jean de Nethy) et cela permet d’évoquer d’assez loin les « auteurs » en question49 : ce faisant, on n’entre pas dans le jeu des complaisances et susceptibilités. Des deux feuillets de cette lettre (cent cinquante mots environ), Emmy de Nemethy va faire une préface : puisque la mise en page de l’ouvrage était de toute évidence prête, la lettre-préface dûment annoncée en couverture prend matériellement la forme d’un fac-similé plié trois fois et collé sur la belle page qui suit le frontispice50. La lettre-préface fait ainsi plus sens par sa présence matérielle – effet d’épaisseur, graphie du Maître – que par sa valeur critique. Elle exprime plus une sociabilité qu’une opinion littéraires (« je ne puis que vous remercier, car je viens de passer des heures utiles et agréables… », écrit aimablement Zola). Elle compense en somme sa brièveté par son statut de preuve. Ainsi, dans son état le plus sommaire, la préface allographe n’a guère besoin de contenu, dans le sens où sa présence seule vaut recommandation. Elle se réduit en quelque sorte à sa fonction phatique : le destinataire manifeste qu’il est entré en contact avec le destinateur. C’est un accusé de réception autographe qui peut servir de sauf-conduit dans la carrière des Lettres.

Encore le billet de Zola à Emmy de Nemethy est-il élogieux. Plus complexe et paradoxal est le cas de la lettre écrite par Zola le 15 janvier 187951, en réponse à l’envoi par Raoul Vast et Gustave Ricouard des épreuves de leur dernier roman Madame Bécart, deuxième volume de la série Les Vices parisiens52. Comme Emmy de Nemethy quinze ans plus tard, Vast et Ricouard vont faire de cette lettre une préface par destination, la plaçant en tête de leur roman, qui paraît le 13 février 1879. Le paradoxe est que la lettre de Zola commence par des « critiques » assez sérieuses de Madame Bécart, qui relève du segment éditorial middlebrow qu’étudie Marie-Astrid Charlier, mêlant prétentions naturalistes et ficelles du roman populaire. Virginie Bécart est une femme d’une quarantaine d’années. Troublée par le jeune précepteur qu’elle avait recruté pour son enfant désormais décédé, elle convainc son mari de continuer à loger et entretenir cet homme. C’est le trio de Thérèse Raquin remis en scène : M. Bécart, riche poète, reprend le rôle de Camille, quoique les auteurs lui donnent plus d’énergie qu’ils ne le prétendent ; Courtot le précepteur évoque Laurent par sa présence physique et jusque par sa manière d’être « vautré53 » sur son lit, à cela près que le roman lui prête une froideur stratégique qui dément un peu son hédonisme ; enfin Virginie est une nouvelle Thérèse, mais une Thérèse sans évolution psychologique, jusqu’au bout abusée par Courtot, lequel finit par l’enfermer dans la tour d’un château après qu’elle lui a fait cadeau d’un testament en sa faveur. On comprend pourquoi Vast et Ricouard envoient à Zola les épreuves d’une fiction entropique qui pose des tempéraments, peint une fatalité de la chair, voire prétend à un art de la description. On comprend en retour pourquoi Zola commence par déplorer l’inusable sensualité de Virginie et l’expédient mélodramatique du dénouement. Il aurait pu aller plus loin : critiquer la sociologie fantaisiste de ce prétendu roman de la haute bourgeoisie, repérer les contradictions des motivations successives des personnages, s’étonner que l’adultère entre Courtot et Virginie ne soit jamais consommé, enfin déplorer les fiançailles finales du brave militaire Pierre et de la vertueuse domestique Jeanne, qui parachève dans le cliché la logique rétributive de cette fiction.

Cependant, en créditant Vast et Ricouard d’avoir privilégié « l’observation directe et l’analyse exacte » et en leur accordant une place dans la « voie » ouverte par Balzac, Zola semble formuler des appréciations qui, mises dans la balance, suffisent aux auteurs. À bien y regarder, il réduit pourtant la portée de ces compliments mêmes. Dans ce court texte de deux cent cinquante mots environ, l’éloge de « l’observation directe » se trouve par exemple contredit par un reproche sur l’invraisemblance psychologique des personnages, par une brève leçon sur ce qu’est vraiment « la vie », par la remarque que « si l’on veut être vrai, il faut être complet54 ». Plus avant, la première personne du pluriel qu’emploie finalement Zola n’est pas identique au « nous » de la « présence groupale » dont parlent Vincent Laisney et Anthony Glinoer55. Écrire que Balzac est « notre maître à tous », c’est en effet désigner un parrainage esthétique suffisamment lointain et c’est indiquer une possible hétérogénéité de la descendance. Écrire « chacun de nous n’a plus qu’à pousser en avant56 » n’est pas la même chose qu’écrire : nous n’avons plus qu’à pousser en avant. Ce n’est pas utiliser le « nous » de la préface aux Soirées de Médan : la phrase désigne décidément des initiatives séparées au lieu d’identifier un groupe.

Si Vast et Ricouard s’empressent de faire de cette lettre mitigée une préface57, manifestant par-là l’importance de tels signaux dans le champ littéraire, il est intéressant de constater que la générosité très mesurée du destinateur a pour corollaire la fragilité de leur propre allégeance. Lorsqu’ils lancent quelques mois plus tard La Revue réaliste, qui va avoir douze numéros entre avril et juin, leur intention première est bel et bien de se démarquer du naturalisme zolien. Dans le numéro 2 du 12 avril, ils consacrent les deux premières pages à un distinguo entre « Réalisme et naturalisme » qui est d’abord une protestation d’indépendance contradictoire par rapport à leur démarche précédente :

On s’est plu à nous représenter comme les disciples d’une école qui, jusqu’ici, ne compte qu’un professeur et peu ou point d’élèves. L’erreur – volontaire ou involontaire de nos détracteurs – est grande. Nous avons la prétention d’être indépendants et de ne marcher à la remorque de personne58.

Dans les lignes qui suivent, ils essaient de circonscrire Zola : « il a créé un mot : le Naturalisme, acception, selon nous, trop restreinte et incomplète d’une idée fort ancienne déjà, qui s’appelle le Réalisme. » Enfin, Vast et Ricouard indiquent le cœur de leur différend avec l’esthétique zolienne :

Le Naturalisme est un système ; le Réalisme est une méthode. Que d’autres se complaisent dans l’étude exclusive des laideurs. Sur ce chemin, nous ne le suivrons pas59.

On peut s’étonner que des auteurs qui demandent la caution de Zola pour un roman paraissant mi-février puissent donc écrire deux mois plus tard : « Nous déclarons ici ne pas accepter la qualification de naturalistes60 ». Mais on peut aussi s’étonner de la vitesse à laquelle l’éphémère Revue réaliste revient à Zola. Dès le numéro 4 du 26 avril, Maurice Montégut remercie Zola en vers pour son article « La république et la littérature »61. Dans le même numéro, Édouard Rod ouvre un feuilleton sur morale et littérature par une mise au point terminologique qui heurte de front les déclarations des directeurs de la revue deux numéros auparavant :

[…] je dois dire que pour mon compte personnel, je préférerais donner le nom de naturalisme à l’école que nous défendons. Ce terme me semble plus général, plus exact que celui de réaliste […]62.

Dans le numéro suivant, ce sont cette fois Vast et Ricouard qui s’associent à la fête pour la centième représentation de L’Assommoir, le « premier succès dramatique remporté par l’école que nous défendons63 ». Enfin dans le numéro 8 du 24 mai, presque toute la rédaction signe une brève mais enthousiaste « Lettre de la jeunesse à M. Émile Zola » en réponse à la magistrale « Lettre à la jeunesse » qui vient de paraître dans Le Voltaire entre le 17 et le 21 mai et sera recueillie dans le Roman expérimental. Ici, l’allégeance de la Revue réaliste est totale : « Demain, c’est ce bataillon de jeunes gens, plus forts chaque jour, qui vous applaudissent, qui vous remercient par nos voix64. » Bien sûr, on discerne dans cette phrase un peu de l’impatience des héritiers, mais on ne peut nier que le sécessionnisme du numéro 2 a laissé place à une forme de loyalisme groupal, comme l’exprime la présence en 4e de couverture de publicités pour Madame Bécart… qui mettent en bonne place le nom du préfacier Zola.

Cette oscillation entre émancipation et allégeance pourrait être lue comme une conséquence de la puissance du manifeste de Zola, mais peut-être aussi comme le pendant de l’ambivalence de la préface du Maître. À la caution incomplète du destinateur répondrait la trahison inaboutie des destinataires. La préface allographe zolienne, irréductiblement honnête, incapable d’assumer sa fonction de recommandation, rétive à installer un « nous » fédératif alors que ces disciples aspirent à rejoindre les Médaniens, est une préface qui ne crée pas de cénacle, mais qui prévient aussi les sécessions, maintenant les destinataires dans les limbes de leurs ambitions et de leurs faiblesses.

Zola est en définitive parvenu à délester ses préfaces allographes de leurs fonctions coutumières. Il est parfois parvenu à préfacer « en dehors de toute question littéraire », selon l’expression désobligeante que contient sa lettre du 15 janvier 1879 à Adolphe Belot65. Il a souvent réussi à éviter toute recommandation particulière, esquivant le « nous » groupal dans sa brève préface pour Vast et Ricouard, de même que les Médaniens se garderont de tout soutien à La Revue réaliste66. Enfin il s’est employé à abstraire la préface allographe en la tournant en discours normatif et général, homogène à son manifeste esthétique, comme le montre de manière frappante le cas Alfred Hamm. Si la préface autographe « sert de laboratoire réflexif aux expérimentations romanesques, que l’auteur des Rougon-Macquart est appelé à justifier, expliquer, négocier, voire vulgariser67 », la préface allographe quant à elle semble présenter moins d’intérêt : il est difficile de s’appuyer sur le texte des solliciteurs de préface pour cimenter son propre manifeste. Tout cela amène Zola à dire aux destinataires : « Marchez tout seul » !

Certes, il existe des préfaces allographes zoliennes. Et peut-être avons-nous ici mis en sourdine les éloges qui s’y trouvent. Mais on y constate souvent que Zola n’y assume le geste préfacier qu’en le décalant : soit vers l’innocuité des souvenirs de jeunesse provençale (il préface volontiers en 1876 le livre de Camille Allary Le Pays des cigales68), soit vers des considérations de méthode en rapport avec le manifeste naturaliste. C’est ainsi qu’il livre coup sur coup deux ou trois préfaces sur le travail journalistique : ainsi son « Étude sur le journalisme » en tête du recueil de nouvelles La Morasse en 1889, qui défend la complémentarité de la presse et de la littérature69, ou bien sa préface aux Mémoires de Paris de Charles Chincholle la même année, qui décrit la « fièvre de l’information » de la nouvelle ère médiatique et crédite Chincholle d’un vrai goût pour le « document »70. Les préfaces de Zola en 1896 à l’Enquête médico-psychologique du Docteur Toulouse ou bien à la publication par le Docteur Lauptès du Roman d’un inverti participent d’une semblable intention documentaire, qui entre en correspondance avec le manifeste esthétique. La préface allographe est d’autant mieux consentie que, largement dégagée du champ littéraire, elle permet d’y revenir sur le plan des principes.

Il est en somme difficile de voir dans la préface allographe zolienne un instrument de réseau naturaliste, et cela semble également vrai pour Goncourt71 ou Daudet, malgré les « solidarités textuelles et paratextuelles72 » qui caractérisent les branches du mouvement. Peut-être la préface de recommandation est-elle surtout pratiquée dans un deuxième cercle, comme lorsque Henry Céard préface le Charlot s’amuse de Paul Bonnetain paru en janvier 1883 (avec une épigraphe tirée de Thérèse Raquin)73. Enfin on ne pourra qu’être frappé du contraste entre la tiédeur des réponses zoliennes aux solliciteurs de préfaces et la chaleur des remerciements aux auteurs de dédicaces : « Je suis très fier de votre dédicace », écrit Zola le 25 novembre 1884 à Léon Hennique à propos de L’Accident de M. Hébert. Et dans une lettre assez vibrante, il écrit en 1885 à Ernst Ziegler, qui vient de faire paraître Mein Debut : « j’aime beaucoup, je le répète, les audacieux qui ont foi en eux-mêmes […] c’est pourquoi j’accepte de si grand cœur la dédicace de ce premier livre74 ». Les initiateurs de dédicaces, qui inversent le lien de destinateur à destinataire, recueillent de virils compliments, en tout point opposés aux termes de la lettre à Barrau par laquelle nous commencions.


Notes

1 Anthony Glinoer et Vincent Laisney, L’âge des cénacles : confraternités littéraires et artistiques au XIXe siècle, Paris, Fayard, 2013, 4e partie, p. 424-550.

2 Voir la section « Épigraphes et dédicaces », ibid., p. 443.

3 Ibid., voir respectivement p. 452, 456 et 454.

4 Ibid., p. 452-458.

5 Henri Mitterand, Autodictionnaire Zola, Paris, Éditions Omnibus, 2012, p. 515.

6 Émile Zola, lettre du 18 avril 1884 à Auguste Barrau, Correspondance (t. V, 1884-1886), Montréal, Presses de l’Université de Montréal / Paris, Éditions du CNRS, 1985, p. 94-95.

7 Voir par exemple le chapitre « L’argent et la littérature », dans Le Roman expérimental, éd. François-Marie Mourad, Paris, GF-Flammarion, 2006, p. 199-200.

8 Gérard Genette, Seuils, Seuil, « Poétique », 1987, p. 242-252.

9 Gustave Flaubert, lettre du 7 septembre 1877 à Marie Régnier, Correspondance (t. V, 1876-1880), éd. Jean Bruneau et Yvan Leclerc (dir.), Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 2007, p. 289. Voir aussi sa lettre à Caroline du 6 septembre 1877, p. 286.

10 Gérard Genette, op. cit., p. 244.

11 Guy de Maupassant, préface à Baronnette, d’Ernest Garennes (Paris, Lalouette, 1882). Voir http://www.maupassantiana.fr/Oeuvre/PrefBaronnette.html (consulté le 1er avril 2024).

12 Émile Zola, lettre du 14 août 1879 (destinataire inconnu), Correspondance (t. III, 1877-1880), Montréal, Presses de l’Université de Montréal / Paris, Éditions du CNRS, 1982, p. 361.

13 Voir Émile Zola, Mélanges, préfaces et discours, dans Œuvres complètes, vol. 50, éd. Maurice Le Blond, Paris, Typographie François Bernouard, 1929, p. 183-263. Voir aussi Émile Zola, Mélanges critiques, dans Œuvres complètes, vol. 12, éd. Henri Mitterand, Paris, Claude Tchou, « Cercle du livre précieux », 1969, p. 529-772 (aux textes présents dans l’édition Bernouard sont ici annexés de nombreux autres textes).

14 Émile Zola, « Étude sur le Journalisme. Préface pour La Morasse », dans Mélanges, préfaces et discours, éd. Maurice Le Blond, op. cit., p. 245.

15 Gérard Genette, op. cit., p. 252.

16 Émile Zola, lettre à Albert Savine du 15 octobre 1885, Correspondance (t. V, 1884-1886), op. cit., p. 309. Voir Mélanges, préfaces et discours, éd. Maurice Le Blond, op. cit., p. 237.

17 Émile Zola, lettre à August Strindberg du 14 décembre 1887, Correspondance (t. VI, 1887-1890), Montréal, Presses de l’Université de Montréal / Paris, Éditions du CNRS, 1987, p. 220. Voir Mélanges, préfaces et discours, éd. Maurice Le Blond, op. cit., p. 240.

18 Émile Zola, lettre à Halpérine Kaminsky du 4 novembre 1891, Correspondance (t. VII, 1890-1893), Montréal, Presses de l’Université de Montréal / Paris, Éditions du CNRS, 1989, p. 212-214. Voir Mélanges, préfaces et discours, éd. Maurice Le Blond, op. cit., p. 255.

19 Nous reviendrons infra sur cet exemple.

20 Voir Anthony Glinoer et Vincent Laisney, op. cit., p. 447 et sq.

21 Voir Henri Mitterand, Émile Zola, vol. II, « L’homme de Germinal », Fayard, 2001, p. 529.

22 Sur cette circonstance qui explique que le texte soit resté en la possession d’Adolphe Belot, voir Émile Zola, « Livres d’aujourd’hui et de demain », dans Œuvre critique I, Œuvres complètes, vol. 10, éd. Henri Mitterand, Paris, Claude Tchou, « Cercle du livre précieux », 1968, p. 1007.

23 Voir la reproduction de cette préface dans Adolphe Belot, Mademoiselle Giraud, ma femme, éd. Sophie Ménard, Paris, Classiques Garnier, 2020, p. 216.

24 Ibid.

25 Henri Mitterand, Émile Zola, vol. II, « L’homme de Germinal », op. cit., p. 130, n1.

26 Adolphe Belot, Mademoiselle Giraud, ma femme, éd. Sophie Ménard, op. cit., p. 15-16.

27 Ils sont assez proches entre 1865 et 1870, comme l’atteste la correspondance.

28 Voir Adolphe Belot, Mademoiselle Giraud, ma femme, éd. Sophie Ménard, op. cit., p. 214.

29 Pour une bonne mise en perspective « typographique » du paratexte et en particulier de la Note de l’Éditeur, voir Adolphe Belot, Mademoiselle Giraud, ma femme, « Nouvelle édition précédée d’un article de Th Raquin (Émile Zola) », Paris, Dentu Éditeur, 1879, p. i. La préface occupe les sept pages qui suivent immédiatement la Note.

30 Émile Zola, Correspondance (t. III, 1877-1880), op. cit., p. 275.

31 Adolphe Belot, Mademoiselle Giraud, ma femme, éd. Sophie Ménard, op. cit., p. 228.

32 Il l’a bel et bien reproché à Zola : voir Émile Zola, Correspondance (t. III, 1877-1880), opcit., p. 275 n1.

33 Adolphe Belot, Mademoiselle Giraud, ma femme, éd. Sophie Ménard, op. cit., p. 229.

34 Ibid., p. 230.

35 Voir Henri Mitterand, Émile Zola, vol. II, « L’homme de Germinal », op. cit., p. 540-541.

36 Sur la fureur de Dentu après la publication de l’article de Zola sur « Les romanciers contemporains » dans le Figaro du 22 décembre 1878, voir Henri Mitterand, Zola journaliste, de l’affaire Manet à l’affaire Dreyfus, Paris, Armand Colin, 1962, p. 214.

37 Alfred Hamm, Un grand banquier, étude financière, Paris, Impr. de Coing, 1883.

38 Voir Émile Zola, Correspondance (t. IV, 1880-1883), Montréal, Presses de l’Université de Montréal / Paris, Éditions du CNRS, 1983, respectivement p. 205-206, p. 279 et p. 327-328. Ces remerciements sont des billets de deux lignes.

39 Nous nous permettons de renvoyer à l’article « Chroniqueurs financiers et bulletiniers de la Bourse : littérature et expertise financière dans la presse quotidienne des années 1880 », dans Johannes Angermuller, Frédéric Lebaron et Malika Temmar (dir.), Les discours sur l’économie, PUF, 2013, p. 123-138.

40 Voir Ferdinand Brunetière, « L’Impressionnisme dans le roman » (1879), dans Le Roman naturaliste, Calmann-Lévy, 1883, p. 75-104 et voir Gilles Philippe, « Émile Zola et la langue littéraire vers 1880 », dans Gilles Philippe et Julien Piat (dir.), La langue littéraire. Une histoire de la prose en France de Gustave Flaubert à Claude Simon, Paris, Fayard, 2009, p. 345-378.

41 Émile Zola, lettre du 6 août 1881 à Alfred Hamm, Correspondance (t. IV, 1880-1883), op. cit., p. 214.

42 Émile Zola, « De la moralité dans la littérature », dans Documents littéraires (1881), Œuvre critique III, Œuvres complètes, vol. 12, éd. Henri Mitterand, Paris, Claude Tchou, « Cercle du livre précieux », p. 509.

43 Ibid., p. 510.

44 Ibid. p. 512.

45 Gérard Genette, Seuils, op. cit., p. 248.

46 Philippe Baron, « Une correspondance Edmond de Goncourt – Emmy de Nemethy », Cahiers Jules et Edmond de Goncourt, n°16, Tusson, éd. du Lérot, 2009, p. 153-159.

47 Jean de Nethy (trad.), Nouvelles scandinaves, lettre-préface par Émile Zola, Paris, Albert Langen Éditeur, 1894.

48 Ibid. (non paginé).

49 le recueil contient des nouvelles de Drachmann, Hamsun, Strindberg et cinq autres écrivains – donc huit en tout, et non pas « sept » comme l’écrit Zola.

50 Nous remercions chaleureusement Michael Rosenfeld d’abord de nous avoir signalé le cas de cette lettre-préface allographe, ensuite de nous avoir adressé d’excellentes photos de son exemplaire personnel.

51 Donc le jour où il écrivait aussi à Adolphe Belot après avoir appris sa manœuvre cavalière.

52 Raoul Vast et Gustave Ricouard, Madame Bécart (Vices parisiens, 2e série), précédé d’une lettre préface de Émile Zola, Paris, Derveaux Éditeur, 1879, 276 p.

53 Ibid., p. 98. Voir aussi p. 75.

54 Émile Zola, lettre à Raoul Vast et Georges Ricouard du 15 janvier 1879, Correspondance (t. III, 1877-1880), op. cit., p. 276.

55 Voir Anthony Glinoer et Vincent Laisney, op. cit., p. 453.

56 Émile Zola, lettre à Raoul Vast et Georges Ricouard du 15 janvier 1879, loc. cit.

57 Voir Raoul Vast et Gustave Ricouard, Madame Bécart, op. cit., p. i-iv.

58 Vast-Ricouard, « Réalisme et naturalisme », La Revue réaliste, n°2, 12 avril 1879, p. 1.

59 Ibid.

60 Ibid., p. 2.

61 Maurice Montégut, « À Émile Zola, à propos de “La République et la littérature” », La Revue réaliste, n°4, 26 avril 1879, p. 1.

62 Édouard Rod, « De la morale dans le réalisme », ibid., p. 7.

63 Vast-Ricouard, « Chronique parisienne », La Revue réaliste, n°5, 3 mai 1879, p. 4-5 (mot de la fin).

64 La Rédaction, « Lettre de la jeunesse à M. Émile Zola », La Revue réaliste, n°8, 24 mai 1879, p. 3.

65 « En dehors de toute question littéraire, je vous ai défendu et je suis prêt à vous défendre contre le reproche d’immoralité. » La formule ne manque pas de piquer Belot. Voir Émile Zola, Correspondance (t. III, 1877-1880), op. cit., p. 275-276.

66 Voir Émile Zola, Correspondance (t. III, 1877-1880), op. cit., p. 277, n6. Et voir Alain Pagès, Zola et le groupe de Médan. Histoire d’un cercle littéraire, Paris, Perrin, 2014, p. 203-204.

67 Jean-Pierre Bertrand, « Zola et l’invention du roman naturaliste », dans Marie-Pier Luneau et Denis Saint-Amand (dir.), La Préface. Formes et enjeux d’un discours d’escorte, Paris, Classiques Garnier, 2016, p. 128.

68 La lettre-préface à Allary est datée du 28 mai 1876. Voir Émile Zola, Mélanges, préfaces et discours, éd. Maurice Le Blond, op. cit p. 189-192.

69 Ibid., p. 245-249.

70 Ibid., p. 250-254.

71 Lequel nous semble plus facilement consentir une préface à un artiste ou illustrateur (Gustave Geoffroy ou Paul Helleu…), éventuellement à un « bibeloteur au Japon » (Philippe Sichel), qu’à un littérateur.

72 Vincent Laisney, « D’un Grenier à l’autre. Le cénacle d’Edmond de Goncourt », Cahiers Jules et Edmond de Goncourt, n°19, Tusson, éd. du Lérot, 2012, p. 21.

73 Émile Zola, Correspondance (t. IV, 1880-1883), op. cit., p. 368-369.

74 Émile Zola, lettre du 24 octobre 1885 à Ernst Ziegler, Correspondance (t. V, 1884-1886), op. cit., p. 313.

Pour citer ce document

Christophe Reffait, « « Marchez tout seul » ! Zola préfacier d’autrui», Le naturalisme en réseaux, sous la direction de Marie-Astrid Charlier Médias 19 [En ligne], Dossier publié en 2026, Mise à jour le : , URL: https://www.medias19.org/publications/le-naturalisme-en-reseaux/marchez-tout-seul-zola-prefacier-dautrui